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La nourriture des ammonites révélée par les rayons X

ActualitéClassé sous :paléontologie , Baculites , European Synchrotron Radiation Facility

On pense enfin savoir de quoi se nourrissaient certaines formes d'ammonites du Crétacé. Les rayons X du synchroton de Grenoble ont en effet révélé la présence de restes fossilisés de plancton dans la bouche de fossiles de Baculites. Cette découverte change notre vision de ces animaux, disparus en même temps que les dinosaures il y a 65 millions d'années.

Une vue d'artiste de trois Baculites sp. Bien que les ammonites en forme de spirale soient les plus connues, de nombreuses autres formes existaient, notamment au Crétacé. Les Baculites sp. ont une forme allongée avec une coquille conique dans laquelle le corps mou de l'animal occupe la partie la plus large. Les segments plus petits étaient vides, ce qui permettait aux mollusques de contrôler leur flottabilité avec du gaz. Cela explique pourquoi ils flottent ici à l'envers. © A. Lethiers, UPMC

Les ammonites sont presque les emblèmes de la géologie. Elles comptent aussi parmi les stars de la paléontologie, avec les dinosaures. Il faut dire que ces invertébrés marins, proches parents disparus des calmars et des poulpes, mais seulement cousins des nautiles, sont particulièrement présents sous forme de fossiles dans bien des couches géologiques. Apparus il y a environ 400 millions d'années au Dévonien, ces animaux étaient très abondant dans les mers du Jurassique inférieur.

Comme ces Céphalopodes étaient aussi plutôt bien diversifiés au sein de la faune marine, les paléontologues s'en servent depuis longtemps pour déterminer l'âge relatif des roches marines du Mésozoïque (-251 à -65 millions d'années) dans lesquelles on les récolte. Contrairement à certaines idées reçues, les ammonites ne sont pas toutes enroulées, c'est le cas de l'un des plus grands groupes d'ammonites, les Baculites. 

Le faisceau laser en vert montre la trajectoire des rayons X utilisés pour scanner un fossile de Baculite à l'ESRF. © I. Montero, ESRF

Aujourd'hui, des chercheurs français et américains, menés par Isabelle Kruta du Centre de recherche sur la paléobiodiversité et paléoenvironnements (MNHN/CNRS/UPMC), viennent de mettre à profit les ressources formidables de l'ESRF à Grenoble pour faire la lumière sur les caractéristiques et le mode de vie de ces ammonites.

Des fossiles américains microtomographiés

En utilisant la technique de la microtomographie X pour analyser des restes fossilisés de trois fossiles de Baculites sp. trouvés dans les Grandes Plaines du Dakota du Sud, les paléontologues ont eu droit à plusieurs surprises.

Reconstitution 3D des dents de la radula de Baculites sp. (AMNH 6653). © I. Kruta, MNHN

La première a été l'excellente qualité des images de la reconstitution en 3D de l'intérieur des fossiles. Les chercheurs ont ainsi pu constater que ces animaux possédaient des mâchoires et une radula (sorte de langue couverte de dents) adaptées pour manger de petites proies. Mais surtout, dans le cas d'un spécimen, c'est la présence de fossiles de plancton qui a enthousiasmé les chercheurs. Les organismes planctoniques fossiles se trouvant uniquement au niveau des mâchoires, il est peu probable qu'il s'agisse de charognards. Il devait s'agir du dernier repas de l'ammonite.

Une clé pour comprendre la crise biologique du Crétacé-Tertiaire

On est donc en présence de la première preuve directe concernant la nature du régime alimentaire de ces animaux. Or, le fait que les Baculites mangeaient du plancton modifie notre vision de la place de ces céphalopodes dans la chaîne alimentaire.

Reconstitution 3D de la radula de Baculites sp. (dents en blanc) ainsi qu'un des fragments de crustacés (bleu) et du gastéropode (rose) retrouvés associés entre les mâchoires. © I. Kruta, MNHN.

Si la majorité des ammonites se nourrissaient de cette manière et qu'il s'agissait de leur source principale de nourriture, on imagine bien qu'une brusque diminution de la quantité de plancton disponible pouvait frapper très directement ces animaux. Étant donné leur abondance dans les mers et le fait qu'elles servaient très probablement de nourriture à plusieurs reptiles marins, comme les mosasaures de la fin du Crétacé, on peut désormais mieux comprendre l'impact d'une raréfaction du plancton dans les océans de l'époque, au moment de la crise KT, sur la disparition de bien des espèces animales.

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