Cosmo est un veau doté d’un gène qui favorise le développement masculin chez la descendance. © Alison Van Eenennaam

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Ce veau génétiquement modifié transforme les femelles en mâles

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Des chercheurs ont inséré un gène codant pour le développement mâle dans le génome d'un veau. Un projet destiné à produire plus de viande avec moins d'animaux : un bénéfice économique et environnemental. Ces manipulations génétiques s'avèrent cependant très délicates.

Cosmo est un mignon petit veau de 50 kilos au pelage noir. Il est né en Californie en avril dernier et se porte comme un charme. Cosmo n'est pourtant pas tout à fait un veau comme les autres. Il est issu d'une manipulation génétique qui fait que ses futurs descendants seront majoritairement mâles.

Pour parvenir à ce résultat, des chercheurs de l'Université de Californie ont utilisé la technique CRISPR/Cas9 pour insérer dans son génome un gène nommé SRY et responsable de l'initiation du développement masculin chez l'embryon. « La progéniture de Cosmo qui héritera de ce gène grandira et ressemblera à des mâles qu'elle possède ou non un chromosome Y », atteste Alison Van Eenennaam, généticienne au département des sciences animales de l'université de Californie à Davis. Autrement dit, même un veau femelle, avec deux chromosomes X, développera des attributs mâles.

Le gène a été inséré sur le chromosome 17, de telle sorte que 75 % des descendants se transformeront en mâle. © Alison Van Eenennaam

Plus de mâles = plus de viande

L'intérêt est bien évidemment économique. « Les bovins mâles produisent 15 % plus de viande pour la même quantité de nourriture ingérée », développe Alison Van Eenennaam. De plus, ils ont tendance à être plus gros et plus lourds, ce qui donne davantage de viande. « Élever plus de mâles est aussi un avantage pour l'environnement, car il faut moins de bétail pour produire la même quantité de viande », ajoute Joey Owen, un chercheur postdoctoral en sciences animales qui dirige le projet avec Alison Van Eenennaam. Donc moins d’émissions de méthane à la clé. « Il suffira de conserver quelques femelles pour la reproduction et de conduire les autres bovins mâles vers le marché ». Bref, une aubaine pour le monde de l'élevage.

75 % de descendance mâle

Idéalement, les chercheurs espéraient pouvoir insérer le gène SRY sur le chromosome X. De cette façon, 100 % de la descendance aurait développé des attributs mâles. Malheureusement, il s'est avéré que le site d'insertion était très instable, et que la modification génétique entraînait la disparition ou la mutation de nombreux gènes adjacents du chromosome X (un effet secondaire bien connu de CRISPR/Cas9).

Les chercheurs ont donc dû se rabattre sur le chromosome 17, produisant moins de mutations aléatoires. De ce fait, la descendance de Cosmo ne sera mâle qu'à 75 % : les 50 % héritant des chromosomes XY et 25 % de ceux dotés de chromosomes XX et possédant le gène SRY. C'est du moins la théorie. Cosmo n'atteindra la maturité sexuelle que dans un an, et c'est seulement à ce moment-là que l'on pourra savoir si la manipulation est un succès.

Des labos à l’assiette

Le chemin risque d'être encore long avant de voir des troupeaux de ces mâles génétiquement modifiés brouter dans les champs. Cosmo n'a vu le jour qu'après deux ans de recherches et de tentatives de grossesse. Sur les 200 embryons, à peine 22 ont atteint le stade de blastocyste et neuf ont montré une implantation réussie du gène. Au final, une seule grossesse a pu être menée à terme, soit un taux d'échec monumental. Reste aussi à savoir si ce veau génétiquement modifié obtiendra l'approbation des autorités sanitaires et des consommateurs, plus que méfiants envers ce type de manipulation.

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