Santé

Ça fait peur : un chinois sur deux naît par césarienne

ActualitéClassé sous :médecine , naissance , Chine

Le taux de césariennes a fortement augmenté ces dernières décennies en Chine. Manque de personnel, problème de rémunération des médecins, demandes des parents sont mis en cause.

Environ un bébé chinois sur deux voit le jour par césarienne. © Portraitlady4306, Wikimedia Commons, DP

Dans les années 1970, la peur de la surpopulation en Chine a conduit à la politique de l'enfant unique. Récemment, l'accès aux soins médicaux s'est amélioré et les attentes de la classe moyenne en matière de santé ont évolué. Dans ce contexte, comment naissent aujourd'hui les petits Chinois ?

Les faits : 8 millions de bébés chinois nés par césarienne en 2010

D'après un article paru dans BJOG : An International Journal of Obstetrics and Gynaecology, la Chine posséderait l'un des taux les plus hautde césariennes au monde. Sur 16 millions de bébés qui ont vu le jour en 2010, environ la moitié seraient nés par césarienne. Rien que sur Shanghai, cela représenterait 107.330 naissances.

En fait, le nombre exact de césariennes n'est pas connu, mais les différentes données collectées indiquent des fréquences comprises entre 36 à 56 %. Or, avant les années 1980, le taux de césariennes était inférieur à 5 % et il n'a pas dépassé 10 % avant les années 1990. Des enquêtes réalisées en 1993, 1998, 2003 et 2008, portant sur 34.482 naissances ont montré que le taux de césariennes est passé de 3 % en 1988 à 39 % en 2008. En ville, ce pourcentage serait passé de 15 à 64 % et de 0 à 11 % à la campagne.

Décryptage : le système de santé mis en cause

Les auteurs expliquent tout d'abord cela par la structure du système obstétrical. Le nombre important de naissances à réaliser et le manque d'infirmières et de sages-femmes favorisent un taux de césarienne élevé : en Chine, il n'y a que 1,5 infirmière et sage-femme pour 1.000 habitants, contre 9,3 en France, et la césarienne nécessite moins de personnel infirmier et de sages-femmes. Il existe aussi des motivations financières : ils rapportent de meilleurs revenus aux médecins et hôpitaux que les accouchements par voie basse, leurs salaires étant relativement bas.

La politique de l’enfant unique a vu le jour pour limiter l’accroissement de la population. © Library of Congress, administration américaine, DP

Enfin, les préférences des patients et les aspects culturels sont aussi un facteur important. À cause de la politique de l'enfant unique, il y a une demande pour une naissance parfaite. Médecins et patients considèrent souvent la césarienne comme plus efficace que néfaste. Ceci est renforcé par la peur de l'accouchement, dans des conditions qui n'offrent pas toujours de moyen de soulager la douleur ou de soutien du personnel et de la famille. Des études sur les césariennes réalisées à la demande des mères ont montré qu'elles représentaient 0,6 % des naissances au début des années 1990. Toutefois, entre 2000 et 2009, 27,1 % des césariennes auraient été effectuées sous « influence sociale », plutôt que pour raison médicale.

Un système amené à évoluer

Cependant ces pratiques pourraient évoluer car la politique de l'enfant unique s'est assouplie en novembre 2013, ce qui pourrait encourager les couples à avoir un second enfant. Avec des césariennes répétées, le rapport bénéfice/risque pourrait alors changer.

Pour Susan Hellerstein, auteur de l'article, « depuis les années 1990, la Chine a vu une augmentation considérable des taux de césariennes allant de moins de 10 % à plus de la moitié des femmes qui accouchent aujourd'hui par césarienne. Ceci est susceptible de changer à l'avenir et des efforts doivent être faits pour encourager les accouchements par voie basse en réformant certains aspects du système de santé obstétricale en Chine ». Pour cela, il faudra donc modifier le modèle de rémunération des médecins et augmenter le nombre d'infirmières et de sages-femmes.

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