L’un des vins mousseux les plus populaires au monde entraîne une dégradation des sols sans précédent au nord de l’Italie. Un rythme alarmant alors que la production explose et n’est pas prête de ralentir.

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Souvent qualifié de nouveau champagne, le prosecco est un vin blanc pétillant produit dans le nord-est de l'Italie. Les vignobles sont plantés sur des collines escarpées, entre Valdobbiadene et Conegliano, dont l'altitude varie entre 70 et 450 mètres. Un paysage de carte postale qui a fait l'objet d'une demande d'inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en 2017.

Le prosecco, l'un des biens les plus exportés au monde

La production de prosecco a connu une forte croissance ces dernières années, avec des exportations en hausse de 75 % en volumevolume, en 15 ans. Près de 600 millions de bouteilles ont été produites en 2018, dont plus de 100 millions dans la région couverte par la zone d'Appellation d'origine contrôlée et garantie (DOCG), d'après le site spécialisé Drink Business. Soit, le double de la production de champagne pour la même année. Le prosecco est ainsi l'un des biens les plus exportés au monde.

Plus de 600 millions de bouteilles de Prosecco ont été produites en 2018. © Sheep"R"Us, Flickr
Plus de 600 millions de bouteilles de Prosecco ont été produites en 2018. © Sheep"R"Us, Flickr

Les vignobles détruisent 400.000 tonnes de terres par an

Mais cette explosion de la demande a poussé à une intensification de l'agricultureagriculture et à une extension effrénée des vignobles. Les traditionnelles cultures en terrasseterrasse ont laissé la place à des vignes plantées directement en pente pour faciliter la mécanisation. La baisse du couvert végétal et les systèmes de drainagedrainage ont engendré une fragilisation des sols qui sont alors lessivés et emportés par la pluie.

Une étude italienne, publiée sur le site de prépublication scientifique bioRxiv, estime ainsi que 546.263 tonnes de collines sont détruites chaque année dans la région DOCG, dont 400.000 tonnes sont directement liées aux vignobles. Cela représente 59,8 tonnes par an et par hectare, soit 4,4 kilos de terre perdue par bouteille de prosecco ayant été produite en 2016 (année où la production a été de 90 millions de bouteilles), ont calculé les chercheurs. La zone est en effet particulièrement exposée, avec une couche de sol friable et peu épaisse, des pentes abruptes et des précipitationsprécipitations moyennes de 1.200 millimètres par an, vers Valdobbiadene.

Les collines dans la région de production traditionnelle du prosecco, vers Valdobbiadene, se dégradent au rythme de 59,8 tonnes par an et par hectare. © Darren & Brad, Flickr
Les collines dans la région de production traditionnelle du prosecco, vers Valdobbiadene, se dégradent au rythme de 59,8 tonnes par an et par hectare. © Darren & Brad, Flickr

Les conséquences ne s'arrêtent pas là. Ce lessivagelessivage intensif entraîne une pollution des rivières en aval par les pesticides utilisés dans les vignes. Il augmente les risques de glissement de terrain, réduit la capacité de stockage du CO2 par le sol, appauvrit la biodiversitébiodiversité et la richesse en nutrimentsnutriments des terresterres. À terme, la productivité des vignes sera inévitablement affectée, alertent les auteurs.

Des haies pour réduire l’érosion et les pesticides

Il suffirait pourtant de quelques changements dans les pratiques agricoles pour réduire de moitié cette érosion, avancent les chercheurs, en créant, par exemple, des zones tampons avec un fort couvert végétal. Dans les zones d'agriculture traditionnelle, 30 à 60 % de couverture herbeuse est ainsi généralement conservée entre les vignes. Planter des haieshaies permettrait également de préserver 80.458 tonnes de terres par an tout en réduisant de 95 à 98 % la quantité de pesticidespesticides pulvérisés sur les vignobles.

Un million de bouteilles de prosecco dans les prochaines années

Hélas, rien ne semble pouvoir freiner l'appétit des producteurs. Ces derniers auraient pour objectif d'atteindre un million de bouteilles de prosecco par an dans les prochaines années, d'après le consortium des producteurs, cité par Drink Business. Si le terroir historique DOCG semble quasi saturé, la zone plus vaste d'appellation d'origine contrôlée italienne (DOC) offrirait, quant à elle, encore « de nombreuses opportunités ». Quelque 3.000 hectares y ont ainsi été plantés ces trois dernières années.