Arrêter de fumer en regardant une vidéo, c'est possible ! © ryanking999, Adobe Stock
Santé

Tabac : papa et maman arrêtent de fumer en regardant une vidéo

ActualitéClassé sous :maladie , tabac , danger du tabac

Une récente étude randomisée démontre les effets bénéfiques d'une intervention de sevrage tabagique par vidéo chez un groupe de futurs papas. 

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[EN VIDÉO] La dépendance au tabac est-elle inscrite dans notre ADN ?  Le tabagisme est la première source de mortalité évitable dans le monde. Au-delà de la dépendance, fumer augmente le risque de cancers ou de maladies cardiovasculaires. Uwe Maskos, chef de l’unité Neurobiologie intégrative des systèmes cholinergiques à l’Institut Pasteur, nous parle des causes et conséquences du tabagisme durant cette interview. 

Fumer lors de la grossesse est néfaste pour la santé du futur nouveau-né. Mais quid des papas ? Leur consommation de tabac est aussi délétère pour leur progéniture si la maman est victime de tabagisme passif. Dès lors, il devient crucial de trouver des solutions pour faciliter l'arrêt du tabac chez les deux futurs parents. Une récente étude randomisée parue dans PLOS Medicine a testé une intervention de sevrage tabagique par vidéo chez des futurs papas. Résultats : pour maximiser l'efficacité, en plus des brochures informatives, il faut exposer les patients à une vidéo ! 

Pour informer, miser sur la vidéo !

Cet essai randomisé contre placebo en simple aveugle, mené dans des centres obstétriques de trois hôpitaux publics de Guangzhou, Shenzhen et Foshan en Chine, a duré trois ans entre la période où les participants ont commencé à être recrutés et la fin de l'étude. Pour y participer, il fallait remplir plusieurs critères : 

  • avoir plus de 18 ans ; 
  • déclarer fumer une cigarette par jour minimum en moyenne, et faire confirmer la déclaration par un test d'exhalation au monoxyde de carbone
  • avoir une partenaire enceinte dont l'embryon ne présentait aucune déformation significative ;
  • avoir un smartphone pour l'intervention et le suivi de l'étude. 

En revanche, il ne fallait pas faire partie d'un autre programme de sevrage tabagique et ne pas souffrir de difficultés physiques ou mentales pour communiquer. La moyenne d'âge des futurs papas était de 32 ans, et pour la moitié d'entre eux, c'était leur premier enfant. Trois groupes ont été formés dans cette expérience : 

  • le groupe expérimental, exposé à une vidéo (envoyé sur le smartphone des participants) présentant les effets du tabagisme sur la santé (insistant en particulier sur l'importance du sevrage pour le fœtus et la grossesse), un conseil contenu en une phrase pour arrêter de fumer et un dépliant informatif classique ;
  • le groupe contrôle actif, exposé au texte de la vidéo uniquement ainsi qu'au conseil en une phrase et au dépliant standard ; 
  • le groupe contrôle passif, exposé uniquement au conseil en une phrase et au dépliant standard. 

Pour comparer les groupes, les scientifiques ont défini des marqueurs à analyser six mois après l'exposition aux différents contenus. En première intention, ils ont décidé de fixer leur attention sur l'abstinence tabagique validée par une technique d'exhalation de monoxyde de carbone. En seconde intention, le taux d'abandon (c'est-à-dire ne pas avoir fumé durant une période déterminée) autodéclaré des sept derniers jours et la disposition à arrêter. 79 % des participants ont répondu présent au moment de l'évaluation. Les investigateurs ont alors constaté une abstinence tabagique validée chez 22,5 % des participants du groupe expérimental contre 14,9 % dans le groupe contrôle actif et 9,2 % dans le groupe contrôle passif.

Pour les paramètres de seconde intention, le groupe expérimental obtient également de meilleurs résultats que les deux autres. L'efficacité de cette intervention ne peut, bien évidemment, pas être extrapolée à long terme. Plusieurs limites viennent d'ailleurs modérer les conclusions de l'étude comme le fait que la perte de vue des patients était plus importante dans les groupes contrôles que dans le groupe expérimental, ce qui peut conduire à des résultats biaisés. 

Pendant la grossesse de votre compagne, misez sur la vidéo pour arrêter de fumer. © Knurt Wiarda, Fotolia

Comment appliquer ces résultats sur le terrain ?

À la fin de leur article, les auteurs détaillent les implications de leurs résultats dans la pratique clinique. Ils citent notamment l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui souligne le rôle majeur et prépondérant des professionnels de santé spécialisés dans la cessation du tabac. Ces derniers peuvent, dès à présent, se dire que les contenus vidéo peuvent être utiles pour leurs patients, car ils peuvent être utilisés de façon répétée. Leur avantage majeur, c'est aussi la variété des contenus proposés. Pour les auteurs, les professionnels de santé peuvent même envisager d'utiliser des interventions vidéo pour encourager des habitudes de vie saine concernant l'alimentation et la consommation d'alcool, par exemple. 

Ketty Deléris, tabacologue et diététicienne au centre d'examens de santé de la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Bobigny, n'a pas attendu cette étude pour produire ce type de contenus. Elle raconte : « À la base je ne faisais pas ça pour mes patients mais pour tout le monde sur les réseaux sociaux. Ce n'est qu'avec le temps que je me suis dit que ces vidéos ludiques pouvaient aussi servir à mes patients. Désormais, ils savent que sur les réseaux ils peuvent s'appuyer sur ces vidéos conseils. » Ketty est présente sur Tik Tok et dans les stories d'Akuna et Tabata et d'Al et Coline sur Facebook, Twitter et Instagram. Ses créations lui prennent généralement 10 à 15 minutes pour les vidéos Tik Tok et jusqu'à deux heures pour une illustration pour Akuna et Tabata ou Al et Coline.

  • Des chercheurs voulaient savoir si le fait de regarder une vidéo de sensibilisation permettait aux futurs jeunes papas d'être plus enclins à arrêter de fumer.
  • L'étude démontre que c'est le cas : le groupe exposé à la vidéo a mieux réussi son sevrage tabagique au bout de six mois que les autres groupes. 
  • Les auteurs conseillent aux praticiens de santé de créer des vidéos pour leurs patients dans d'autres domaines comme l'alimentation ou la consommation d'alcool.
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