Fin octobre 2022, les résultats d’une étude passionnante ont été publiés dans la revue Frontiers à propos d’une momie naturelle d’enfant qui se trouve en Autriche. L’autopsie virtuelle du petit corps vieux de plusieurs centaines d’années a permis aux chercheurs d’en apprendre plus sur sa santé de son vivant. Le petit garçon, dont l’âge au moment de la mort a été déterminé entre 10 et 18 mois, n'est a priori pas n’importe qui puisque sa dépouille se trouve dans la crypte des Contes de Starhemberg. En revanche, ses conditions de vie restent obscures.

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La crypte qui se situe dans le village de Hellmonsödt abrite des corps de la famille Starhemberg, l'une des plus anciennes familles aristocratiques d'Autriche. Ces derniers ont été soigneusement inhumés à cet endroit à partir du XVe siècle. Tous les défunts sont identifiés par leurs noms sauf un petit enfant inhumé dans la crypte. Cet enfant, momifié naturellement, n'est associé à aucun nom ni prénom. Les chercheurs, après avoir été autorisés par le Diocèse local à pratiquer une étude, ont souhaité en savoir plus sur lui. 

Des études non invasives 

L'enfant a été inhumé habillé d'un manteaumanteau de soie de grande qualité attestant de sa naissance dans une famille au statut social élevé. Aucune trace d'incision ou de manipulation n'a été repérée sur la peau momifiée de l'enfant prouvant qu'il n'y a pas eu d'acte de momification volontaire. Grâce à un CT scan, il a été possible d'en apprendre davantage sur la dépouille sans pour autant l'endommager. Un minuscule échantillon de tissu mou a été prélevé pour en définir la composition et le résultat est sans appel : l'enfant avait une forte masse de tissus adipeuxtissus adipeux autrement dit de graisse. Quant à son squelette vu grâce aux images non invasives, il révèle pourtant qu'il était rachitique. Comment expliquer ce rachitisme alors que l'enfant semblait bien nourri ?

Déformation des os du crâne visible à l'imagerie non invasive. © Revue <em>Frontiers</em> 
Déformation des os du crâne visible à l'imagerie non invasive. © Revue Frontiers 

Qui est cet enfant et quelle était sa vie ?

Comme l'indique l'équipe de recherche, il est difficile de comprendre la vie des enfants en bas âge de ces époques, puisque le nombre de petits corps à disposition de la recherche n'est pas assez important pour mener des études approfondies. Cette momie est un cas exceptionnel pour tenter d'en savoir plus. La seconde étape de cette recherche a été menée du côté des archives afin de déterminer l'éventuelle identité de l'enfant. En comparant le résultat de datation Carbone 14 et les registres paroissiaux, l'équipe a repéré quelques noms d'enfants décédés à un âge similaire pouvant correspondre. Un individu se distingue, Reichard Wilhelm né et décédé entre 1625 et 1626, premier fils de Erasmus der Jüngere. Et les raisons d'un rachitisme malgré une bonne alimentation semblent correspondre à une absence totale d'exposition à la lumière et au soleil. Au regard des résultats, c'est une pneumoniepneumonie qui l'a emporté.

Ces résultats interrogent quant aux conditions d'éducation de cet enfant qui manifestement n'a pas assez vu de lumière au cours de sa vie. Un état qui a probablement été à l'origine de sa mort à un âge précoce. Ses parents avaient-ils peur d'aggraver sa santé en l'exposant à l'extérieur ? Voulaient-ils trop protéger leur bébé ? Impossible en revanche de faire de ce cas une généralité concernant les conditions de vie des enfants de l'aristocratie de cette époque. Pour cela, il faudrait trouver davantage de dépouilles de la même période pour avoir un panel de cas édifiant. L'occasion de rappeler qu'une étude de dépouille n'est pas anodine puisqu'il s'agit d'un individu qui a vécu et dont il faut continuer à prendre soin en recherche et conservation.