Le collembole Folsomia candida peut se cloner, ce qui a permis des études statistiques sur le vieillissement de lignées d’individus génétiquement identiques. Et de démontrer que les individus ne sont pas égaux face au vieillissement. © Budapest University of Technology and Economics

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Le vieillissement ne serait pas le même pour tous

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Pour étudier les variations individuelles du vieillissement, des chercheurs ont employé une méthode originale : ils ont étudié des collemboles, petits arthropodes vivant dans le sol qui ont la particularité de pouvoir se cloner naturellement. Deux lignées d'individus identiques ont ainsi pu être suivies sur de nombreuses générations. Résultat : l'âge de début du vieillissement et sa vitesse varient énormément d'un individu à l'autre.

Le vieillissement, autrement appelé sénescence, se manifeste par l'augmentation, avec l'âge, de la probabilité de mourir. En France, la mortalité est minimale pendant l'enfance, puis, à partir d'environ trente ans, elle augmente avec l'âge et plus on vieillit, plus cette augmentation est rapide. Elle est en fait exponentielle : le risque de mourir double en moyenne tous les 9 ans. Ainsi, une personne âgée de 80 ans a 45 fois plus de « chances » de mourir pendant l'année qu'une personne de 40 ans, et plus de 600 fois plus qu'un enfant de 10 ans.

De précédentes études montrent aussi que l'âge à partir duquel la mortalité commence à augmenter et sa vitesse d'augmentation varient fortement entre les espèces. Par exemple, les chimpanzés commencent à vieillir plus tôt que les Hommes mais relativement plus lentement. Ces différences entre espèces existent-elles au sein d'une seule et même espèce ? En d'autres termes, commençons-nous tous à vieillir au même âge et vieillissons-nous tous à la même vitesse ? C'est ce qu'a voulu étudier l'équipe « Variation phénotypique et adaptation » (VPA) de l'Institut d'écologie et des sciences de l'environnement de Paris (iEES Paris, UPMC/CNRS/INRA/UPEC/IRD/université Paris Diderot).

Afin d'observer comment la mortalité augmente au cours de la vie et si elle varie en fonction des individus, les chercheurs ont travaillé avec une espèce de collembole, des petits arthropodes vivant dans le sol et apparentés aux insectes. Cet animal a la particularité de pouvoir se cloner naturellement. En 490 jours, les chercheurs ont ainsi pu comparer des milliers de copies clonales provenant de deux individus génétiquement différents. En les élevant dans un environnement semblable, les scientifiques ont pu, en quelque sorte, faire vivre des milliers de fois la même vie aux deux individus. Cela leur a permis de mesurer des milliers de fois l'âge de leur mort pour pouvoir déterminer précisément leur trajectoire de mortalité.

Les trajectoires de mortalité (ici, le risque de mourir par jour) des deux lignées de collembole, TO et HA. La lignée TO, en bleu, commence à vieillir beaucoup plus tardivement que la lignée rouge mais souffre d’une mortalité de base plus élevée. Son espérance de vie (le centre des barres horizontales) est ainsi réduite par rapport à la lignée HA qui, elle, commence à vieillir beaucoup plus tôt, mais plus lentement. © François Mallard

L'espérance de vie n'est pas un bon indicateur du vieillissement

Les résultats, publiés dans la revue Journal of Evolutionary Biology, montrent des différences marquées entre les individus sur leur espérance de vie, leur mortalité quand ils sont jeunes, l'âge à partir duquel ils commencent à vieillir ou encore la vitesse à laquelle ils vieillissent. Les chercheurs ont ainsi découvert que des individus d'une même espèce peuvent vieillir de manière fondamentalement différente.

Les êtres humains ont-ils tous le même risque de mourir pendant l'enfance ? Commencent-ils tous à vieillir en même temps et vieillissent-ils tous à la même vitesse ? Difficile de répondre à ces questions car l'incapacité de l'être humain à se cloner rend impossible la mesure du taux de mortalité d'un individu en particulier... De plus, les différences d'environnement, d'habitats ou encore de mode de vie sont autant de facteurs qu'il faudrait prendre en compte. En comparaison, si les Français et les collemboles avaient la même espérance de vie, cela signifierait que le vieillissement pourrait démarrer vers 20 ans pour certaines personnes et après 100 ans pour d'autres, ou aller deux fois plus vite chez certains.

Cette étude démontre ainsi que le vieillissement est un phénomène complexe et multidimensionnel qui touche les individus d'une même espèce ou d'espèces différentes de manière singulière. Cette étude souligne aussi que l'utilisation d'indicateurs démographiques simples tels que l'espérance de vie ne dit que peu de choses sur le processus de vieillissement et son évolution.

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