Un singe capucin, au Brésil, en train de casser des noix de cajou. Cette pratique est multiséculaire, affirment des chercheurs, et existait déjà il y a une centaine de générations. © University of Oxford, YouTube

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Les capucins du Brésil en sont à l'âge de pierre depuis au moins 700 ans

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Les singes capucins, en Amérique du Sud, utilisent depuis au moins 700 ans des pierres judicieusement choisies pour ouvrir des noix à la coque trop dure pour leurs dents. Quand et où cette technique est-elle apparue ? Comment s'est-elle répandue ? Il est difficile de répondre aujourd'hui à ces questions tant les travaux archéologiques chez les primates non humains sont rares.

Les capucins, souvent appelés sapajous, des petits singes agiles d'Amérique du Sud, sont connus pour leur habilité et leur sociabilité, et aussi pour leur savoir-faire en matière de fabrication de casse-noix. Ils sont capables d'apporter là où ils en ont besoin des cailloux bien choisis pour s'en servir de marteaux, utilisés sur de grosses pierres bien plates.

Ces observations ne sont pas rares mais, en revanche, l'étude archéologique de telles technologies animales n'est guère pratiquée. En 2007, le Canadien Julio Mercader et l'Allemand Christophe Boesch avaient cherché - et trouvé - des pierres utilisées comme casse-noix par des chimpanzés dans la forêt de Taï, en Côte d'ivoire, à une époque ancienne, en l'occurrence 4.000 ans.

Cette vidéo montre des singes capucins en plein travail, avec les explications de Michael Haslam, archéologue à l'université d'Oxford, sur la découverte d'une preuve de l'ancienneté de cette pratique. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». ©University of Oxford, YouTube

Des techniques archéologiques appliquées à un animal non humain

Cette étude restait la seule du genre, affirment Michael Haslam et son équipe, jusqu'à leur découverte au Brésil concernant le capucin (Sapajus libidinosus, anciennement Cebus libidinosus ou Cebus apella libidinosus), qu'ils décrivent dans la revue Current Biology.

Ces chercheurs ont découvert des pierres assimilables aux « marteaux » et aux « enclumes » des capucins actuels mais dans des sédiments qui les datent de 700 ans au moins. « Nous avons appliqué des techniques archéologiques à un ensemble d'outils de pierre créé par un animal non humain », expliquent-ils dans le résumé de l'article scientifique. C'est donc la première fois qu'une telle industrie est décrite en dehors de l'Afrique.

Pour les auteurs, la rareté de ces observations viendrait de notre anthropomorphisme, qui gênerait les études sur l'évolution et le déploiement de ces techniques chez les primates au fil du temps. Ils ajoutent qu'il faudrait s'intéresser aux échanges possibles de ce genre de savoir-faire entre des groupes anciens de primates non humains et humains.

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