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Ça fait peur : la Tamise, une vraie poubelle

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Des scientifiques britanniques ont mis au jour des déchets cachés par les eaux de la rivière. Ces détritus souvent en plastique rejoignent la mer du Nord et représentent une menace pour la faune et la flore aquatiques.

Les chercheurs ont étudié la présence de déchets sur la partie de la Tamise entre Londres et la mer du Nord, comme ici à Erith. © Tony Grist, Wikimedia Commons, DP

La contamination des écosystèmes marins par les plastiques est de plus en plus reconnue comme un problème environnemental important. Une étude de l'université et du musée d'histoire naturelle de Londres montre comment fleuves et rivières contribuent à cette pollution.

Les faits : des quantités importantes de plastiques immergées

Un article paru dans Marine Pollution Bulletin alerte sur les dangers que représentent les plastiques transportés par la Tamise pour l'écosystème proche du fleuve, mais aussi pour la mer du Nord. En effet, les chercheurs ont découvert des milliers de déchets en plastique dans l'estuaire de la Tamise. Ils montrent ainsi qu'il existe un courant de déchets « invisibles » (car immergés) qui traverse Londres.

Pour Paul Clark, coauteur de l'étude, « tous ces déchets, qui étaient principalement en plastique, étaient cachés sous l'eau, si bien que les Londoniens ne réalisent probablement pas qu'ils sont là ».

Le principal danger concerne les animaux, qui peuvent se retrouver piégés dans ces objets en plastique ou risquent de les avaler. « Le mouvement conduit les morceaux de plastique à se casser en fragments de moindre taille. Ceux-ci sont suffisamment petits pour être ingérés y compris par les plus petits animaux, qui sont mangés par des poissons plus gros et des oiseaux. Une fois digéré, le plastique peut libérer des produits chimiques toxiques qui traversent ainsi la chaîne alimentaire. Ces substances, à hautes doses, pourraient être nocives à la santé de la faune et de la flore. »

Beaucoup de déchets sont invisibles, car présents sous la surface de l’eau de la Tamise, le fleuve qui traverse Londres. © Zeisterrre, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Décryptage : les produits sanitaires particulièrement visés

Entre septembre et décembre 2012, les chercheurs ont placé des filets en sept points de l'estuaire de la Tamise. Les filets utilisés servent normalement à attraper des crabes chinois à mitaines, une espèce invasive de crustacés. En trois mois, les scientifiques ont ainsi récupéré 8.490 objets en plastique qui représentaient 54 catégories différentes de déchets, comme des emballages de cigarettes, de la vaisselle en plastique (verres, assiettes, couverts, etc.) ou des emballages alimentaires. Mais plus de 20 % de ces déchets étaient des produits sanitaires, qui provenaient essentiellement de protections hygiéniques. Il y avait finalement assez peu de sacs en plastique (2 %), mais les filets n'étaient probablement pas adaptés pour les récupérer.

Les détritus collectés lors de l'étude ne représentaient qu'un petit exemplaire du volume d'ordures qui doivent exister au fond du fleuve : les gros objets ne pouvaient pas être attrapés dans ces petits filets, si bien que l'on ne connaît pas toute l'étendue du problème. Tous ces déchets « invisibles » ont probablement été sous-estimés jusqu'à présent.

Depuis des années, le port de Londres dispose d'un service qui récupère environ 250 tonnes de déchets chaque année dans la Tamise. En 2011, 248 tonnes ont été retirées du fleuve et 239 tonnes en 2012. Ce service utilise deux bateaux et dix collecteurs de débris flottants.

No panic : sensibiliser et améliorer la biodégradabilité des produits

Les scientifiques font pression pour des changements dans les politiques publiques, car les dangers des plastiques sont de plus en plus apparents. Cette nouvelle étude souligne la part considérable des produits sanitaires, comme les enveloppes plastiques des serviettes hygiéniques, en partie à cause de leur longévité.

Certains de ces produits sanitaires ne devraient pas être jetés dans les toilettes, et c'est pourtant ainsi que la plupart arrivent dans les rivières. Ceci suggère qu'un changement de comportement des consommateurs est nécessaire, mais aussi que les industriels doivent travailler à améliorer la biodégradabilité de ces produits.

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