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Découverte d’un grand oiseau contemporain des dinosaures ?

ActualitéClassé sous :paléontologie , dinosaure , oiseau

Un article publié la semaine dernière dans Biology Letters rapporte la découverte d'un fossile d'un gros oiseau contemporain des dinosaures, créant un minibuzz dans la presse scientifique. Pourtant, Eric Buffetaut qui, avec ses collègues, avait découvert le premier gros oiseau du Crétacé il y a quinze ans, confie à Futura-Sciences ses doutes quant à la véracité de ces résultats.

La découverte d'ossements d'oiseaux géants datant du Crétacé apporte des informations supplémentaires sur la biodiversité de l'époque des dinosaures. © John Conway, DR

En travaillant sur des ossements découverts il y a environ dix ans, des paléontologues ont démontré qu'ils appartenaient à une espèce nouvelle. Ces os, qui proviennent de la mâchoire de l'animal, ont été retrouvés au centre du Kazakhstan dans des couches correspondant à l’ère du Crétacé (il y a environ 70 millions d'années), celle des dinosaures. Mais selon les auteurs de la découverte, il ne s'agit pas d'une mâchoire de dinosaure...

En réalité, les os - les extrémités postérieures de la mâchoire inférieure - ne ressemblent à aucun connu jusqu'à présent et ne peuvent être attribués à aucune espèce déjà décrite, selon Darren Naish (université de Portsmouth) et ses collègues, auteurs de l'article publié sur le site de la revue Biology Letters. L'absence de dents au fond de la mâchoire, la forme en U (voir la photo ci-dessous) et la taille de ces os (environ 27 cm, ce qui pourrait correspondre à un crâne de 30 cm) laissent à penser qu'ils appartenaient à un gros oiseau, d'après les explications des auteurs.

Le deuxième gros oiseau du Crétacé ?

En outre, ces derniers ont décelé des autapomorphies (caractères propres à un taxon) - comme la présence d'un profond sillon dorsoventral sur l'os - les incitant à clamer l'existence d'une nouvelle espèceSamrukia nessovi (en hommage à Samruk, un légendaire phœnix kazakh, et Lev Nessov, un paléontologue russe mort en 1995).

Mâchoire inférieure de Samrukia nessovi. La partie droite correspond aux fossiles découverts. La partie grisée est une reconstitution de ce qu'aurait sans doute été le reste de la mâchoire. © Darren Nash et al., 2011

Un gros oiseau contemporain des dinosaures ! Voilà une découverte de taille... Mais pas tant que cela. Selon le paléontologue français Eric Buffetaut, il est peu probable qu'il s'agisse d'un oiseau et le cas échéant, la découverte montrerait « tout au plus leur diversité [aux oiseaux, NDLRplus grande qu'on ne le pensait ». En effet, c'est Eric Buffetaut et ses collègues qui avaient découvert pour la première fois, en 1995, des fossiles prouvant l'existence de gros oiseaux contemporains des dinosaures. Ils avaient nommé cette espèce Gargantuavis philoinos.

Oiseau ou ptérosaure ?

La trouvaille de Darren Naish et ses collègues serait donc la seconde preuve de l'existence des gros oiseaux à l'époque du Crétacé, à condition que ces os de mâchoire aient effectivement appartenu à un oiseau ! En effet, Eric Buffetaut est « absolument convaincu qu'il ne s'agit en rien d'un oiseau, mais plus prosaïquement d'un ptérosaure », remettant ainsi en question les découvertes de ses confrères.

Il faut dire que les conclusions des scientifiques ne se basent que sur deux fragments d'un unique os et que beaucoup d'incertitudes demeurent concernant la taille de l'animal, son poids ou encore son mode de vie. Des os tels que le fémur, ceux du bassin ou bien les omoplates auraient sans doute permis de statuer de façon plus certaine ces informations puis de conclure sur le groupe d'appartenance de l'animal.

Des gros oiseaux au Crétacé, et alors ?

D'ailleurs, pourquoi est-il si intrigant de prouver l'existence de gros oiseaux contemporains des dinosaures ? Parce que pendant longtemps, un paradigme établissait que leur existence simultanée n'était pas compatible. « On a longtemps cru que les gros oiseaux terrestres s'étaient développés après la disparition des dinosaures, qui leur auraient laissé des niches écologiques vacantes, explique Eric Buffetaut à ce sujet. Gargantuavis a montré que ce n'était pas si simple. »

Fémur de Gargantuavis philoinos permettant de statuer sur son mode de vie (terrestre). © Ghedoghedo, Wikipedia, cc by sa 3.0

Aussi excitant que cela puisse être de bouleverser des théories en place, les conclusions de Darren Naish et ses collègues semblent pourtant prématurées. Des études complémentaires seraient nécessaires pour statuer définitivement sur la nature de Samrukia nessovi.

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