Les partenaires de la Station sont d’accord pour poursuivre son exploitation au-delà de 2016 avec le souci d’augmenter le retour scientifique et de réduire les coûts d'utilisation. Crédit Nasa

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Station spatiale : un possible sursis jusqu'en 2020

ActualitéClassé sous :Astronautique , climatologie , station spatiale internationale

Lors de sa conférence presse de début d'année, Jean-Jacques Dordain, le directeur général de l'Agence spatiale européenne, a souhaité que l'exploitation de la Station spatiale internationale (ISS) se poursuive au-delà de 2016. « Il y a de grandes chances que les partenaires décident d'étendre sa durée de vie au moins jusqu'en 2020, » a-t-il dit.

Les cinq chefs des agences spatiales partenaires de l'ISS (Etats-Unis, Russie, Europe, Japon, Canada) se réuniront en mars prochain au Japon pour décider du sort de la Station spatiale internationale et trancher sur cette question avant la fin d'année. Ils sont également conscients que la Station ne durera pas ad vitam æternam et tous planchent sur ce qui pourrait être fait pour lui succéder.

La Nasa, elle, ne peut pas s'exprimer sur ce sujet tant que le plan de relance du programme spatial américain du président Obama n'aura pas été dévoilé (les projets d'exploration des Etats-Unis, insufflés par G.W. Bush ont sévèrement été remis en cause par la Commission Augustine). Mais de son côté, l'Esa a clairement dit qu'il fallait « resserrer ce partenariat international et l'étendre à d'autres partenaires car l'exploration humaine de l'espace sera globale ».

Succès politique et technologique mais échec scientifique

L'utilisation de la Station spatiale à des fins scientifiques était une des raisons d'être de ce projet lorsqu'il a été internationalisé en 1984. Malgré tout, cela reste un échec. La Station spatiale est surtout vue comme un succès politique et technologique hors norme. Réussir à faire travailler ensemble plusieurs pays aux méthodes et normes différentes est un des exemples les plus réussis de coopération entre gouvernements.

« L’exploitation et l’utilisation de l’ISS se justifient tant que les bénéfices en vaudront les coûts » explique Jean-Jacques Dordain. Ici, le node 3 et la coupole (Esa) qui seront lancés en février 2010. © ESA/S. Corvaja

Cette désaffection de la communauté scientifique pour la Station remonte au début du programme. Elle n'a jamais montré un grand enthousiasme pour ce projet qui promettait d'engloutir des milliards de dollars, un budget ainsi détourné d'autres utilisations. En 2008, l'Agence spatiale européenne a été en quelque sorte contrainte de lancer un appel à idées ! Quant à la Nasa, elle n'a jamais fait face à un afflux de demandes d'utilisation à des fins scientifiques pour réaliser des expériences de longues durées en apesanteur. Pire, les industriels du secteur de la pharmacie et ceux intéressés par la croissance des métaux et des cristaux dont on pensait qu'ils allaient investir dans la Station ne se sont pas bousculés pour financer des projets.

Un excellent laboratoire pour l'étude de la Terre et de la vie dans l'espace

Malgré tout, la Station reste un formidable promontoire pour observer la Terre. Pour Jean-Jacques Dordain, qui « souhaite élargir l'utilisation de l'ISS à d'autres disciplines que celles de la microgravité et des sciences de la vie », le pari est en passe d'être gagné. Le dernier appel d'offres a très bien été accueilli par la communauté du changement climatique avec une vingtaine de propositions faites à l'Esa. Pour les climatologues et les spécialistes des questions environnementales, la Station représente un poste d'observation privilégié de la Terre et de son climat. Son orbite couvre une large bande comprise entre 51° de latitude nord et 51° de latitude sud, soit l'ensemble de la zone équatoriale et des régions tropicales et tempérées des deux hémisphères, théâtres de nombreux phénomènes climatiques.

L'intérieur de Columbus, le laboratoire scientifique de l'Esa intégré à la Station spatiale en février 2008. © Nasa

L'ISS est également vue comme une plateforme performante et unique pour la recherche et la technologie concernant l'exploration humaine à long terme, notamment vers la Lune et Mars. Elle pourrait être très bien utilisée pour soutenir cet effort qui prévoit le retour de l'homme sur la Lune, l'envoi de la première mission habitée sur Mars et une utilisation accrue à des fins scientifiques et commerciales de l'orbite basse. On s'attend donc à des avancées importantes sur la question de la santé des astronautes car il n'est pas certain que les risques encourus en envoyant des hommes pour de très longues durées dans l'espace puissent être ramenés à des niveaux acceptables sans expérimentations préalables à bord de l'ISS.

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