Comme les autres constructeurs de lanceurs engagés dans des programmes de réutilisation, la Chine veut, dans un premier temps, récupérer la partie basse du lanceur CZ-8. © Rémy Decourt

Sciences

La Chine va faire voler un lanceur réutilisable

ActualitéClassé sous :accès à l'espace , lanceur partiellement réutilisable , étage réutilisable

Sans trop faire de publicité, la Chine poursuit ses programmes de lanceurs réutilisables, notamment avec le futur Longue Marche 8, qui devrait voler en 2021. L'étage principal retournera se poser à la verticale, comme celui du Falcon 9. Mais les choix technologiques semblent différents.

La Chine développerait un lanceur partiellement réutilisable. C'est  ce qu'a laissé entendre Long Lehao, de l'Académie chinoise de technologie des lanceurs (CALT). Ce spécialiste a dévoilé les plans de ce futur lanceur, baptisé Longue Marche 8 (CZ-8), le 24 avril lors d'une conférence de l'industrie spatiale à Harbin. Un premier lancement est prévu en 2021.

Ce lanceur à deux étages et boosters d'appoint serait doté d'un étage principal réutilisable qui reviendrait se poser à la verticale à proximité de son site de lancement. Selon le nombre de boosters utilisés, de deux à quatre selon les performances demandées au lanceur, CZ-8 sera capable de lancer jusqu'à 4,5 tonnes sur une orbite basse héliosynchrone (environ 700 km) et 2,5 tonnes en orbite de transfert géostationnaire.

Ce lanceur sera commercialisé auprès des opérateurs de satellites et proposé sur les marchés internationaux du lancement de satellites ouverts à la concurrence. Avec une condition cependant : que les satellites à lancer soient « ITAR free », c'est-à-dire construits sans composants réalisés aux États-Unis.

La gamme des lanceurs chinois en service aujourd'hui et ceux en développement. © CALT

Un lanceur sur étagère avec un moteur russe

Pour réduire les coûts et les risques de développement, le CZ-8 utilisera des éléments d'autres lanceurs déjà en service. Ainsi, l'étage principal, avec deux moteurs YF-100, sera dérivé de celui de la Longue Marche 7. Ce moteur est dérivé du RD-120 russe à kérosène et oxygène liquide utilisé par le lanceur Zenith. Les boosters d'appoint, au nombre de deux ou quatre, sont ceux du Longue Marche 11. Quant à l'étage supérieur, il utilisera des éléments du deuxième étage à oxygène liquide-oxygène de la fusée Longue Marche 3A.

Bao Weimin, directeur de la commission Science et Technologie de la China Aerospace Science and Technology Corporation, a déclaré que la Chine a opté pour un procédé différent de celui choisi par SpaceX pour son lanceur Falcon 9. Pour récupérer l'étage principa, SpaceX utilise la manœuvre dite Toss-Back qui consiste à réaliser un demi-tour, une marche arrière et un rallumage du moteur. Dans cette configuration, l'étage utilise la propulsion fusée pour fournir les impulsions permettant le retour au sol, le freinage en phase atmosphérique et l'atterrissage à la verticale.

La réutilisabilité au programme de la Chine

D'origine, le moteur russe RD-120 n'est pas conçu pour être récupéré et réutilisé. En raison d'un manque d'informations détaillées sur les choix technologiques chinois, on ne peut que supposer la méthode de récupération. Ce qui est connu d'autres programmes incite à penser que la Chine utilisera des parafoils ou des ballons pour freiner et assurer le retour au sol de l'étage principal et des boosters du CZ-8. Il y a quelque temps, un essai de récupération avait été réalisé sur un booster freiné par un ballon.

Pour la Chine, la réutilisation des lanceurs est aussi un enjeu de sécurité publique. À la différence des États-Unis ou de la France, dont les sites de lancement se trouvent à proximité des côtes, les lanceurs chinois survolent des zones habitées avant de rejoindre l'espace. À chaque lancement, les autorités sont contraintes d'évacuer les zones au-dessus desquelles ont lieu la séparation et la retombée des étages et des boosters. À ce risque s'ajoute celui du crash d'un lanceur en cas de défaillance, avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour les personnes et les infrastructures au sol.

À plus long terme, à l'horizon 2035, la Chine ambitionne une flotte de lanceurs entièrement réutilisables. Elle travaille aussi sur un véhicule spatial réutilisable d'ici 2025 et un lanceur à deux étages totalement réutilisable pour 2030.

  • Un lanceur partiellement réutilisable dès 2021.
  • Une technologie et une manœuvre de récupération qui pourraient ne pas seulement utiliser le moteur de l'étage à récupérer.
  • En 2035, tous les lanceurs chinois seront au moins partiellement réutilisables.
Cela vous intéressera aussi