Santé

Lutte contre le paludisme : les génomes des moustiques décryptés

ActualitéClassé sous :séquençage de l'ADN , séquençage génomique , ADN

Seize espèces de moustiques anophèles, dont certains sont vecteurs du paludisme, ont vu leur génome séquencé, après dix ans de recherche pluridisciplinaire et internationale. Les premières analyses comparatives révèlent des particularités génétiques fortes et une plasticité importante. Des données qui permettront de mieux appréhender l'agent infectieux.

Parmi 450 espèces d’anophèles sur la planète, une douzaine seulement sont responsables des transmissions humaines du paludisme. © CDC, Jim Gathany, domaine public

On en sait plus sur la capacité vectorielle des moustiques anophèles. Autrement dit, sur leur aptitude à transmettre à l'Homme le paludisme responsable dans le monde de plus de 600.000 décès par an. Un vaste et long programme scientifique mené par un consortium international dans une cinquantaine de centres de recherche et dont les résultats sont publiés sous la forme de deux articles dans la revue Science a tout d'abord permis le séquençage complet du génome de 16 espèces d'anophèles originaires des cinq continents (Afrique, Asie, Asie Mineure, Amérique centrale et Océanie). Puis les chercheurs ont étudié les différences génétiques entre les moustiques infectants et leurs cousins inoffensifs, ainsi qu'avec d'autres espèces d'insectes.

Parmi les résultats, tout d'abord, les anophèles présentent, au niveau de l'évolution de leurs gènes dans le temps, des taux de gain et de perte de gènes environ cinq fois supérieurs à ceux de la mouche drosophile. Il s'agit notamment de gènes impliqués dans la reproduction des insectes, l'un des facteurs déterminant la capacité vectorielle de ces diptères.

Pour Daniel Neafsey, chercheur au Broad Institute à Cambridge, États-Unis, et auteur principal de l'un des articles, « ces changements dynamiques peuvent offrir des indices pour comprendre la diversification des moustiques anophèles ; pourquoi certains se reproduisent dans l'eau salée tandis que d'autres ont besoin de mares temporaires ou permanentes d'eau douce, ou pourquoi certains sont attirés par le bétail tandis que d'autres ne se nourrissent qu'à partir des humains ». Une évolutivité qui expliquerait comment ces moustiques exploitent rapidement de nouveaux habitats créés par les activités humaines et sont devenus, à cause du parasite qu'ils inoculent, l'un des plus grands fléaux de l'humanité.

Carte de distribution des espèces d'anophèles dans le monde en 2008. © CDC, Wikimedia Commons, domaine public

De précieux résultats pour la lutte antivectorielle

Le séquençage complet de plusieurs anophèles révèle une parenté certaine avec Anopheles gambiae, le vecteur parasitaire causant le plus de victimes au monde en Afrique subsaharienne. S'ils sont proches, ces insectes montrent pour autant des divergences dans les caractères impliqués dans la capacité vectorielle.

« Nos résultats montrent que les vecteurs les plus efficaces ne sont pas nécessairement les espèces les plus étroitement liées et que les traits améliorant la capacité vectorielle peuvent être acquis par le flux de gènes entre les espèces », explique Nora Besansky, chercheuse à l'université de Notre Dame, aux États-Unis, et coauteur des deux publications.

Ces travaux se poursuivront par d'autres études génomiques comparatives en vue d'améliorer la lutte mondiale contre les moustiques causant chaque année quelque 200 millions d'impaludations.

Cela vous intéressera aussi