Les habitants du littoral du Morbihan et de la Loire-Atlantique sont certainement nombreux à avoir remarqué un changement notable de la couleur de l’océan cet été. Depuis le mois d’août 2021, les eaux de la côte atlantique ont en effet pris une couleur rouge à marron. Cette coloration de l’eau serait due à la prolifération d’une microalgue. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce phénomène se produit.


au sommaire


    Voilà plusieurs années que l'on peut observer un changement saisonnier de la couleurcouleur de l'eau sur le littoral atlantique, et plus particulièrement le long de la côte sud de la Bretagne.

    La microalgue Lingulodinium polyedra responsable de la couleur rouge des eaux

    Durant l'été, l'eau de l'océan vire ainsi au rouge, voire au marron. Ce phénomène naturel et saisonnier, suivi de près par les biologistes, est lié à la prolifération rapide de la microalgue Lingulodinium polyedra. Ces organismes photosynthétiques unicellulaires font partie de la famille des phytoplanctons. Ils sont également bioluminescents et produisent une lumièrelumière bleutée lorsque la mer est agitée. Un spectacle impressionnant visible de nuit.

    Les microalgues<em> Lingulodinium polyedra</em> sont bioluminescentes et émettent une lumière bleutée lorsqu’elles sont agitées par les vagues, ici sur la côte californienne. © Niels Olson, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons
    Les microalgues Lingulodinium polyedra sont bioluminescentes et émettent une lumière bleutée lorsqu’elles sont agitées par les vagues, ici sur la côte californienne. © Niels Olson, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons

    Lingulodinium polyedra est cependant reconnue comme étant une microalgue toxique. Elle produit en particulier des yessotoxines (toxinestoxines lipophileslipophiles) qui vont s'accumuler progressivement dans les coquillages. Si la présence de Lingulodinium polyedra est apparemment sans danger pour la baignade, une concentration trop élevée de toxine dans les coquillages peut présenter un risque pour les consommateurs.

    Des analyses sont ainsi réalisées régulièrement pour mesurer la concentration en yessotoxine dans les coquillages, en particulier dans les zones où la quantité de microalgues est la plus importante. À ce jour, les concentrations sont très inférieures au seuil de sécurité sanitaire.

    Les caractéristiques de l’été 2021 favorables à la prolifération des microalgues

    Cette prolifération massive de microalgues se produit lorsque l'apport en nutrimentsnutriments (azoteazote et phosphorephosphore principalement), la température de l'eau et l'ensoleillement sont favorables. Dans ces conditions, ces organismes se multiplient alors rapidement : on parle de bloombloom ou d'efflorescence.

    <em>Lingulodinium polyedra</em> vu au microscope électronique. © Morseds, CC by-sa 4.0 <em>via</em> Wikimedia Commons
    Lingulodinium polyedra vu au microscope électronique. © Morseds, CC by-sa 4.0 via Wikimedia Commons

    Même si cet été n'a pas été très favorable pour les touristes, il a donc été plutôt propice pour Lingulodinium polyedra. En cause : les fortes pluies qui ont largement augmenté les débitsdébits de la Loire et de la Vilaine, deux fleuves se jetant dans l'océan Atlantique. L'eau apportée par les fleuves est en effet douce et chargée en nutriments. Les débits importants de cet été ont donc augmenté l'apport en azote et phosphore dans l'océan, favorisant la prolifération des microalgues. Ceci explique pourquoi les efflorescences de Lingulodinium polyedra sont principalement observées sur les côtes au niveau de l'embouchure de ces deux fleuves.  

    L’eutrophisation, un problème pour les écosystèmes aquatiques

    Cet apport excessif en nutriments engendre ainsi un important déséquilibre du milieu. Ce phénomène d’eutrophisation est majoritairement lié aux activités humaines : l'azote et le phosphore proviennent en effet principalement des engrais agricoles et du rejet des eaux usées. Les fortes pluies de cet été, en lessivant les terres agricoles, ont ainsi entraîné de grandes quantités de nutriments vers l'océan. La prolifération des microalgues face à cet apport massif n'est pas sans conséquence : elle engendre une forte perturbation du milieu aquatique. En plus de produire des toxines, ces microalgues consomment également de grandes quantités d'oxygène, provoquant une asphyxieasphyxie progressive des écosystèmes aquatiques.