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Lucy était probablement une bonne marcheuse

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Les Australopithecus afarensis, bien connus de tous de nos jours grâce au squelette de Lucy, marchaient-ils presque comme des Hommes ? La question est toujours débattue mais un os de pied récemment découvert fait pencher la balance en faveur d'une bipédie déjà bien présente il y a 3,2 millions d'années chez Lucy et ses congénères.

Cette image montre la position du quatrième métatarsien d'un Australopithecus afarensis (AL 333-160) trouvé dans la région de l'Hadar, en Éthiopie. © Carol Ward et Kimberly Congdon

De 1976 à 1977, la paléontologue Mary Leakey a fait une découverte qui l'a rendue très célèbre. Il s'agissait de traces de pas laissées par des Hominidés dans de la cendre volcanique, qui devait être humide, il y a 3,5 millions d'années. Trouvées sur le site de Laetoli en Tanzanie, à 45 kilomètres au sud des gorges d'Olduvai, elles montrent des individus se déplaçant comme des bipèdes. On les attribue généralement à un Hominine bien connu, Australopithecus afarensis.

En effet, on sait que cette espèce d'australopithèque vivait dans la région à cette époque. L'un des plus célèbres fossiles d'Australopithecus afarensis est celui de Lucy, qui utilisait peut-être des outils. Un peu plus jeune que la piste de Laetoli, le squelette de Lucy a été trouvé à Hadar, une localité située dans la vallée de l'Aouach, dans le triangle de l'Afar exploré par Haroun Tazieff.

La paléontologue Mary Leakey (1913-1996) en train de dégager une partie de la fameuse piste de Laetoli en Tanzanie. © leakeyfoundation

Une preuve de la bipédie ?

La piste de Laetoli a souvent été présentée comme une preuve de la bipédie des australopithèques. Mais en fait, des doutes subsistent. On sait en effet que certains primates peuvent se déplacer temporairement en adoptant la station debout. Certains paléontologues, comme la Française Yvette Deloison, ont ainsi émis des doutes depuis de nombreuses années sur cette preuve de la bipédie des australopithèques.

Pourtant, il y a un an, une équipe dirigée par David Raichlen (Université de l'Arizona, département d'anthropologie) avait publié un article dans la célèbre revue Plos One, montrant que certaines caractéristiques des empreintes de pas de Laetoli étaient vraiment proches de celles d'un Homme moderne.

À gauche, la reconstruction de Lucy au Musée scientifique CosmoCaixa de Barcelone, en Espagne. À droite, la position du quatrième métatarsien trouvé à Hadar. © Musée scientifique CosmoCaixa de Barcelone/Carol Ward et Kimberly Congdon

Pour trancher véritablement, il faudrait disposer de plusieurs os du pied d'Australopithecus afarensis. En effet, pour pouvoir se déplacer sur de longues distances, un Hominidé doit posséder des adaptations bien spécifiques au niveau des os de ses pieds. Ainsi, l'arche interne formée par le pied entre les orteils et le talon est un élément capital pour absorber les chocs causés par une locomotion fondamentalement bipède. En outre, il permet de fournir un point d'appui pour pousser sur nos pieds et aller de l'avant.

Un métatarsien complet

Il se trouve que l'on a finalement trouvé un os fossilisé appartenant au pied d'un Australopithecus afarensis. Il s'agit d'un métatarsien retrouvé dans le gisement fossilifère d'Hadar et daté de 3,2 millions d'années.

Surprise, comme le montre une étude publié dans Science par Carol Ward (de l'Université du Missouri), William Kimbel et Donald Johanson (de l'Institute of Human Origins à l'Université de l'Arizona), ce métatarsien indique justement la présence d'une arche ! Il semble donc bien que Lucy ait été une bonne marcheuse mais il faudrait probablement d'autres os du même genre pour régler définitivement la question.

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