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Alzheimer : un anticancéreux fait reculer la maladie en quelques jours

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C'est peut-être une avancée majeure dans la lutte contre la maladie d'Alzheimer. Un médicament, le bexarotène, a fait reculer en quelques jours seulement les plaques séniles chez des souris, qui ont de plus retrouvé leurs capacités cognitives. Les premiers résultats des tests cliniques chez les humains sont espérés en 2013.

La maladie d'Alzheimer est la première maladie neurodégénérative au monde sur le plan de l'incidence. Les estimations prévoient que le nombre de personnes atteintes va exploser dans les années à venir. Il devient donc indispensable de mettre au point un médicament qui puisse au moins contrer les effets de la pathologie. Le bexarotène pourrait être un bon candidat en agissant sur les taux d'ApoE pour détruire les plaques amyloïdes. Mais son efficacité est à prouver chez l'Homme. © Jean-Marie Huet, Flickr, cc by nc sa 2.0

La maladie d’Alzheimer est aujourd'hui incurable et les traitements actuels tentent seulement de ralentir sa progression. Les capacités cognitives déclinent malgré tout avec le temps et l'on ne parvient pas encore à enrayer ces effets.

Cependant, une découverte tout récemment publiée dans la revue Science par des chercheurs de la faculté de médecine de l'université Case Western (États-Unis) suscite beaucoup d'espoirs. En administrant un médicament, le bexarotène, déjà utilisé contre le cancer, la maladie a très nettement reculé chez des souris, qui ont en plus récupéré une grande partie de leurs facultés intellectuelles.

Pour mieux comprendre les mécanismes, il faut savoir que la maladie d'Alzheimer se caractérise entre autres par l'agrégation anormale d'une protéine, nommée beta-amyloïde, sur la surface externe des neurones du cerveau. Se forment alors des plaques amyloïdes, néfastes pour les cellules cérébrales et à l'origine de la neurodégénérescence.

En 2008, ces mêmes chercheurs avaient montré que le principal transporteur de cholestérol dans le cerveau, ApoE (apolipoprotéine E), parvenait à nettoyer les cellules de ces plaques séniles. Restait donc maintenant à trouver un traitement qui allait stimuler la synthèse de cette molécule.

Le dépôt de beta-amyloïdes sur la surface extracellulaire des neurones conduit à la formation de plaques séniles, visualisées ici. Elles sont caractéristiques de la maladie d'Alzheimer, au même titre que la protéine Tau, une autre molécule anormale. Ensemble, elles contribuent à la mort neuronale débouchant sur une perte des capacités cognitives. © Nephron, Wikipédia, cc by sa 3.0

ApoE en première ligne contre les plaques amyloïdes

Les chercheurs ont donc choisi le bexarotène car ce médicament se lie à ce qu'on appelle les récepteurs X des rétinoïdes (RXR), des récepteurs retrouvés dans les noyaux des cellules et dotés d'une affinité particulière pour la vitamine A (acide rétinoïque). Une fois activés, ils stimulent la production de la lipoprotéine ApoE. Ce principe actif a été administré oralement à des souris génétiquement modifiées pour déclarer l'équivalent de la maladie d'Alzheimer. 

Les résultats sont impressionnants et ces souris ont retrouvé très vite certaines de leurs capacités mentales. Dans les 6 heures qui ont suivi l'administration, les taux d'amyloïde soluble ont chuté de 25 %, les effets ont persisté durant trois jours. Après 72 heures de traitement, les plaques séniles ont reculé de plus de 50 % et les animaux ont commencé à manifester des comportements normaux.

Cette illustration reprend les grands points de l'expérience. À la fin du traitement, près de 75 % des plaques séniles ont disparu. Une avancée qui pourrait être fondamentale lorsqu'on regarde les prédictions du nombre de patients de la maladie d'Alzheimer dans les années à venir. Si 860.000 Français sont touchés, on dépasserait les 2 millions en 2040. Il faut donc trouver un remède au plus vite. © Idé

Pour donner une idée concrète de l'avancée, les souris femelles atteintes par la pathologie ne comprenaient pas que le papier déposé dans leur cage pouvait servir de nid pour leur progéniture s'il était bien agencé. Une thérapie de trois jours à base de bexarotène a suffi pour que les souriceaux disposent d'un lieu confortable pour se coucher.

Le bexarotène contre Alzheimer bientôt à l’essai chez l’Homme

Non seulement le médicament fait reculer les plaques amyloïdes, mais il confère également aux souris le pouvoir de retrouver leurs capacités cognitives, sociales et olfactives en seulement quelques jours. « Auparavant, le meilleur traitement contre Alzheimer chez les souris nécessitait plusieurs mois avant de réduire les plaques amyloïdes dans le cerveau » commente Paige Cramer, premier auteur de l'étude.

Gary Landreth, qui a chapeauté le travail, précise quant à lui que « ce médicament est efficace chez les souris et notre prochain objectif est de s'assurer qu'il agit de la même manière chez les humains ». La transposition d'un modèle à l'autre est cependant loin d'être systématique. Les scientifiques espèrent obtenir les premiers résultats cliniques d'ici 2013. Espérons qu'ils seront similaires...

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