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Méthane, pingos et triangle des Bermudes : drôle de buzz...

ActualitéClassé sous :géologie , pingo , accumulation de méthane

Curieuse effervescence ces derniers jours à propos du triangle des Bermudes, un vieux gag des années 1960 qui serait remis au goût du jour par des scientifiques. L'histoire est réelle : des chercheurs norvégiens ont découvert dans l'océan Arctique des versions sous-marines des « pingos », curieux monticules de terre dont l'un d'eux a explosé en Sibérie l'an dernier. Du méthane s'en échappe, ce qui intéresse les climatologues et les futurs exploitants de gisements pétroliers sous-marins.

Les deux structures ressemblant à des pingos (PLF, pour Pingo Like Formation) découvertes en mer de Kara, entre la Russie et l'océan Arctique. Les deux contiennent du méthane mais en quantités très différentes. © Pavel Serov

Les « pingos » sont de curieuses formations circulaires ou elliptiques des régions arctiques sur les sols gelés en permanence, le pergélisol, ou permafrost. L'an dernier, un phénomène étrange avait été rapporté, dont l'un de ces pingos semblait être la cause : une profonde cavité, à l'orifice circulaire et aux bords très nets, découverte en Sibérie, dans la péninsule de Yamal (voir notre article sur ce « trou géant », sans oublier la discussion qui s'en est suivie sur le forum). Les géologues expliquent ces collines à la forme si régulière par des accumulations d'eau dans le sol qui, en gelant, augmentent de volume, repoussant la terre au-dessus d'elles. Le phénomène serait très lent. En revanche, des accumulations de méthane pourraient s'y produire et conduire à des suintements, ou même à des explosions, dues à la pression du gaz. C'est l'hypothèse avancée pour le mystérieux trou découvert en Sibérie.

Mais d'où vient le méthane ? Il peut être d'origine géologique, et ancienne, ou bien biologique (produit par des micro-organismes), et récente. Dans ce pergélisol, qui a commencé à geler au Pléistocène, il y a 1,8 million d'années, du méthane (CH4) a en effet été figé dans des cages de molécules d'eau : les clathrates, ou hydrates de gaz. Le dégagement éventuel de ce méthane si le pergélisol fond davantage en été à cause du réchauffement climatique pose question car il est un puissant gaz à effet de serre. Ces émissions pourraient aussi venir des mers. Des émissions de bulles de méthane ont en effet déjà été observées au fond de l'océan Arctique. Quand le niveau des mers a grimpé il y a 19.000 ans, une partie de ces régions se sont retrouvées sous l'eau.

Descente dans un cratère nouvellement creusé dans le pergélisol en Sibérie. De telles formations semblent pouvoir dégager du méthane et existent peut-être sous la mer sur le plateau continental en Arctique. © RT, YouTube

Ces pingos sous-marins contiennent du méthane

C'est là, dans la mer de Kara, qui entoure la péninsule de Yamal, que des chercheurs norvégiens du CAGE (Center for Arctic Gas Hydrate, Environment and Climate), ont étudié deux formations sous-marines ressemblant à des pingos par environ 40 m de profondeur. Mais leur origine est-elle la même ? Sont-ils simplement des pingos terrestres submergés ? Leur travail, qui date du mois d'août, est décrit dans un communiqué du CAGE et dans un article du Journal of Geophysical Research.

Des études par ondes sismiques ont permis de réaliser des images, montrant une taille plus grande que les pingos terrestres. Des analyses géochimiques ont clairement montré des concentrations de méthane, mais elles sont très différentes sur les deux sites. Elle est faible dans l'un d'eux (14 à 55 ppm, parties par million) et l'origine est géologique (sans doute caractérisée par le rapport carbone 12 sur carbone 13). L'autre site est au contraire riche en méthane (plus de 120.000 ppm), qui est d'origine biologique. Pourtant, paradoxalement, la quantité de matière organique dans le sédiment y est faible. D'après les auteurs, les micro-organismes méthanogènes responsables de cette production seraient donc installés plus profondément.

Les coupes des deux structures sous-marines ressemblant à des pingos, découvertes en mer de Kara par environ 40 m de fond. © Pavel Serov

De la difficulté de naviguer sur des bulles

Mais alors quel rapport avec le triangle des Bermudes ? Dans une édition de novembre, le magazine Siberian Times, qui expliquait le travail de Pavel Serov, post-doctorant au CAGE, et ses collègues, a exhumé cette explication du soi-disant mystère des disparitions de bateaux et d'avions dans cette région de l'Atlantique, située dans la mer des Sargasses, entre les Bermudes, les Bahamas et Haïti. Des explosions sous-marines, dégageant de grandes quantités de méthane, enverraient vers la surface une montagne de bulles et un navire autour duquel surgirait cette mousse coulerait immédiatement, comme sur du champagne effervescent.

L'explication avait déjà été avancée dans le livre de Charles Berlitz, publié en 1974 dans un best-seller, Le triangle des Bermudes, et traitant de ces mystérieuses disparitions. Même si la meilleure analyse de la situation était celle des assureurs - il n'y a pas davantage d'accidents maritimes ou aériens dans cette zone qu'ailleurs -, le sujet avait beaucoup plu et l'histoire des bulles de méthane est physiquement possible. Le Siberian Times évoque le cas du Bavenit, un navire de forage (apparemment toujours en activité) qui, en 1995, a été touché par un de ces brutaux dégagements de méthane. En 2009, Futura-Sciences rapportait les affirmations de Anatoli Nesterov, de l'Académie des sciences russe, qui avançait la même implication des hydrates de carbone.

Mais il en faudrait une production énorme pour couler un bateau, d'autant que les fonds, dans cette région, se trouvent vers 4.000 m et que le gaz a toutes les chances de se dissoudre avant d'atteindre la surface. D'ailleurs, Pavel Serov et ses collègues se posent cette question pour les deux « simili-pingos » qu'ils ont étudiés et qui ne se trouvent qu'à 40 m. Dans le communiqué de l'université, ils évoquent le risque éventuel pour les engins de forage car il y a des gisements fossiles dans ces régions.

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