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L'exceptionnelle momie d'une dame du XVIIe siècle

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De 2011 à 2013, une équipe de l'Inrap a mené, sur prescription de l'État (Drac Bretagne), une fouille préventive au couvent des Jacobins, futur centre des congrès de Rennes Métropole. Deux ans après, les études se poursuivent et livrent de nouvelles découvertes. En l'occurrence, l'exceptionnelle sépulture de Louise de Quengo, dame du XVIIe siècle.

Étude d'un corps exceptionnellement bien conservé découvert dans un cercueil de plomb mis au jour au couvent des Jacobins, à Rennes (Ille-et-Vilaine), 2015. L'étude à lieu à l’Institut médico-légal du CHU de Rangueil à Toulouse où il est d’abord déshabillé vêtement par vêtement pour respecter au maximum l’intégrité du costume. © Rozenn Colleter, Inrap

Le couvent des Jacobins, construit en 1369, après la guerre de Succession, marque la victoire de Jean IV de Montfort, duc de Bretagne, sur Charles de Blois. Entre le XVe et le XVIIIe siècle, cet établissement dominicain devient un important lieu de pèlerinage et d'inhumation. Ainsi, environ 800 sépultures y ont été mises au jour par les archéologues, dont cinq cercueils de plomb. L'un d'eux contenait une dépouille dans un état de conservation exceptionnel. Son étude est un témoignage rare des pratiques funéraires des élites du XVIIe siècle.

Les cinq cercueils de plomb, datés du XVIIe siècle, étaient accompagnés de reliquaires en forme de cœurs. Quatre des cercueils, dégagés dans le chœur de l'église, ont livré des squelettes relativement bien conservés dont certains présentent un crâne et une cage thoracique sciés, témoins d'un embaumement réservé aux élites. Les cinq reliquaires de plomb accompagnant les cercueils du couvent des Jacobins constituent un ensemble unique en Europe. Ils renferment un cœur et quatre portent des inscriptions révélant l'identité des défunts. Certains cœurs sont enveloppés dans un tissu et embaumés avec des végétaux. L'analyse des textiles, des essences végétales et des organes apporte des informations sur le protocole d'embaumement.

De 2011 à 2013, une équipe de l’Inrap a mené une fouille préventive au couvent des Jacobins, à Rennes. Deux ans après, les études se poursuivent et livrent de nouvelles découvertes. Le couvent des Jacobins, établissement dominicain construit en 1369, devient, entre le XVe et le XVIIIe siècle, un important lieu de pèlerinage et d’inhumation. Ainsi, environ 800 sépultures y ont été mises au jour par les archéologues, dont cinq cercueils de plomb. L’un d’eux contenait une dépouille dans un état de conservation exceptionnel. Son étude, menée par une équipe interdisciplinaire, est un témoignage rare des pratiques funéraires des élites du XVIIe siècle et apporte de précieuses informations sur l’histoire des sciences et de la médecine. Intervenants Rozenn Colleter, archéo-anthropologue (Inrap) Fabrice Dédouit, médecin légiste (CHU de Toulouse) Catherine Thèves, paléo-généticienne (CNRS, Laboratoire Amis, Toulouse) Monique Drieux-Daguerre, directrice Restauration Conservation textiles (Materia Viva), Christine Aribaud, historienne, spécialiste du costume religieux (université de Toulouse) © Inrap

Louise de Quengo, dame de Brefeillac († 1656)

À la base d'un mur de la chapelle Saint-Joseph, le cinquième cercueil a révélé un corps dans un état de conservation exceptionnel. Presque intact, ce corps est celui de Louise de Quengo, dame de Brefeillac. Cette identification est possible grâce aux inscriptions sur le reliquaire en plomb du cœur de son mari, Toussaint de Perrien, chevalier de Brefeillac (décédé en 1649). Afin de limiter au maximum la perte d'information liée à la décomposition de la dépouille, une étude a été menée en collaboration avec des chercheurs du laboratoire Anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse (CNRS/Université de Toulouse) et le service médico-légal du CHU de Toulouse.

Après le scanner de l'intégralité de la dépouille, l'autopsie a révélé l'état sanitaire de Louise de Quengo. Le prélèvement de tissus humains sans contamination environnementale est une opportunité rare en archéologie. Des études complémentaires en microbiologie ou en génétique permettent de déterminer si la cause du décès est d'origine infectieuse. L'ADN des pathogènes, dont celui de la tuberculose, permet d'observer l'évolution des micro-organismes du XVIIe siècle à nos jours, une problématique en plein essor.

Scanner d'un corps exceptionnellement bien conservé découvert dans un cercueil de plomb mis au jour au couvent des Jacobins, à Rennes (Ille-et-Vilaine), 2015. Un premier scanner du corps entier habillé est réalisé pour évaluer le degré de conservation des tissus organiques, non visibles sous les habits. © Rozenn Colleter, Inrap

Un costume complet du XVIIe siècle

Ces recherches apportent aussi de précieuses informations sur les pratiques funéraires de l'époque, l'histoire des sciences et de la médecine. Le prélèvement du cœur de la défunte révèle ainsi une réelle maîtrise de la pratique chirurgicale. Il a probablement été inhumé dans un lieu encore inconnu, celui de son époux l'accompagnant dans l'au-delà.

L'inhumation en plusieurs lieux de différentes parties d'un corps puise ses origines dans le Moyen Âge, comme en témoignent les funérailles de Bertrand du Guesclin ou Anne de Bretagne. Mais ses modalités et son évolution à l'époque Moderne étaient jusqu'alors méconnues.

Trois bonnets restaurés ayant appartenu à Louise de Quengo, dont le corps a été découvert dans un cercueil en plomb dans le couvent des Jacobins, Rennes (Ille-et-Vilaine), 2015. © Rozenn Colleter, Inrap

Une conférence pendant les Journées nationales de l’archéologie

Louise de Quengo porte l'habit de religieuse : cape, chasuble, robe de bure brune en sergé de laine grossier, chemise en toile, jambières ou chausses en sergé de laine et mules en cuir à semelles en liège. Un scapulaire de dévotion est enroulé autour de son bras droit, ses mains jointes tenant un crucifix. Un suaire recouvre son visage et deux bonnets et une coiffe, maintenue par un bandeau, couvrent sa tête. Le port de l'habit religieux est répandu chez les élites laïques, autorisées à l'endosser lors de cérémonies importantes. Mais Louise a pu aussi adopter la vie monacale après son veuvage. La conservation exceptionnelle de l'ensemble a conduit l'État et le musée de Bretagne à mettre en œuvre la restauration des vêtements (laboratoire Materia Viva à Toulouse) et des chaussures (laboratoire 2CRC à Grenoble), en vue d'une présentation au public.

Á l'issue des études scientifiques, des dispositions seront prises en vue de la ré-inhumation de la défunte, ainsi que pour la conservation des textiles.

À l'occasion du village de l'archéologie aux Champs Libres à Rennes, les 20 et 21 juin, Rozenn Colleter, archéo-anthropologue à l'Inrap donnera une conférence sur la découverte de la sépulture de Louise de Quengo. journees-archeologie.fr.

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