Les scientifiques et les artistes étaient particulièrement mis en avant dans la Russie de l’ère soviétique. C’est sans doute (au moins en partie) pour reprendre cette tradition qu’une fondation privée a lancé, avec le soutien du gouvernement, un nouveau prix scientifique et technologique dont on peut penser, à première vue, qu’il renouvelle pour le XXIe siècle le concept du prix Nobel. Parmi les membres du conseil chargé d’attribuer ce nouveau prix, on trouve Artem Oganov, dont le nom est certainement familier des lecteurs de Futura depuis un moment.


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    Comme indiqué dans le précédent article ci-dessous, le prix « ВЫЗОВ » s'ouvre à l'internationale. Les lauréats potentiels de part le monde peuvent candidater à titre personnel ou être proposés par leurs collègues jusqu'au 20 mai 2024. La partie de ce prix qui est donc accessible à tous les chercheurs de la noosphère est dans la catégorie « Découverte » avec les commentaires suivant sur le site de la fondation Vyzov.

    Le Prix est décerné :

    • pour les scientifiques étrangers (et/ou les citoyens de la Fédération de Russie qui ne résident pas dans la Fédération de Russie) et les équipes scientifiques (composées de trois personnes au maximum), adultes et sans restriction d'âge ;
    • pour une découverte scientifique significative (présentée, par exemple, sous la forme d'un article scientifique ou d'une série d'articles scientifiques) qui a influencé le développement de la science et de la technologie et dans laquelle un lien peut être établi avec la possibilité de créer une technologie future (l'horizon de mise en œuvre possible des technologies futures est de 3 à 10 ans) ;
    • pour les découvertes scientifiques faites à l'étranger qui contribuent au développement de la science mondiale.

     

    Vyzov Foundation for the Development of Scientific and Cultural Relations
    Vyzov Foundation for the Development of Scientific and Cultural Relations

     


    Article publié le 23/12/2023

    Depuis plus d'une décennie, Futura suit régulièrement les travaux du physicien, chimiste et cristallographe russe Artem Oganov, dont certains pensent qu'il ne serait pas surprenant qu'on finisse par lui attribuer un prix Nobel. Pur produit de la prestigieuse université d'État Lomonossov de Moscou, c'est aussi un représentant de la tout aussi prestigieuse école de physique de la matière condensée russe, qui s'est illustrée avec des prix Nobel de physique tels Lev Landau ou Andre Geim et Konstantin Novoselov. Il a été professeur et chercheur dans plusieurs institutions mondiales, de l'University College de Londres à l'École polytechnique fédérale de Zurich.

    Aujourd'hui, comme il l'a indiqué à Futura, il est le président du comité scientifique chargé de choisir les lauréats d'un nouveau prix scientifique russe, pour le moment réservé à la sphère nationale, mais qui a vocation à devenir international. Il s'agit du prix du « Challenge » ou encore du « Défi », c'est-à-dire en russe le prix « ВЫЗОВ ». Il est doté d'un manifeste bien dans l'esprit de la science de l'ère soviétique, dont on connaît les performances impressionnantes.

    Une tradition de prix scientifiques russes

    Il existait déjà des prix internationaux russes en science comme le prix Pomerantchouk en physique théorique, décerné annuellement depuis 1998 par l'Institut de physique théorique et expérimentale à Moscou en mémoire d'Isaac Pomerantchouk, qui avait fondé le département de physique théorique de l'Institut avec Lev LandauRoger Penrose et Freeman Dyson en ont été lauréats, pour ne citer qu'eux.

    Il y a également le prix Bogolioubov pour les jeunes scientifiques, à la mémoire du physicienphysicien théoricien et mathématicienmathématicien Nikolaï Bogolioubov, formé jadis à l'Université de Kiev et dont les travaux sur la théorie quantique des champs ont été utilisés par Steven Hawking pour découvrir le rayonnement des trous noirs. Prix qui a été attribué à Aurélien Barrau.

    À y regarder de près, le prix « ВЫЗОВ » (phonétiquement en russe cela se lit « vizof ») apparaît comme une forme complètement modernisée du prix Nobel en science, ou pour le moins un cousin de ce prix qu'il ne remplace pas étant donné ses différences. Il vient d'être officiellement attribué ce 19 décembre 2023 à quatre lauréats dans quatre catégories différentes, avec pour chacun un prix d'environ 100 000 euros - ou, plus précisément, de 10 millions de roubles.

    L'objectif de ce prix est de mettre en lumière des découvertes fondamentales et des innovations technologiques susceptibles de changer le paysage scientifique et technologique à court terme. Il concerne donc plus précisément les percées, idées et inventions fondamentales qui changent le paysage de la science moderne et la vie de chaque personne. Il s'agit de découvertes faites récemment ou de travaux qui devraient déboucher sur des découvertes et des applications d'ici trois à dix ans environ.


