L’opposant russe, âgé de 44 ans a vraisemblablement été victime d’un empoisonnement par un inhibiteur de la cholinestérase, une famille de neurotoxiques extrêmement puissants à laquelle appartiennent le sarin ou le Novitchok. Voici ce que l'on sait sur leur mode d’action et les circonstances du drame.

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L'opposant russe Alexei Navalny est toujours en soins intensifs dans un hôpital de Berlin, plongé dans un comacoma artificiel depuis le 23 août dernier. Son état de santé est jugé « grave » mais « sa vie n'est pas en danger », estiment les médecins. La piste de l'empoisonnement semble se confirmer : l'hôpital a annoncé le 24 août que les résultats cliniques indiquent « une intoxication par une substance du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase ».

Cette classe de moléculesmolécules organophosphorées comprend des neurotoxiques puissants, tels que le sarin, l'agent XV, le soman ou le Novitchok. Ce dernier avait servi pour la tentative de meurtre de l'ex-agent russe, Sergueï Skripal, et de sa fille, Ioulia, à Salisbury (Royaume-Uni) en 2017. L'agent XV avait été utilisé lors de l'assassinat d'un demi-frère du dictateur nord-coréen Kim Jong-un, Kim Jong-nam, à l'aéroport de Kuala Lumpur en 2017. Les inhibiteurs de la cholinestérase sont toutefois aussi couramment employés comme pesticides ou pour la désinfection de locaux agricoles.

Le saviez-vous ?

Les inhibiteurs de la cholinestérase agissent en bloquant une enzyme réalisant en temps normal l’hydrolyse de l’acétylcholine, un médiateur chimique de la transmission de l’influx nerveux et du système parasympathique. Les symptômes incluent vomissements, incontinence, difficultés respiratoires, faiblesse musculaire, paralysie, confusion, apnée, convulsions, puis coma jusqu’à la mort par asphyxie. Ces poisons peuvent se présenter sous différentes formes, en version liquide (un fluide incolore qui peut être mélangé dans de la nourriture ou jeté sur la peau) ou en version solide (poudre ultrafine inhalée par le nez).

Une goutte de XV sur la peau suffit à tuer un homme de 100 kg

Le Novitchok, mis au point dans les années 1970 en Union soviétique, est très apprécié pour les empoisonnements, car il est composé d'ingrédients autorisés de façon individuelle et ne révèle sa toxicitétoxicité qu'une fois les composants mélangés. On peut donc facilement le transporter ni vu ni connu.

Ces agents neurotoxiques sont cependant aussi très délicats à utiliser, car ils sont aussi toxiques pour l'empoisonneur que pour sa cible. « Une gouttegoutte de XV sur la peau suffit à tuer un homme de 100 kgkg », atteste Julien Legros, spécialiste des antidotesantidotes au CNRS à Rouen, dans Le Monde.

Le Novitchok est un puissant neurologique très délicat à manipuler. © Woody Alec, Adobe Stock
Le Novitchok est un puissant neurologique très délicat à manipuler. © Woody Alec, Adobe Stock

Un thé empoisonné ?

Alexei Navalny a été photographié en train de boire un thé à l'aéroport de Tomks, en attendant son embarquement pour Moscou. Ce serait la seule substance qu'il aurait absorbée ce matin-là. Peu après le décollage, on peut l'entendre hurler littéralement de douleurdouleur sur une glaçante vidéo diffusée par une chaîne de télévision russe.

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L'opposant russe est actuellement traité par atropine, un anticonvulsant. La pralidoxime, qui réactive les cholinestérases, y est habituellement associée. Ces médicaments doivent être administrés le plus rapidement possible après la contaminationcontamination, sans quoi les dégâts sont irréversibles. Il est d'ailleurs extrêmement probable que Navalny souffre de séquellesséquelles à long terme (troubles neurologiques, gain de poids, perturbations hématologiques, augmentation du poids du foiefoie, des reinsreins, de la thyroïdethyroïde, diminution de la survie et risque de cancercancer).

Les médecins russes ont tout fait pour retarder le diagnostic

Il sera sans doute difficile de remonter la piste exacte de l'agent neurologique qui a empoisonné Navalny : plus le temps passe, plus les métabolitesmétabolites présents dans son organisme sont dégradés. Or, les médecins russes ayant pris en charge le leader russe à Omsk, après son malaise dans l'avion, ont indiqué avoir cherché « un large éventail de stupéfiants, substances synthétiques, psychodésiques et médicinales, y compris les inhibiteurs de la cholinestérase » et n'avoir rien trouvé de tel.

Ils ont pour leur part évoqué un « déséquilibre alimentaire », à savoir une « chute brutale du taux de sucresucre dans le sang » (hypoglycémie). Une affirmation évidemment complètement contradictoire avec le diagnosticdiagnostic des médecins allemands et qui ne peut que refléter une volonté de cacher la substance absorbée par Navalny.