Mosaïque de 4 images de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko prises en l'espace de 20 mn, le 26 septembre à 26,3 km seulement du noyau. On peut observer que le dégazage le plus important provient de la région dite du cou lequel soude les deux lobes caractéristiques de cet astre d’environ 4 km de longueur. © Esa, Rosetta, NavCam

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Gros plan sur l'activité de la comète de Rosetta

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Espionnant de très près la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, la sonde spatiale Rosetta livre des images très impressionnantes du relief et de l'activité qui émane de cet astre de roche et de glace.

Nombreuses furent les comètes observées par nos ancêtres, le plus souvent avec craintes, brillant soudainement, comme des étoiles nouvelles surgies d'une voûte céleste que l'on croyait immuables ou associées à des phénomènes météorologiques. Des astres chevelus, imprévisibles, qui entrent et disparaissent... On comprit plus tard qu'elles rendent visite au Soleil avant de s'éloigner de nouveau, revenant régulièrement dans le système solaire interne et donc dans les parages de la Terre. Sir Edmund Halley fut un pionnier dans ce domaine en prédisant les retours d'une comète qui désormais porte son nom.

C'est à la fin du XIXe siècle et au cours du XXe que leur nature fut mieux caractérisée et connue. Des « boules de neige sales » comme aimait à les présenter Fred Whipple à partir des années 1950. Aussi, se rapprocher de l'une d'elles, la photographier sous tous les angles, suivre l'évolution de son activité, jour après jour au fil de son parcours qui la conduit vers le Soleil, la toucher même, s'y poser et, pourquoi pas, rapporter sur Terre des échantillons de glace ou de roches, tout cela était de grands rêves qu'ont longtemps caressé les astronomes. Chevaucher une comète pour pouvoir l'étudier...

Depuis les années 1980, ce grand rêve s'est en partie réalisé. Plusieurs missions se sont succédées pour espionner quelques spécimens. L'une des aventures les plus célèbres fut bien sûr celle de la sonde spatiale Giotto qui, en 1986, poursuivait la comète de Halley à quelque 600 km de distance.

Cette visualisation en 3D a été réalisée à partir des images de Rosetta capturées par les caméras NavCam et Osiris, le 24 septembre. © Esa, Rosetta, NavCam, Mattias Malmer

Au cœur de l’action

Près de 30 ans ont passé et jamais une comète ne fut aussi bien observée que 67P/Churyumov-Gerasimenko (67P/C-G). En effet, depuis l'arrivée de la sonde spatiale européenne (Esa) Rosetta — après un long périple de 10 ans —, le 6 août dernier, la communauté scientifique n'avait encore eu que peu d'opportunités de découvrir ce type de corps céleste d'aussi près. Cela ne fait que commencer. Bientôt, le 12 novembre prochain, Philae se posera sur le plus petit des deux lobes qui compose ce noyau d'environ 4 km de longueur, apportant ainsi de rares observations in situ et procédant à des analyses du sol hétérogène, constitué de glace carbonique, d'eau et d'ammoniac et de poussières. Les comètes sont considérées comme de véritables « machines à remonter le temps » qui conservent, plus ou moins intact, la mémoire des conditions qui régnaient dans la nébuleuse primitive.

Les portraits de 67P par Rosetta — et sa caméra de navigation (NavCam) — sous toutes les coutures se multiplient. Parmi les plus récents, on peut admirer cette superbe mosaïque capturée le 26 septembre à quelque 26,3 km seulement du centre. L'image a été soigneusement retravaillée afin d'estomper le bruit de fond, d'harmoniser les quatre photos initiales et de réduire le vignettage. L'ensemble a été pivoté de 180°. Puisque la comète, qui a une rotation sur elle-même de 12,5 heures, a bougé de quelque 10° en l'espace de 20 minutes et que la sonde s'est, elle, rapprochée de 2,1 km au cours de la première et dernière prise de vue, certaines parties apparaissent décalées avec, notamment un éclairage sensiblement différent.

Outre les détails très impressionnants de son relief, où l'on distingue ça et là des ravins, des gros et petits rochers, des surfaces lissées ou granuleuses, on peut admirer la comète en pleine activité. C'est principalement du « cou » que partent les jets de gaz et de poussières, caractéristiques de ces astres. Très diffus, il a fallu retoucher l'image pour les mettre davantage en évidence. En revanche, vu de la Terre, le noyau est invisible, car nimbé de cette atmosphère appelée coma.

Au cours des prochains mois, la température à sa surface va continuer à augmenter, la désagrégeant toujours plus. Rosetta et Philae seront au centre de ce changement de régime pour ne pas en manquer une miette... Et le plus longtemps possible espèrent les chercheurs.

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