Et si un traitement antibiotique inversait Alzheimer ? © Kateryna_Kon, Fotolia

Santé

Alzheimer : des antibiotiques réduisent les symptômes chez la souris

ActualitéClassé sous :cerveau , Maladie d'Alzheimer , plaques séniles

Un traitement antibiotique à long terme modifie le microbiote, réduit l'inflammation cérébrale et ralentit la formation de plaques séniles chez des souris mâles. Mais cet effet n'a pas été observé chez les femelles.

Les bactéries du microbiote intestinal influencent de nombreux aspects de notre santé, y compris celle du cerveau. D'après Sangram Sisoda, directeur du centre de neurobiologie moléculaire à l'université de Chicago, qui s'exprime dans un communiqué« Des preuves récentes suggèrent que les bactéries intestinales pourraient jouer un rôle majeur dans diverses affections neurologiques, notamment les troubles du spectre autistique, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson et la maladie d'Alzheimer. »

Les bactéries intestinales pourraient jouer un rôle majeur dans diverses affections neurologiques

La maladie d’Alzheimer est la principale pathologie neurodégénérative associée au vieillissement. En France, elle touche 900.000 personnes d'après l'Inserm. Dans cette maladie, des plaques amyloïdes, souvent appelées « plaques séniles »,  se forment dans le cerveau.

La maladie se caractérise également par une activation des cellules immunitaires de la microglie, présentes dans le cerveau. Dans le cas de la maladie d'Alzheimer, les cellules de la microglie servent à éliminer les plaques amyloïdes, mais leur activation participe aussi à l'inflammation. Chez les patients souffrant d'Alzheimer, la flore intestinale est altérée. D'où l'idée d'intervenir sur le microbiote intestinal pour freiner la maladie. L'équipe de Sangram Sisoda avait déjà montré que des bactéries intestinales participent au développement des symptômes d'Alzheimer dans un modèle animal, chez des rongeurs.

Les bactéries intestinales influencent les symptômes d’Alzheimer

Dans cette nouvelle étude, les scientifiques ont travaillé avec un modèle de souris pour la maladie d'Alzheimer, une souche appelée APPPS1-21. Les chercheurs ont utilisé un traitement antibiotique avec plusieurs médicaments mélangés. Chez les souris mâles, ils ont observé que ce traitement antibiotique à long terme ralentissait la formation des plaques amyloïdes et réduisait l'activation de la microglie : les cellules de la microglie, au lieu de favoriser la neurodégénérescence, adoptaient une forme qui favorise une bonne santé du cerveau. Mais tous ces effets des antibiotiques n'existaient pas chez les souris femelles.

Plaques amyloïdes (en vert) chez une souris mâle APPPS1-21 témoin (à gauche) et une souris mâle APPPS1-21 traitée aux antibiotiques (à droite). La microglie apparaît en rouge. © Dodiya et al., 2019

Pour savoir si ces changements étaient dus au microbiote, les chercheurs ont réalisé une transplantation fécale : ils ont donné la flore intestinale de souris non-traitées à des souris traitées aux antibiotiques, pour restaurer le microbiote initial, avant traitement. À ce moment-là, les caractéristiques de la maladie d'Alzheimer sont revenues : les plaques amyloïdes se formaient de plus en plus et la microglie était activée.

Mais pourquoi seules les souris mâles semblent-elles bénéficier de ce traitement antibiotique ? Les chercheurs ont trouvé que les antibiotiques ne modifient pas de la même façon le microbiote des souris mâles et femelles. Chez les souris femelles, les modifications de la flore intestinale conduisaient à la production de molécules pro-inflammatoires, ce qui pourrait activer la microglie. « Notre étude montre que les perturbations du microbiome intestinal induites par des antibiotiques ont une influence sélective et spécifique du sexe sur la formation de plaques amyloïdes et l'activité microgliale dans le cerveau. »

Cette étude paraît dans la revue Journal of Experimental Medicine.

  • Des chercheurs ont donné un traitement antibiotique à des souris modèles pour Alzheimer.
  • Chez les souris mâles, ce traitement a réduit la formation de plaques séniles dans le cerveau.
  • Le traitement n’a pas fonctionné chez les femelles.
  • Les chercheurs pensent que les antibiotiques n’ont pas le même effet sur le microbiote des mâles et des femelles.
Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi

Un implant révolutionnaire pour éviter la maladie d’Alzheimer  La maladie d’Alzheimer attaque progressivement les neurones, provoquant tout d’abord des troubles de la mémoire jusqu’à la perte des fonctions autonomes puis la mort. Des chercheurs de l’EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne), en Suisse, ont développé une capsule qui pourrait protéger les neurones et enrayer la maladie. Voici son fonctionnement présenté en vidéo.