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Le long périple des tortues Luth dans l'Atlantique Sud

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On connaît désormais les destinations des tortues Luth, lors de leurs grandes migrations par les océans. Menacées d'extinction, ces tortues pourraient alors être mieux protégées, notamment des filets des pêcheurs.

Les tortues Luth effectuent de très longues migrations, mais reviennent sur les plages de leur naissance pour se reproduire. © Matthew Witt

Pour mettre en place des stratégies dans le but de sauver les animaux menacés, il faut avant tout mieux connaître leur mode de vie et leurs habitudes. Il est donc naturel de chercher à comprendre la vie des tortues Luth (Dermochelys coriacea) classées par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dans la triste catégorie des animaux en danger critique d'extinction

Les tortues Luth sont les plus grandes tortues actuelles, les seules représentantes encore vivantes de celles recouvertes d'une carapace cuirassée. Animaux marins, les tortues Luth sont les tortues dont la répartition est la plus vaste dans le monde entier. Elles préfèrent les eaux tempérées, mais peuvent supporter les eaux bien plus froides, presque gelées.

Des migrations dans tous les océans

Elles effectuent de grandes migrations dans toutes les mers du globe et reviennent toujours sur les plages tropicales de leur naissance pour pondre à leur tour. Leur excursion durerait quelques années (deux à cinq ans), au cours desquelles les tortues accumuleraient suffisamment de réserves pour revenir et se reproduire.

Si leurs trajectoires sont bien connues dans les eaux de l'Atlantique Nord et du Pacifique, leur voyage dans l'Atlantique Sud n'a jamais été étudié. Pourtant, il est nécessaire de s'y intéresser pour éviter un désastre comme celui qui s'est déroulé dans le Pacifique, où les populations de tortues Luth sont en grand déclin : de 70.000 individus estimés en 1982 grâce aux nids dénombrés sur les plages du Mexique, elles seraient désormais bien moins nombreuses (250 selon les chiffres de 1998-1999). Du côté de l'Atlantique, leur sort ne serait heureusement pas le même, mais il est nécessaire de s'intéresser à leur déplacement pour estimer les éventuels risques et trouver des solutions pour y faire face.

Trois grands groupes de migrations différentes des tortues Luth ont été observées (de haut en bas) : vers l'Atlantique équatorial, l'Amérique du Sud ou l'Afrique du Sud. © Proceedings of the Royal Society B.

Pour y voir plus clair, les scientifiques de l'Université d'Exeter au Royaume-Uni ont décidé de suivre à la trace les tortues dans leur milieu naturel. Au cours des quatre dernières années, 25 tortues Luth femelles venues pondre sur les plages du Gabon ont été dotées d'un émetteur satellite, à priori sans conséquence pour ces gros reptiles d'environ 1,5 mètre de long et d'un poids moyen estimé à 320 kilogrammes.

Suivies pendant une durée moyenne de 154 jours (de 39 à 504 jours), les observations satellite ont permis de visualiser trois grands groupes de tortues en fonction de leur destination, toutes influencées par la recherche de régions riches en nourriture. Quinze d'entre elles se sont plutôt dirigées dans les eaux équatoriales de l'océan Atlantique, alors que deux individus ont préféré longer les côtes africaines. Les plus courageuses ont traversé l'Atlantique pour atteindre les côtes d'Amérique du Sud, au prix d'un périple moyen de 5.378 kilomètres.

Un périple semé d'embûches

Les raisons d'une telle différence de destination ne sont pas clairement établies, mais les eaux de surface à destination, fortement concentrées en chlorophylle, semblent être pour ces animaux au moins un des objectifs à atteindre. D'autres éléments inconnus doivent également entrer en compte, puisqu'un même chemin est préférentiellement pris par les tortues au cours de la même année.

Toutefois, les dangers pour les tortues au cours de ces voyages sont nombreux, notamment les pêcheurs qui sont en masse sur tout le trajet. Ces travaux publiés dans la revue Proceedings of the Royal Society B. ont été menés par un ensemble de fondations coordonnées par le WWF et Seaturtle.org. Ils espèrent ainsi pouvoir changer le destin de ces animaux que l'Homme, leur plus grande menace, se doit de préserver.

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