Planète

La tortue marine perd le Nord à cause de la pollution lumineuse

ActualitéClassé sous :zoologie , tortue , tortue verte

Les tortues pondent le plus souvent de nuit, c'est une façon de mieux protéger les nids des prédateurs. Toutefois, les côtes s'industrialisent de plus en plus et la pollution lumineuse modifie leur processus de nidification. Étude de cas pour les tortues vertes et caouannes en Méditerranée.

La tortue caouanne a disparu des espèces reproductrices en France depuis le début du siècle. En Méditerranée, la survie de l'espèce dépend de la protection des sites de nidification de la zone orientale. Les côtes israéliennes comptent parmi les plus importantes zones. © U.S. National Park Service, DP

Aussitôt éclose, la tortue marine utilise différents moyens pour s'orienter jusqu'à l'océan. Par exemple, le nouveau-né est particulièrement sensible aux signaux lumineux, mais près des côtes, il est probable qu'il utilise également le sens des vagues. Sous l'eau, dans l'obscurité des profondeurs, la tortue se repère à l'aide du champ magnétique terrestre. Grâce à leur surprenant sens de l'orientation, les tortues vertes (Chelonia mydas) et les caouannes (Caretta caretta) reviennent pondre systématiquement à l'endroit où elles sont nées, et ce avec une précision de l'ordre du kilomètre.

En dépit d'une urbanisation dense, les côtes israéliennes sont un site de ponte pour ces deux espèces. Les tortues vertes et caouannes pondent la nuit, en théorie pour protéger leurs œufs des prédateurs qui rôdent (crabes, oiseaux ou certains mammifères). Des études ont déjà rapporté que la pollution lumineuse urbaine avait pour effet de désorienter les nouveau-nés tout juste sortis de l'œuf. Les signaux lumineux artificiels nocturnes entraînent parfois les bébés tortues vers la route plutôt que vers la mer. Une équipe de recherche internationale montre à présent que les tortues adultes sont elles aussi affectées par la lumière artificielle.

La tortue verte peut pondre tous les trois à six ans, sur la plage où elle est née. Une couvée contient en moyenne une centaine d'œufs. © Copleys, Dinosoria, GNU 1.2

L’imagerie satellite au secours des tortues

Dans l'étude, l'équipe, conduite par l'étudiante thésarde australienne Tessa Mazor, met en évidence un changement de comportement dans le processus de nidification chez ces deux espèces. Elles pondent de nuit et se servent de repères visuels pour déterminer l'emplacement de leurs nids, mais aussi et surtout pour retrouver la mer après avoir pondu. En raison d'une lumière nocturne trop invasive, les tortues changent d'emplacement de ponte, elles cherchent des zones plus sombres. L'étude fait l'objet d'une publication dans la revue Biological Conservation.

La pollution lumineuse a été évaluée à partir d'imagerie satellite. L'équipe a utilisé les données du satellite argentin Sac-C, lancé en 2007 et les photographies issues de la sixième mission de la Station spatiale internationale (ISS). Ces images ont été confrontées aux données de terrain du Nature and Parks Authority d'Israël. Ces informations concernent le suivi des populations, le recensement des lieux de nidification, et l'évaluation du taux de ponte en fonction de l'espèce. Une relation de cause à effet se dégage visiblement, les tortues cherchent des endroits moins lumineux pour y pondre leurs œufs, quitte à changer de site au cours du temps.

Une méthode à grande échelle pour observer la nidification

« Nos résultats sont parmi les premiers à montrer que l'évaluation de la pollution lumineuse par imagerie satellite peut être utilisée pour expliquer l'activité de nidification d’une tortue marine sur une grande échelle géographique », commentait la doctorante Tessa Mazor. C'est en effet une méthode qui pourrait s'appliquer à toutes les régions du monde concernées. La majorité des espèces de tortues marines nichent de nuit et sont par conséquent affectées par la lumière artificielle nocturne. Ces résultats peuvent s'élargir à toutes les aires comprenant des plages de nidification situées à proximité des villes et des activités humaines.

Il ressort que l'influence de la lumière artificielle sur la reproduction est un paramètre essentiel à prendre en compte pour les créations de zones protégées, ou d'aires marines protégées. Les plages doivent être les plus éloignées possible des zones urbaines. Les nouveau-nés ont déjà bien des obstacles à franchir pour arriver jusqu'à la mer, alors s'ils sont de surcroît désorientés et beaucoup plus visibles par leurs prédateurs, cela ne présage rien de bon pour les deux espèces classées en voie de disparition

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi