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L'Inde prépare une mission spatiale ambitieuse

ActualitéClassé sous :Astronautique , Inde , ISRO

Doté d'un nouvel étage cryogénique, entièrement développé par l'industrie spatiale indienne, un lanceur GSLV doit lancer d'ici quelques heures un satellite multitâches qui embarque de nouvelles technologies. L'ensemble témoigne des progrès accomplis par l'Inde dans le domaine spatial.

Le lancement du lanceur GSLV, portant l'étage cryogénique indien (CUS), dénommé GSLV-D3, est prévu le 15 avril. Crédit Isro

Pour le président de l'Agence spatiale indienne (Isro), K. Radhakrishnan, « cet étage cryogénique doit permettre à l'Inde de diviser par deux le coût de l'accès à l'espace ». Les propos sont spectaculaires mais sans doute un peu prématurés... La propulsion cryogénique, en effet, permet de lancer des charges utiles plus lourdes qu'à l'aide d'étages à ergols liquides et, a fortiori, à ergols solides mais cette technologie avancée est aussi plus coûteuse. Il se peut que le prix par kilogramme en orbite soit finalement moins élevé. Il est cependant peu probable qu'un étage cryogénique, aussi efficace soit-il, réussisse à réduire le prix d'un lancement dans la proportion annoncée par le responsable de l'Isro.

Quoiqu'il en soit, les progrès accomplis par l'Inde sont remarquables et montrent une certaine maturité technologique et compétence en matière de propulsion de lanceurs. Un étage cryogénique est bien plus complexe à réaliser qu'un étage traditionnel. Faire tourner des turbopompes pour entraîner des fluides à des températures cryogéniques n'est pas une mince affaire.

L’Inde réussit à maintenir un programme spatial ambitieux dans un pays où près de 240 millions des habitants vivent avec moins d’un dollar par jour. A l'image, le satellite de télécommunication Insat-2E. © Isro

Une capacité industrielle à développer encore

Quant au satellite qui doit être lancé, il s'agit d'un démonstrateur de nouvelles technologies qui préfigurent les futurs satellites indiens. D'une masse au lancement de 2.180 kg, GSAT-4 est un satellite de télécommunication qui embarque une charge utile opérationnelle en bande Ka, C et L. Il s'appuie sur plusieurs technologies nouvelles, notamment un système de propulsion électrique (pour le contrôle d'attitude) ainsi que des expériences qui pourraient donner naissance à de futures applications opérationnelles. Il embarque également Gagan, la composante spatiale d'un système indien développé pour améliorer la performance du GPS américain, destiné à l'aviation civile et à d'autres applications de service public.

En savoir-faire et en capacité de lancement, l'Inde est donc sur la bonne voie. Mais il reste du chemin à parcourir. Le coût de l'accès à l'espace, par exemple, ne peut être réduit à un seul paramètre. Le prix de revient de la fabrication du lanceur est un des nombreux facteurs qui entrent en jeu dans le coût final d'une mission. Il faut évidemment tenir compte de la capacité industrielle de production de LH2 et LOX (les ergols), la qualification des équipes, les installations au sol et bien d'autres aspects qui influent sur le prix total.

Il faut garder à l'esprit que les prix des lancements sont bien plus influencés par la concurrence et le marché que par la technologie. Enfin, l'Inde ne peut concevoir une baisse durable du coût de l'accès à l'espace que si elle décide de s'imposer sur le marché des lancements commerciaux. Or une telle ambition n'est pas annoncée. Elle nécessiterait la mise en place d'une structure industrielle comparable à celle que l'Europe a développé en plus de 30 ans. L'Inde est loin d'avoir la capacité pour la réaliser.

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