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Disparition des néandertaliens : l'hypothèse climatique serait exclue

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Lorsqu'il y a 40.000 ans Homo sapiens quitte le Proche-Orient pour l'Europe, il y rencontre un Homo neanderthalensis remarquablement adapté depuis au moins 160.000 ans. Durant dix millénaires, les deux espèces se côtoient, puis la plus ancienne disparaît. Pourquoi ?

Répartition de H. neanderthalensis (images de gauche) et de H. sapiens (images de droite) à trois époques distinctes selon modélisation. Rangée du haut, période pré-H4 (avant la cohabitation des espèces) ; du milieu, période H4 (-40,2 à -38,6 milliers d’années) ; du bas, période GI8 (-38,6 à -36,5 milliers d’années). Les zones où les conditions d’habitabilité sont confirmées par 1 à 5 modèles théoriques sur 10 sont marquées en gris, les zones confirmées par 6 à 9 modèles sur 10 en rose et les zones confirmées par tous les modèles (10 sur 10) en rose.

Plusieurs scénarios sont défendus pour expliquer la disparition de l'homme de Néandertal mais aucun n'a encore remporté l'assentiment général. Parmi eux, l'hypothèse d'un changement climatique est souvent citée.

Aujourd'hui, une équipe multidisciplinaire franco-américaine conduite par William E. Banks (Institut de Préhistoire et de Géologie du Quaternaire, université de Bordeaux), réunissant archéologues, paléoclimatologues et écologistes, tend à démontrer que la détérioration du climat est étrangère à cette disparition. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont adapté un algorithme, nommé Garp, mis au point à l'origine pour l'étude de l'impact des changements climatiques sur la biodiversité.

Les chercheurs ont ainsi reconstitué le climat tel qu'il se présentait en Europe il y a quarante millénaires et y ont superposé les sites occupés par les derniers néandertaliens et les premiers hommes modernes. Ces sites sont connus avec une bonne précision par la datation au carbone 14 et les informations géographiques liées à la modélisation à haute résolution de la climatologie à différentes époques du passé.

La méthode applique ensuite une série d'algorithmes prédictifs afin d'analyser la relation de chacun des sites occupés avec une des deux espècesH. sapiens et H. neanderthalensis, sur la base des traces de leur culture, ainsi que de leur paléoenvironnement contemporain afin de prédire les régions les plus susceptibles de les voir subsister.

Suivre les niches écologiques

Le même procédé permet aussi de simuler l'effet d'une variation climatique différente sur une population, afin de vérifier, par comparaison avec les données réelles, si la niche originale a subi une expansion ou une contraction.

Cette méthode inédite et pour le moins originale a permis aux chercheurs d'identifier précisément les territoires occupés par les premiers H. sapiens arrivés en Europe vers -40.000, mais aussi par les derniers néandertaliens à y avoir vécu il y a environ 28.000 ans. Il apparaît ainsi que les hommes modernes se sont répandus jusqu'à une frontière méridionale délimitée par la vallée de l'Ebre pendant la phase froide appelée événement Heinrich 4 (ou H4, -40,2 à -38,6 milliers d'années), puis se sont avancés jusqu'au sud de la péninsule ibérique au cours de la phase tempérée suivante (GI8, -38,6 à -36,5 milliers d'années).

Les chercheurs en concluent que les néandertaliens ont été progressivement chassés par l'avancée des hommes anatomiquement modernes, avec lesquels leur existence aurait été mise en compétition et dont ils n'auraient pas supporté la concurrence. D'après l'étude, les derniers néandertaliens auraient vécu au sud de la péninsule ibérique, isolés des territoires occupés par les hommes modernes durant la dernière phase froide.

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