Grâce à des croisements, une équipe de chercheurs néozélandais a créé une race de mouton émettant 10 % de méthane en moins. Une avancée loin d’être anecdotique, tant ce gaz à effet de serre menace le climat.

Plus discret que le dioxyde de carbonedioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) contribue significativement à l'effet de serre. Sa duréedurée de vie dans l'atmosphèreatmosphère est courte, mais son potentiel de réchauffement est considéré comme 28 fois supérieur. Or, l'agricultureagriculture est responsable de 36 % des émissionsémissions de ce gaz, d'après une étude du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE, CEA‐CNRS‐UVSQ). Et plus particulièrement le bétail. En effet, les animaux ruminants (vachesvaches, moutons, chèvres, chameaux, girafesgirafes...) ont la particularité de posséder trois compartiments digestifs avant l'estomacestomac. L'un d'eux, le rumenrumen, accueille un écosystèmeécosystème microbien qui dégrade les aliments en acides grasacides gras volatils (qui fournissent l'énergieénergie à l'animal) et en méthane, éliminé par les éructations (pets et les rots). Un mouton émet ainsi 8 kgkg de méthane par an et une vache laitière 90 kg.

En Nouvelle Zélande, l'entreprise AGResearch vient de mettre au point des moutons émettant 10 % de méthane en moins (en massemasse). Ils ont d'abord mesuré les émissions de méthane de 100 moutons en les plaçant dans des cubes en aluminiumaluminium durant 40 minutes. Ils ont ensuite sélectionné les individus qui en produisaient le moins. Chez une même espèceespèce, les variations peuvent aller de 30 % à 60 % pour la même quantité d'aliments ingérés, d'après Jean-Pierre Jouany, chercheur à l'Inra. « Nous avons remarqué que les moutons les moins émetteurs sont souvent ceux avec plus de laine et un corps plus maigre, témoigne sur ABC News Suzanne Rowe, la généticienne en charge du projet chez AGResearch. Ils mangent en moindre quantité mais plus fréquemment, ce qui semble contribuer à une moindre fermentationfermentation. » À la troisième génération, les chercheurs sont ainsi parvenus à stabiliser une lignée émettant 10 % de méthane en moins.

La Nouvelle-Zélande compte six fois plus de moutons que d’habitants. © Marco Bianchetti, Unsplash
La Nouvelle-Zélande compte six fois plus de moutons que d’habitants. © Marco Bianchetti, Unsplash

La rumination : un gaspillage d’énergie

Si la Nouvelle-Zélande est particulièrement concernée, ce n'est pas un hasard. D'abord, le pays est l'un des premiers producteurs mondiaux de moutons : on en compte 28 millions, soit six fois plus que d'habitants... Deuxièmement, l'agriculture y est soumise à une taxe carbonetaxe carbone. Moins d'émissions de méthane, c'est aussi moins d'argentargent à payer pour les éleveurs. Enfin, ces moutons « écolos » seraient aussi beaucoup plus productifs. « La production de méthane est tout simplement un gaspillage d'énergie », affirme Philip Vercoe, une chercheur de l'UWA (University of Western Australia). « Environ 10 % de l'énergie nécessaire à nourrir et à élever un animal repart ainsi dans l'atmosphère sous forme de méthane », détaille-t-il.

La sélection génétiquegénétique n'est pas la seule piste pour réduire les émissions de méthane chez le bétail. On peut aussi modifier leur alimentation, avec un régime moins riche en fourrage mais plus riche en amidonamidon (voir ce communiqué). Ajouter des graines ou de l'huile de lin permettrait également de diminuer la production de méthane de 10 à 15 %. D'autres chercheurs travaillent également sur la modification du microbiotemicrobiote du rumen. En additionnant toutes ces méthodes, on pourrait réduire les émissions de méthane issu de l'élevage de 40 %, d'après un rapport des producteurs de viande d'Australie.

S'occuper des rots de moutons n'est peut-être pas aussi glamour que de couvrir les champs d'éolienneséoliennes ou des panneaux solaires, mais c'est au moins aussi important contre le réchauffement. D'autant plus que notre alimentation inclut de plus en plus de viande et de produits laitiers et que l'élevage produit des bêtes plus grosses, qui émettent donc davantage de gaz à effet de serregaz à effet de serre. Même avec des moutons plus écolos, le bilan climatique de l'agriculture risque donc malgré tout de s'aggraver.