Le pilote de chasse du futur pourra afficher les informations de sa mission les plus pertinentes d’un simple regard. Elles seront projetées et mises en avant sur une planche de bord virtuelle.

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    Exit les cadrans, les manettes et les boutons dans les cockpits des avions de combat. Demain, le pilote de chasse pourra se concentrer pleinement sur sa mission et ne plus quitter le manche des mains et les yeux de sa cible. Inventer ce cockpit du futur, c'est l'ambition de BAE Systems. Selon Jean Page, le responsable technique de ce projet, la firme compte projeter l'ensemble des informations de vol à partir du casque sur un tableau de bord vierge. Le cockpit pourrait donc être reconfigurable, adaptable au contexte et évolutif. Plutôt que le pilote se perde dans une multitude d'informations en mission, il bénéficierait alors d'une mise en avant des informations les plus importantes du moment. Ce tableau de bord adaptatif permettrait de réduire la charge de travail du pilote pour qu'il se concentre sur l'élément le plus important du moment.

    Il faut dire que de nombreux accidentsaccidents aériens ont eu lieu alors que les pilotes se retrouvaient saturés de travail. Ils ne réagissaient même pas à des alarmes pourtant bruyantes et ne voyaient pas les informations les plus importantes. Les études autour de ce sujet ont été nombreuses. Les pilotes appellent ce phénomène « tunnelisation de l'attention ». Lorsqu'un souci apparaît, toute la concentration de l'individu s'y consacre. Il ignore alors les paramètres de vol et même les manœuvres de pilotage élémentaires. Le cerveaucerveau n'a plus aucune ressource et le pilote s'enferme dans ce « tunnel » dont il ne peut plus sortir. Au final, même si des alertes flagrantes s'activent, il va les ignorer. C'est cette concentration extrême qui mène à la perte de contrôle. 

    Sur une planche de bord vierge, le casque du pilote projette les informations immédiatement utiles au pilote et met en avant le type de paramètres que le pilote souhaite afficher. Il effectue cette sélection à partir d'un simple regard. La configuration de ce cockpit virtuel est alors modifiée selon les besoins du moment. Le pilote peut également porter des gants à retour haptique, un module relève ses données biométriques et son casque sait contrôler son état émotionnel. © BAE Systems

    Sur une planche de bord vierge, le casque du pilote projette les informations immédiatement utiles au pilote et met en avant le type de paramètres que le pilote souhaite afficher. Il effectue cette sélection à partir d'un simple regard. La configuration de ce cockpit virtuel est alors modifiée selon les besoins du moment. Le pilote peut également porter des gants à retour haptique, un module relève ses données biométriques et son casque sait contrôler son état émotionnel. © BAE Systems

    Un cockpit intelligent

    Voilà trois ans déjà, Futura avait assisté à des démonstrations à l'Institut national de l'aéronautique et de l'espace (ISAE Supaéro) de Toulouse sur la neuroergonomie des tableaux de bord pour éviter les erreurs humaines de pilotage. C'est sur ce même principe des neurosciences appliquées à l'ergonomie que les scientifiques de BAE Systems planchent. Il s'agit d'afficher les paramètres les plus pertinents à l'instant TT et de les placer devant le champ visuelchamp visuel du pilote. Pour savoir quelles données afficher au moment le plus opportun, l'équipe d'ingénieurs des facteurs humains de BAE Systems a d'abord dû travailler avec les pilotes. Après ces entretiens, l'équipe a créé un dispositif utilisant une technologie de suivi du regard et de reconnaissance des mouvements, afin de savoir quels sont les habitudes et les circuits visuels du pilote dans son habitacle. Cette technique a permis d'élaborer un cockpit adapté. Ensuite, ce suivi oculaire a été exploité pour permettre au pilote de sélectionner d'un coup d'œilœil une information affichée. Avec ce système, cette information devient prioritaire et le tableau de bord est réorganisé. C'est encore une fois l'IA qui sera à l'œuvre pour déterminer l'objectif du pilote et afficher les informations les plus pertinentes pour faciliter la tâche à effectuer.

    Au niveau des gestes, un simple mouvement peut déclencher une action plutôt que d'avoir une série de boutons physiques à presser. Et lorsqu'il s'agit de toucher un bouton virtuel contextuel mis en évidence sur la planche de bord, les gants du pilote peuvent lui restituer un retour haptique pour lui permettre de prendre conscience qu'il a validé son action.