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Pister une tortue devient possible par… prise de sang !

ActualitéClassé sous :zoologie , tortue , tortue Caouanne

Le suivi des tortues caouannes par satellites, jugé trop onéreux, pourrait devenir obsolète. Place désormais à la prise de sang ! Un lien existe en effet entre la signature chimique d'un organisme et les environnements aquatiques rencontrés durant ses migrations. Petite surprise, les caouannes pondant en Floride aiment visiter le nord de l'Atlantique.

Cette tortue va reprendre la mer après avoir pondu. Elle a été équipée d'une balise satellite. Aux États-Unis, près d'un nid de caouanne sur quatre est creusé sur la plage de l’Archie Carr National Wildlife Refuge en Floride. © University of Central Florida

La technologie satellite rend de plus en plus de services aux spécialistes du monde animal. Grâce à la pose de balises adaptées, les déplacements d'un organisme peuvent être aisément suivis en l'air, sur terre ou sous la mer. Mais ces outils ont un prix élevé que les chercheurs de l'University of Central Florida connaissent bien. Certains émetteurs satellite utilisés pour suivre des tortues caouannes, des célébrités en Floride, coûtent plus de 3.500 euros par unité.

Une nouvelle méthode permet désormais de s'affranchir de cette contrainte. Une simple prise de sang suffirait en effet pour déterminer les habitudes et les lieux de villégiature de ces tortues en dehors de la saison des pontes. Elle a été présentée dans Plos One par Simona Ceriani. Cette approche basée sur l'identification d'une signature chimique est, d'après les premiers tests, fiable. Elle a apporté une information méconnue jusqu'à présent : les tortues caouannes ne filent pas toutes aux Bahamas ou dans le golfe du Mexique après avoir pondu sur les plages de Floride.

La tortue caouanne Caretta caretta se nourrit de crustacés et de mollusques. Elle pèse en moyenne 105 kg pour une longueur totale de 1,10 m. © Strobilomyces, Wikimedia common, CC by-sa 3.0

Tortues caouannes : une route de migration au nord inconnue

Les Caretta caretta passent habituellement près de 99 % de leur temps au large. Tous les 2 à 3 ans, elles reviennent en grand nombre pondre sur la plage de l'Archie Carr National Wildlife Refuge en Floride. Cette étendue de sable, longue de 21 km, abrite la deuxième plus grande population de caouannes au monde. À l'inverse d'autres espèces, le nombre de Caretta caretta revenant chaque année en ce lieu, et donc la quantité de nids, tendrait à diminuer depuis 2000.

Pour en comprendre la raison, 14 femelles ont été équipées de balises satellite puis libérées, non sans avoir d'abord donné un peu de leur sang. Des prélèvements biologiques ont également été réalisés sur 57 autres individus.

Trois trajectoires de migration ont été observées grâce aux données télémétriques. Après avoir déposé leurs œufs, certaines tortues sont restées à proximité du site de ponte durant de longs mois tandis que d'autres sont descendues dans les Bahamas (61 % au total). La troisième route pointait quant à elle vers le nord, du jamais vu auparavant.

Leur zone d'exploration est donc plus grande que ce que l'on pensait. Certaines caouannes aiment ainsi passer l'été et le début de l'automne au large des États de la Virginie et du Delaware, plus au nord dans l'Atlantique. Tous les individus présentent néanmoins un point commun, ils n'ont jamais quitté le plateau continental (profondeur maximale de 200 m). 

Une signature chimique propre à chaque milieu

Les analyses de sang ont fourni les mêmes informations, mais comment ? En mesurant les proportions isotopes du carbone (C) et de l'azote (N). Les organismes présentent ainsi une signature isotopique dépendant de leur position trophique (qui influe sur le δ15N, c'est-à-dire le rapport 15N/14N) et de leur lieu de vie (indiqué par le δ13C, 13C/12C). Le phytoplancton vivant dans les eaux tempérées présente par exemple un δ13C plus élevé et un δ15N plus faible que celui peuplant des mers plus froides. Or, cette différence se retrouve aussi chez des organismes présentant un niveau trophique plus élevé et donc chez Caretta caretta.

Grâce à cette méthode simple, efficace et bon marché, les chercheurs espèrent en apprendre davantage, en multipliant rapidement les données, sur le comportement migratoire de ces tortues, l'objectif étant de mettre en place des programmes de conservation adaptés. Caretta caretta est en effet une espèce considérée « en danger » par l'UICN. De nombreux spécimens perdraient chaque année la vie dans des filets de pêche.

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