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À Rennes, le couvent des jacobins dévoile ses secrets aux archéologues

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Plus d'un an après le début des fouilles archéologiques, le site du couvent des jacobins à Rennes a révélé bien des surprises. Il permet de retracer l'histoire de l'antique ville de Condate, sa transformation en faubourg médiéval, et enfin le passé du couvent. Plus d'un millier de sépultures ont été mises au jour et devraient fournir de précieuses données sur l'état sanitaire de la population rennaise voilà plusieurs siècles. 

Dégagement d'un sarcophage en plomb dans le chœur de l'église du couvent des jacobins de Rennes (Ille-et-Vilaine). Seules des personnes de haut rang étaient enterrées dans de telles sépultures. © Hervé Paitier, Inrap

Sur le site du couvent des jacobins, à Rennes, une équipe d'archéologues de l'Inrap achève l'une des plus importantes fouilles urbaines jamais menées dans l'ouest de la France. Cette opération a été prescrite par l'État (Drac Bretagne) en amont de la construction du futur centre des congrès de Rennes Métropole. En seize mois, une trentaine d'archéologues ont fouillé 8.000 m2, une surface comprenant le couvent, le jardin du cloître et les cours extérieures. Ils ont multiplié les découvertes sur ce quartier de l'antique cité de Condate, sur son évolution en faubourg médiéval et sur l'histoire du couvent des jacobins. Parmi les plus remarquables : un temple du IIIe siècle entouré de grandes maisons urbaines, et des maçonneries médiévales qui révèlent l'histoire architecturale de l'édifice religieux.

Dans ce lieu de pèlerinage et d'inhumation, les archéologues ont aussi recensé près d'un millier de sépultures médiévales et modernes débouchant sur une étude anthropologique sans précédent en Bretagne. La découverte de tombes prestigieuses révèle des personnalités religieuses ou civiles de haut rang. La fouille du chœur de l’église, dans les semaines à venir, constituera le point d'orgue de cette vaste opération.

Enregistrement des sépultures découvertes dans la salle capitulaire du couvent des jacobins de Rennes (Ille-et-Vilaine). © Hervé Paitier, Inrap

Des sarcophages et des cœurs en plomb pour d’éminents défunts

Le couvent des jacobins a servi de lieu d'inhumation entre le XVe et le XVIIIe siècle, non seulement pour les religieux, mais également pour de nombreux fidèles qui se faisaient enterrer au plus près du tableau de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, œuvre de dévotion.

Près d'un millier de sépultures ont ainsi été localisées, principalement dans la salle du chapitre, lieu d'inhumation en principe réservé aux frères, dans la galerie des enfeus (niches abritant un tombeau ou une scène funéraire) ou dans l'église. Parmi elles, plusieurs tombes prestigieuses ont été identifiées : caveaux maçonnés, enfeus ornés de blasons et six sarcophages en plomb, retrouvés principalement dans le chœur de l'église. À la tête de l'un d'eux, les archéologues ont découvert trois cœurs en plomb accolés, portant des anneaux de suspension à l'image de ceux utilisés pour la vénération des reliques

Des traces d'embaumement, pratique funéraire réservée aux élites, et des orientations atypiques du défunt (nord-sud) ont aussi été observées. Ces indices signalent l'appartenance probable de ces défunts particuliers à de riches familles de la région.

Vue générale de la fouille dans le jardin du cloître du couvent des jacobins à Rennes (Ille-et-Vilaine). Le décapage a entre autres révélé les fondations d'un bâtiment militaire du XXe siècle comprenant les quatre cuves imposantes visibles au centre de la photo. © Hervé Paitier, Inrap

Des données sur l’état sanitaire de la population rennaise

Les anthropologues entreprendront une étude biologique des individus (sexe, âge au décès, état sanitaire, données métriques et anatomiques...). Les données seront alors traitées de manière statistique et comparées à d'autres sites de la même époque. Sur le plan sanitaire, ils observeront l'état général des squelettes (traumatismes, pathologies dégénératives, etc.) et leur état buccodentaire, reflet de l'alimentation et des soins reçus. Ils rechercheront aussi les traces de maladies infectieuses, épidémiques ou non, ayant sévi.

Enfin, des études de paléomicrobiologie en collaboration avec le laboratoire Amis (anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse, UMR 5288 CNRS, université de Toulouse III Paul Sabatier) permettront de compléter les connaissances sur l'état de santé des individus inhumés au couvent des jacobins.

Cette étude anthropologique, menée sur un large échantillon, apportera des informations inédites sur l'état sanitaire et social d'une partie de la population rennaise entre le XVe et le XVIIIe siècle.

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