Le célèbre lac de lave permanent de l'Erta Ale, en Éthiopie. Sur sa surface, on peut voir l'équivalent de la tectonique des plaques en accéléré. © Richard Roscoe-photovolcanica.com

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En Australie, la tectonique des plaques affole les GPS

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À l'heure de la géolocalisation, des engins agricoles autonomes et des automatisations de l'atterrissage des avions, le déplacement de l'Australie, qui atteint 7 cm par an, pose problème depuis plusieurs années. Régulièrement, il faut modifier les cartes. C'est de nouveau le cas.

Le premier janvier prochain, officiellement, l'Australie sera déplacée sur les cartes établies par les humains de 1,80 m, un peu plus au nord et un tout petit peu plus à l'est. Sa position sera toujours fausse car l'île-continent ne l'atteindra qu'en 2020. Mais les Australiens ne peuvent pas faire modifier les cartes tous les ans et ont décidé d'anticiper.

Car la tectonique des plaques leur joue des tours depuis que le positionnement par satellite atteint une précision qui se compte en mètres. Ce n'est pas seulement le pays qui se déplace mais l'immense plaque australienne, qui comprend aussi une croûte océanique. Ses frontières du nord se situent au niveau de l'Indonésie, celles de l'est rencontrent la Nouvelle-Zélande et, au sud et à l'ouest, elle touche les plaques antarctique et somalienne.

La même position, déterminée par GPS et posée sur une carte en 2015 et en 2020. Ce n'est pas le point qui a bougé, c'est le sol qui s'est déplacé. © ICSM, AEROmetrex Pty. Ltd

À l'avenir, il faudra mieux tenir compte des mouvements tectoniques

En cinquante ans, il a fallu effectuer quatre modifications. Depuis le premier janvier 2000, officiellement, les coordonnées de l'Australie sont données par le référentiel GDA94 (GDA pour  Geocentric Datum of Australia) établi d'après les cartographies de 1994, comme l'explique le communiqué de l’ICSM (Intergovernmental Committee on Surveying and Mapping). C'était il y a 22 ans et, à raison de 7 cm par an, l'Australie s'est depuis déplacée de 1,5 m environ. Le mouvement n'est d'ailleurs pas continu. En 2004, le séisme de magnitude 8,1, qui a provoqué le tsunami en Indonésie, a déplacé des îles, dont l'Australie, les unes par rapport aux autres. En 2009, la Nouvelle-Zélande, le temps d'un tremblement de terre, s'est rapprochée de l'Australie de 30 cm.

Les récepteurs GPS, eux, calculent la position réelle mais les logiciels de cartographie, par exemple ceux des smartphones, la reportent sur la carte en vigueur. Résultat : si elle est fausse, la position indiquée le sera aussi. Avec l'amélioration des systèmes de positionnement, qui atteindront une précision décimétrique, par exemple avec Galileo, l'erreur devient dangereuse pour de nombreuses activités. Verra-t-on des avions se poser à côté de la piste ou des moissonneuses autonomes aller gambader sur la route adjacente ?

Alors les Australiens anticipent et déplacent leur pays de 1,80 m, position prévue pour 2020. Le nouveau référentiel, qui entrera en vigueur le premier janvier 2017, s'appellera GDA2020 et sera officiellement valable jusqu'en décembre 2022. Pour la suite, il est envisagé de créer une cartographie où seront indiqués non seulement les coordonnées des points mais aussi leur mouvement, de sorte de pouvoir corriger la position. Les anglophones pourront en savoir davantage car devant l'afflux de demandes de précisions, les autorités australiennes ont rédigé un rapport intitulé Modernising Australia’s Datum. Les concepteurs du GPS, dans les années 1960, la décennie où les géologues découvrirent la tectonique des plaques, auraient-ils pu imaginer ces complications ?

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