Un premier avion guidé depuis le sol vient de réaliser un vol avec des passagers à son bord. Des pilotes étaient tout de même aux commandes lorsque le Jetstream 31 a décollé, puis atterri. En revanche, ils n’ont pas touché aux manettes une fois l’engin stabilisé à son altitude de croisière. Il s’est alors fondu dans le trafic aérien conventionnel, tout en évitant d’éventuelles collisions.

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    Le Jetstream 31 du consortium Astraea embarque deux pilotes et trois ingénieurs. Un seul homme suffit pour le contrôler depuis le sol. © Astraea

    Le Jetstream 31 du consortium Astraea embarque deux pilotes et trois ingénieurs. Un seul homme suffit pour le contrôler depuis le sol. © Astraea

    De nombreux drones sont actuellement exploités dans le cadre d'opérations militaires. Ils sont utilisés comme engins de combat, pour des opérations de surveillance ou encore pour le transport de fret. Leur usage reste cependant interdit dans les espaces aériens civils, car des doutes subsistent concernant leurs capacités à évoluer en sécurité au milieu du trafic aérien conventionnel (détection des risques de collision, etc.), surtout s'ils embarquent des passagers !

    Le consortium britannique Astraea, qui rassemble sept industriels, cherche justement à faire évoluer les choses. Ses ingénieurs développent ainsi des algorithmes qui devraient permettre à un avion guidé depuis le sol de détecter les risques de collision, de réaliser les manœuvres d'évitement appropriées, de contourner des perturbations atmosphériques majeures, ou encore d'atterrir en cas d'urgence (notamment grâce à des capteurs infrarouges qui détectent les zones habitées à éviter).

    Le projet en est maintenant à sa phase de test. En avril dernier, un avion Jetstream 31 de l'avionneur British Aerospace (BAE), pouvant embarquer 19 passagers, a réalisé avec succès un vol majoritairement guidé depuis le sol dans un espace aérien civil. Il embarquait deux pilotes, chargés de le faire décoller puis atterrir, mais qui ne pouvaient intervenir sur les manettes une fois l'avion stabilisé à son altitude de croisière (20.000 pieds), hormis en cas de problème. Les commandes ont alors été transférées à un pilote au sol.

    Les États-Unis prévoient d’autoriser, dès 2015, le survol de leur territoire par des UAV (pour <em>Unmanned Aerial Vehicle</em>), au sein du trafic aérien. © Jim Ross, <em>Nasa Dryden Flight Research Center</em>

    Les États-Unis prévoient d’autoriser, dès 2015, le survol de leur territoire par des UAV (pour Unmanned Aerial Vehicle), au sein du trafic aérien. © Jim Ross, Nasa Dryden Flight Research Center

    La présence du copilote en question dans les droneliner

    Le vol a eu lieu au Royaume-Uni entre Warton, dans le Lancashire, et Inverness en Écosse, soit sur une distance d'environ 500 km. La technologie embarquée a permis au Jetstream turbopropulsé de s'insérer au mieux dans le trafic aérien, tout en gardant les distances de sécurité requises avec les autres avions détectés dans son voisinage. Il a également réalisé les manœuvres d'évitement standards lorsqu'il a été confronté à des problèmes simulés par son ordinateur de vol.

    Volant au sein du trafic normal, l'avion expérimental a dû répondre aux injonctions des contrôleurs aériens. Elles ont été transmises à l'équipe au sol, qui a ensuite réalisé, à distance, les ajustements de trajectoire demandés au Jetstream. Certes, il faudra encore de nombreuses années de tests avant la mise en service de ce que certains appellent déjà un droneliner, mais ce premier vol marque une étape importante dans leur développement.

    Les algorithmes employés ont été mis à rude épreuve par les experts de l'Autorité de l'aviation civile britannique, notamment pour voir s'ils respectaient bien toutes les règles suivies par les pilotes du monde entier. Par ailleurs, des ingénieurs étaient présents à bord de l'avion durant le vol expérimental, pour s'assurer du bon fonctionnement de tous les systèmes. Pour le moment, le but de cette technologie n'est pas de remettre en cause la présence d’un pilote dans un avion. En revanche, après le débarquement des mécaniciens navigants, le rôle du copilote pourrait devenir superflu.