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La mer disparue

Dossier - A la recherche des origines de l'Amazonie
DossierClassé sous :géologie , amazonie , miocène

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L'Amazonie contient le plus grand bassin fluvial de la planète et possède une biodiversité unique. Des études géologiques et paléontologiques, dans des régions encore peu explorées, montrent qu'il y a 15 millions d'années son environnement était tout autre, et peuplé d'animaux géants aujourd'hui disparus.

  
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Il y a 15 millions d'années, le continent sud-américain formait une île entourée par l'Océan Pacifique et l'Océan Atlantique.

L'actuel bassin amazonien était occupé par la Mer Pebas.© 12019, Pixabay, DP

Il était envahi par des mers intérieures qui pénétraient par le nord et le sud parallèlement aux Andes grâce au soulèvement de la chaîne et à l'enfoncement (subsidence) de son bassin d'avant-pays. L'actuel bassin amazonien était alors occupé par la Mer Pebas, qui correspondait à une mer peu profonde pénétrant par le nord du continent au niveau de l'actuelle mer des Caraïbes. L'activité tectonique andine était probablement faible, et les eaux chaudes de cette mer tranquille étaient habitées par une grande quantité de crocodiles, de poissons, de dauphins et de siréniens, comme le démontrent les nombreux fossiles découverts lors de l'expédition Fitzcarrald.

Le continent sud-américain il y a 15 millions d'années

Les évidences géologiques de la Mer Pebas, rencontrées dans les sédiments miocènes, sont de deux types. Les premières se trouvent dans la présence de certaines bioturbations fossiles (Thalassinoides), que l'on rencontre au sommet de bancs calcaires et qui correspondent à des traces (terriers) d'organismes marins. L'âge de ces bioturbations est obtenu à partir de l'identification de pollens préservés dans des niveaux argileux sus ou sous jacents. Les pollens fossiles constituent dans le Miocène de l'Amazonie de bons marqueurs stratigraphiques ; ils montrent que la Mer Pebas s'est développée au Miocène moyen (Hoorn, 1994).

Bioturbations fossiles (Thalassinoides) au sommet d'un banc de calcaire miocène, Rio Napo (Pérou), © IRD/ P. Baby Reproduction et utilisation interdites

Le second type d'évidence correspond à un faciès sédimentaire bien particulier. En effet, les sédiments miocènes observés dans le bassin amazonien correspondent le plus souvent à des tidalites, c'est à dire à des sédiments déposés dans la zone de battement des marées. On les reconnaît grâce à certaines figures de courant enregistrées dans les sédiments et à l'alternance rythmique de fins niveaux gréseux et argileux déposés pendant les marées. L'ampleur de ce type de dépôt semble montrer dans le cas de la Mer Pebas la présence de grands estuaires.

Figures sédimentaires (tidalites) dans les sédiments argilo-gréseux miocènes de la région d'Iquitos (Pérou), © IRD/ P. Baby Reproduction et utilisation interdites

La Mer Pebas était donc une mer peu profonde très sensible aux variations du niveau marin. Elle était alimentée en eau douce par de grands estuaires situés à la sortie de la jeune Cordillère des Andes qui montraient quelques volcans et de petites montagnes en formation. Dans ces estuaires, vivait une grande quantité de crocodiles, de poissons, de dauphins et de siréniens.

Paysage de la Mer Pebas tel que les géologues et paléontologues de l'Expédition Fitzcarrald l'ont imaginé (aquarelle du peintre péruvien Daniel Peña réalisée dans le cadre de l'Exposition PURUSSAU, DR