    Ce sont les grands physiciens russes Igor Tamm et Andreï Sakharov qui ont proposé jadis en pleine guerre froide le concept de tokamak, qui est l'acronyme en russe de toroïdalnaïa kameras magnitnymi katushkami (en français, chambre toroïdale avec bobines magnétiques), concept derrière le projet international Iter qui se poursuit. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Iter Organization

    Un prix Nobel modernisé à vocation internationale ?

    Le prix « ВЫЗОВ » aura donc tendance à récompenser des chercheurs jeunes et tout de suite après leurs découvertes, alors que le prix Nobel est plus souvent attribué à des chercheurs ayant atteint au moins la cinquantaine, voire presque ou déjà à la retraite, et qui plus d'une fois ont expliqué que le prix Nobel leur aurait été bien plus utile dans leur jeunesse, juste au moment où ils développaient leurs travaux et qu'ils auraient eu besoin de fonds pour en mener d'autres d'importance.

    Le prix a une autre particularité : les candidatures peuvent être faites directement par ceux qui se considèrent comme des lauréats potentiels, en plus de la nomination traditionnelle par des collègues ou par des organisations. Enfin, il est plus souple que le prix Nobel qui tend à se cantonner à des disciplines précises ; le nouveau prix pourra récompenser des développements franchement interdisciplinaires et des solutions de pure ingénierie. En bref, si l'intersection avec les Nobel classiques n'est pas nulle, il ne s'agit pas non plus de copies.

    Si comme on l'a dit, ce prix est pour le moment interne à la Russie, dès 2024 il s'étendra, comme l'a expliqué Artem Oganov dans une interview : « Une nomination internationale sera ajoutée l'année prochaine. Nous ne regardons pas la citoyenneté, les opinions politiques, la nationalité, le sexe, etc. Le prix est décerné uniquement pour des résultats scientifiques. ».

    Rappelons que même pendant la période stalinienne ou pendant la guerre froide, les communautés scientifiques de l'Ouest et de l'Est entretenaient des communications. Très ami avec l'impressionnant prix Nobel Igor Tamm, le tout aussi impressionnant Paul DiracPaul Dirac, l'un des fondateurs de la mécanique quantiquemécanique quantique, voyageait fréquemment en Russie pendant les années 1930 et également après-guerre tout en communiquant aussi avec Piotr Kapitza et Vladimir Fock. Plus récemment, au cours des années 1970 et 1980, on peut citer également le prix Nobel Kip Thorne qui visitait fréquemment le groupe d'astrophysiqueastrophysique et de cosmologiecosmologie relativiste de Yakov Zeldovitch à Moscou.


    Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Фонд Вызов

    Du cerveau à l'information quantique en passant par la lumière et la supraconductivité

    Pour 2023 ont été sélectionnés des scientifiques qui ont réalisé des progrès significatifs dans la pharmacologie des maladies cérébrales, la photonique et les nouvelles plateformes informatiques, les ordinateurs quantiques et le développement de nouveaux dispositifs scientifiques.

    Dans la catégorie « Scientifique de l'année », le prix est décerné à Raul Gainetdinov, MD, PhD, de l'Université d'État de Saint-Pétersbourg, pour ses découvertes notamment sur le système dopaminergique, ce qui a permis de nouvelles approches pour les traitements pharmacologiques des maladies cérébrales.

    Dans la catégorie « Solution d'un problème d'ingénierie », le prix est décerné à Hamlet Khodzhibagiyan, PhD, de l'Institut commun de recherche nucléaire (JINR) de Doubna, pour avoir développé une technologie de production d'aimantsaimants basés sur des supraconducteurssupraconducteurs à haute température pour les accélérateurs de particules chargées et l'accumulation d'énergieénergie.

    Dans la catégorie « Promesse » (réservée à des scientifiques de moins de 35 ans), le prix est décerné à Ilya Semerikov, PhD, de l'Institut physique Lebedev de l'Académie des sciences de Russie, à Moscou, pour la création d'un processeur quantique à ions piégés et pour une démonstration d'algorithmes quantiques.

    Dans la catégorie « Percée » (pour la résolutionrésolution d'un problème scientifique ou technologique majeur), le prix est décerné au professeur Pavlos Lagoudakis, PhD, du Skolkovo Institute of Science and Technology, Skoltech, le MIT russe, pour ses recherches avancées sur les plateformes informatiques basées sur les polaritonspolaritons et pour le développement d'un transistor optique.