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Bonne nouvelle : dans la nature, les faibles ont leurs chances !

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La survie du plus fort serait une vision bien trop simpliste de l'évolution, comme le démontre le premier marathon de l'histoire conçu pour les lézards.

Pour peu que l'environnement ne soit pas trop difficile, les lézards doués pour la course ne survivent pas plus que les autres.

Mais pourquoi donc, au sein d'une même espèce, existe-t-il de telles différences entre individus ? Alors que la sélection naturelle devrait rapidement éliminer les moins adaptés, on observe au contraire une large variété de capacités physiques, de taille, de détails anatomiques voire de comportements.

Pour mieux comprendre cette énigme, Jean-François Le Galliard, Jean Clobert et Régis Ferrière, du Laboratoire "Fonctionnement et Evolution des Systèmes Ecologiques" (CNRS), ont organisé une étrange compétition entre des petits lézards vivipares (Lacerta vivipara). A peine nés, les reptiles ont dû courir jusqu'à l'épuisement sur une piste circulaire. Comme on pouvait s'y attendre, certains se sont montrés plus résistants que d'autres. Une quinzaine d'animaux ont tenu à peine cinquante secondes, la majorité a couru 350 secondes environ et un petit lot de champions a battu le reste de la troupe avec plus de 500 secondes.

"Selon la théorie darwinienne de l'évolution, expliquent les trois scientifiques dans la revue Nature, les capacités physiques des animaux déterminent leur taux de survie". Les marathoniens les plus doués devraient donc mieux se débrouiller dans la vie que le tout-venant du peloton et que les anémiques congénitaux incapables de courir une minute sans s'épuiser.

Pour ces derniers, le verdict fut sans appel : tous sont morts très tôt. Mais pour les autres, Darwin est pris en défaut. Si le milieu n'est pas trop hostile et si la nourriture est suffisante, les coureurs moyens montrent les mêmes chances de survie que les champions les plus résistants. Le résultat ne s'accorde avec la théorie classique de l'évolution que si les conditions sont difficiles : mieux vaut, alors, courir vite et longtemps pour attraper davantage d'insectes et échapper aux prédateurs. Conclusion des chercheurs : la sélection naturelle ne s'applique pas toujours de la même manière selon les conditions environnementales.

Les plus malins survivent aussi

Ce résultat conforte celui d'un autre chercheur, américain celui-là, Jonathan Losos (Université de Saint-Louis, Missouri), qui a introduit des iguanes carnivores sur six minuscules îlots des Caraïbes. Ce redoutable prédateur se régale de petits lézards comme ceux, justement, qui peuplent ces îlots (du moins entre deux tempêtes, qui déciment régulièrement toute la faune), pourvu que leur taille soit suffisamment petite.

Les scientifiques ont bien observé que les lézards de grande taille survivent mieux puisqu'ils sont délaissés par les iguanes, fournissant un exemple typique de sélection naturelle. Mais les lézards ne se sont pas contentés de cette solution. Ils en ont trouvé une autre : passer davantage de temps dans la végétation et le plus haut possible. Emerveillé, Jonathan conclut "Les animaux sont des organismes incroyablement dynamiques. L'interaction entre le comportement et des changements environnementaux est si complexe qu'elle est difficile à prévoir sans une connaissance approfondie de l'organisme".

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