Au Québec, entre Nantes et Lac-Mégantic, le train n'avait plus de freins et a déraillé après avoir pris trop de vitesse. Il charriait 72 wagons de pétrole, et a explosé à un passage à niveau. © Capture d'écran, Anne-Julie Hallée, YouTube

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Le pétrole du train fou canadien atteindra-t-il le Saint-Laurent ?

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Le train fou a déraillé au bord du lac Mégantic, au Québec. Quelque 100.000 litres de pétrole brut se sont déversés dans le lac et la rivière voisine. Bien que le ministère de l'Environnement québécois ait été franchement réactif, on craint tout de même une pollution jusqu'au Saint-Laurent. Le point sur la situation.

Lorsqu'un train de 72 wagons a déraillé le 6 juillet 2013 au Québec, 100.000 litres de pétrole brut se sont déversés dans la rivière Chaudière et dans le lac Mégantic, où elle prend sa source. Le train-bloc de la compagnie Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMA) transportait du pétrole brut depuis le Dakota du Nord. Il a déraillé à 1 h 14 du matin, dans le centre-ville de Lac-Mégantic, juste à l'embouchure du lac. La rivière alimente en eau potable nombre de bourgades sur son chemin, avant de se déverser dans le Saint-Laurent.

Le 8 juillet 2013, le ministre de l'Environnement Yves-François Blanchet déclarait percevoir par hélicoptère une fine pellicule du produit sur 80 km. Des activités de pompage et de surveillance ont été déployées en huit points de la rivière et en trois positions du lac. La priorité était d'extraire le maximum d'huile déversée dans le lac et à l'embouchure, pour éviter que le pétrole se propage jusqu'au Saint-Laurent. Le réseau d'égouts de Lac-Mégantic a été fermé de manière à confiner le pétrole, et le débit du barrage Mégantic a été réduit au minimum, à 3,5 m3/s.

Comparaison des images du satellite Suomi NPP de la Nasa prises le 4 juillet 2013 (à gauche) et le 6 juillet (à droite). Le satellite capture la lumière dans la gamme du vert jusqu'au proche infrarouge. Sur l'image de gauche, on situe la luminosité de Lac-Mégantic et de Québec. Sur l'image de droite, on observe l'éclat du feu (fire) du train. © Nasa

D'après les autorités, un grand volume d'eau huileuse a été pompé, le risque de propagation des hydrocarbures dans la rivière Chaudière est faible. Toutefois, des traces d'huile ont été décelées à Saint-Georges, bourgade à une centaine de kilomètres en aval de Lac-Mégantic. Des prises d'eau d'urgence ont été installées dans le lac Poulin voisin pour approvisionner la ville en eau potable. Les mêmes mesures ont été prises pour le village de Sainte-Marie et la ville de Lévis, qui fait face à la ville de Québec, où la Chaudière se jette dans le Saint-Laurent.

Le pétrole encore en amont du Saint-Laurent

Malgré les puissantes explosions qui ont suivi le déraillement du train, la qualité de l'air est rapidement revenue dans la gamme de tolérance. Pour limiter les répercussions sur la faune et la flore, les actions de suivi se maintiendront pour les prochains jours, avec comme objectifs principaux le soutien des sources d'approvisionnement en eau potable, la continuation des travaux de pompage et l'échantillonnage des cours d’eau« On pense qu'il n'y a, somme toute, à peu près rien ou rien qui va se rendre au fleuve Saint-Laurent », rassure Yves-François Blanchet.

Si le désastre écologique ne sera peut-être pas aussi important que ce que l'on craignait, la catastrophe du train fou laissera une empreinte lourde. Le bilan provisoire fait état de 13 morts, ainsi qu'une cinquantaine de disparus. Les circonstances de l'accident ne sont toujours pas claires. Le train a d'abord pris feu vers 23 h 50 à la ville de Nantes. Vers minuit, le moteur a été coupé et le feu a fini par être maîtrisé. Entre Nantes et Lac-Mégantic, le train descend avec un dénivelé d'environ 1,2 %. En coupant l'alimentation du train, il est possible que les freins à air comprimé aient été désactivés. Cela pourrait expliquer que le train soit descendu sans conducteur à bord, ait pris de la vitesse et déraillé dans une courbe.

Le débat sur le transport de pétrole par voie ferrée s'est ranimé. L'Association des chemins de fer du Canada estime qu'en 2009, 500 wagons ont transporté du pétrole dans le pays. Environ 140.000 sont prévus pour l'année 2013. Mais quel est le moyen de transport le plus sûr ? Rappelons le transport par bateau est responsable des pires catastrophes, comme pour le cas de l'Erika. Quant aux pipelines, ils fuient régulièrement, comme il n'y a pas si longtemps dans l'Arkansas, où plus de 800.000 litres se sont déversés.

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