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Boire trop de lait augmenterait le risque de fracture chez les seniors

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Le lait serait-il néfaste lorsqu'il est bu en grande quantité par des adultes ? Une étude suédoise jette le trouble sur ses bienfaits couramment vantés, en particulier pour les femmes. Les auteurs, cependant, appellent à accueillir leurs observations avec prudence.

Les produits laitiers sont préconisés dans l'alimentation des enfants et des adolescents. On avait déjà mis en évidence des risques pour la santé des os en ce qui concerne un abus de produits laitiers. Il en est peut-être de même avec les seniors. © Ella Alfon, Flickr, cc by nc nd 2.0

« Nos résultats pourraient remettre en cause la validité des recommandations » à consommer du lait pour prévenir les fractures liées à l'ostéoporose — maladie à l'origine d'une fragilisation osseuse chez les personnes âgées —, relèvent les chercheurs de l'université d'Uppsala, en Suède, qui ont mené une étude dont les résultats ont été publiés dans la revue médicale britannique The BMJ. Toutefois, elle doit être interprétée avec prudence, car il s'agit essentiellement d'un travail d'observation qui mériterait d'être confirmé, soulignent leurs auteurs. Elle se base en effet sur l'analyse des données recueillies dans le cadre de deux cohortes, à savoir le suivi d'un largegroupe d'individus sur plusieurs années.

L'une portait sur environ 60.000 femmes de 39 à 74 ans, questionnées sur les habitudes alimentaires et de vie dans le cadre d'une campagne de dépistage du cancer du sein. L'autre cohorte concernait un groupe de 45.000 hommes âgés de 45 à 79 ans. Les quantités de lait bu quotidiennement ont été quantifiées : entre moins d'un verre, un à deux verres, deux à trois verres et plus de trois verres. Celles de lait fermenté (comme le yaourt) et de fromage consommés ont également été prises en compte. Les chercheurs ont souhaité savoir si un lien statistique pouvait être établi entre la quantité de lait et de produits laitiers consommés et la survenue de fractures, en particulier de la hanche, ainsi que de décès.

Le résultat, en apparence contradictoire avec l'image bienfaitrice du lait, est que les femmes absorbant plus de trois verres de lait par jour paraissent plus enclines à souffrir de fractures et à décéder.

Le lait est l'aliment naturel du bébé. Chez l'adulte, ses bienfaits sont moindres mais il apporte du calcium et des sucres. Quels sont ses effets réels ? © Efired/Shutterstock.com

Un excès de lactose et de D-galactose ?

Les femmes qui consomment trois verres ou plus de lait par jour ont un risque relatif de décès de 90 % plus élevé et un risque de fracture de la hanche de 60 % plus élevé par rapport à celles qui boivent moins d'un verre par jour, explique à l'AFP,le professeur Karl Michaelsson, principal signataire de l'étude.

Pour les hommes, le lien statistique entre grande quantité de lait consommé et risque de décès est également observé, mais de manière moins prononcée tandis qu'aucun lien n'est observé pour les fractures. L'analyse concernant les produits laitiers — lait fermenté et fromage — montre également un lien statistique avec fractures et décès, mais dans le sens inverse. « Les femmes qui consomment beaucoup de fromage et de produits à base de lait fermenté ont un taux de mortalité et de fractures plus faible que celles qui en prennent peu », observent les chercheurs.

L'analyse tient de l'observation et aucune relation de cause à effet n'a encore été formellement démontrée. Mais les scientifiques suédois avancent une hypothèse pour expliquer l'éventuel effet néfaste du lait à haute dose chez les adultes : la présence en quantité importante de sucres spécifiques, lactose et D-galactose, qui sont peu présents dans les produits fermentés. Le D-galactose pourrait jouer un rôle dans le stress oxydant des cellules et l'inflammation des tissus : des expériences ont montré que ce produit injecté chez des souris accélérait le vieillissement.

« Il pourrait y avoir un lien avec le lactose et galactose contenu dans le lait (...), mais une telle relation de cause à effet doit encore être l'objet d'expérimentations », souligne l'équipe suédoise. « Il s'agit d'une étude intéressante, bien conçue, mais, comme disent les auteurs, la prudence est de mise », commente la diététicienne et nutritionniste britannique Gaynor Bussell. « On ne peut pas tirer une conclusion sur une relation de cause à effet, car il se peut qu'il y ait un autre facteur difficile à identifier qui va de pair avec la consommation de lait et qui provoque mortalité accrue et fractures », explique-t-elle.

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