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Jouer à Tetris pour combattre le syndrome de l’oeil paresseux

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Et si on arrêtait de traiter l'amblyopie, aussi surnommée maladie de l'œil paresseux, avec un cache-œil et qu'on passait à une cure de jeux vidéo ? Des scientifiques viennent de montrer que le célèbre casse-tête Tetris pouvait nettement améliorer la vision des adultes atteints de ce trouble.

L'amblyopie est un trouble de la vision fréquent. L'œil faible ne peut focaliser correctement l'image, entraînant une mauvaise vision centrale et des difficultés pour bien voir de loin. Selon les scientifiques, il pourrait s'agir d'une interférence entre le signal nerveux émanant de l'œil fort, qui inhiberait celui provenant de l'œil malade. © Laurence Vagner, Flickr, cc by nc sa 2.0

L'amblyopie, vous connaissez ? Ce trouble visuel compte pourtant parmi les plus fréquents, concernant près d'un enfant sur trois. Sa forme la plus connue et la plus fréquente est le strabisme, quand un œil louche. Une expression moins technique est parfois usitée pour faire référence à cette pathologie : celle de l'œil paresseux. En effet, l'amblyopie se caractérise par un œil fort et un œil faible, les images de ce dernier n'étant pas ou peu interprétées au niveau du cortex visuel, débouchant sur une baisse de la vue et un déficit de la vision tridimensionnelle.

Actuellement, le principal traitement de cette maladie consiste à poser un cache-œil du côté dominant, de manière à ne faire travailler que l'œil paresseux. Peu contraignant un jour de carnaval, mais gênant le reste de l'année. Problème : cette thérapie ne fonctionne que chez les enfants, si bien que les adultes n'ont pour l'heure aucun moyen d'améliorer leur trouble visuel, et risquent, à terme, de ne plus pouvoir récupérer leur vision perdue.

Pourtant, à en croire une équipe internationale de chercheurs dirigée par le canadien Robert Hess, de l'université McGill (Montréal), la solution pourrait venir d'un des plus célèbres jeux vidéo : Tetris. Comment ce casse-tête indémodable, conçu en 1984, pourrait devenir un traitement d'une pathologie visuelle ? La réponse est longuement développée dans la revue Current Biology.

Tetris, ou l’art de la coopération entre les yeux

Les auteurs sont partis du principe que le cerveau humain restait plastique, et qu'il n'était pas trop tard pour lui apprendre à réutiliser correctement l'œil amblyope. Mais contrairement au traitement actuel qui focalise son action sur l'œil malade uniquement, les scientifiques ont voulu faire collaborer les deux yeux.

Le mythique Tetris va bientôt fêter ses 30 ans. Ce jeu vidéo consiste à assembler des blocs de briques qui tombent pour former des lignes complètes. © limpa-vias.blogspot.fr cc by nc nd 2.5

Ainsi, 18 adultes atteints de la maladie ont pris part aux expériences. La moitié d'entre eux devait jouer à Tetris une heure par jour durant deux semaines, munis de lunettes spéciales. Celles-ci divisaient la vision en deux : un œil ne pouvait voir que les briques qui tombaient, quand l'autre ne repérait que les blocs déjà au sol. On parle de présentation dichoptique. Le second groupe lui aussi s'amusait sur la partie de jeu vidéo, mais chacun ne pouvait utiliser que son mauvais œil.

Quand l'heure des bilans est arrivée, les différences se sont révélées très nettes. Les progrès concernant la vision de l'œil faible et la perception tridimensionnelle sont environ quatre fois plus importants lors de la présentation dichoptique. Le lot contrôle a, par la suite, lui aussi expérimenté les lunettes, et a également réalisé de bien meilleurs scores. La coopération, ça a du bon.

Des jeux vidéo connus pour améliorer les troubles de la vision

La perspective d'utiliser les jeux vidéo en guise de thérapie n'est pas nouvelle. Déjà en 2007, on avait remarqué leur intérêt pour améliorer la vision. Plus récemment, c'est leur capacité à réorganiser le cerveau qui a fait l'objet d'une publication scientifique. Ils sont aussi envisagés pour développer la dextérité des chirurgiens. De plus, la pratique de Tetris est associée à une diminution des souvenirs douloureux dans les cas de syndrome de stress post-traumatique.

En revanche, d'autres études se montrent plus critiques vis-à-vis de certains jeux vidéo. La violence, banalisée dans certains d'entre eux, pourrait stimuler l’agressivité et inhiber des régions du cerveau, notamment celles liées aux émotions. Il faut donc bien faire la différence entre le jeu et la thérapie. Avec des traitements ludiques, on peut cependant espérer que les patients iront plus facilement au bout de leurs indications médicales, et risqueront moins d'abandonner en cours, comme cela peut-être le cas avec un cache-œil gênant ou un médicament imbuvable.

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