Les supporters de la Terre plate ont trouvé une nouvelle idée qui pourrait attester selon eux « de façon irréfutable » leur théorie : faire le tour de l’Antarctique et mesurer la circonférence du fameux « mur de glace » censé l’entourer.

Cela vous intéressera aussi

« Si nous atteignons la côte de l'AntarctiqueAntarctique et qu'on navigue tout autour, nous pourrons mesurer sa longueur et prouver qu'il s'agit des bords extérieurs de la TerreTerre. » Voilà le projet de Jay Decasby, un des plus fervents supporters de la Terre plate et qui multiplie les vidéos sur YouTube pour « expliquer » les tenants et aboutissants de sa thèse. Selon lui, le périmètre de la Terre serait de plus de 96.000 kilomètres, et non 24.000 kilomètres, comme l'estiment les données officielles. Ces dernières sont en réalité assez variables : l'institut polaire français Paul-Émile VictorPaul-Émile Victor cite une distance de 24.000 kilomètres mais de récentes observations de la NasaNasa avancent le chiffre de 53.610 kilomètres en incluant les glaciers et les icebergs. D'après la Flat Earth Society (à laquelle n'appartient pas Jay Decasby), l'organisation américaine fondée en 1956 et principale structure de la théorie de la Terre plate, le périmètre de la Terre est en réalité de 125.500 kilomètres.

Selon la théorie de la Terre plate, la Terre est entourée de l’Antarctique, un mur de glace de plus de 125.000 kilomètres de long. © Capture écran YouTube de la chaîne de Jay Decasby
Selon la théorie de la Terre plate, la Terre est entourée de l’Antarctique, un mur de glace de plus de 125.000 kilomètres de long. © Capture écran YouTube de la chaîne de Jay Decasby

Un immense mur de glace de plusieurs centaines de mètres d’épaisseur

Selon les partisans de la Terre plate, il faut se représenter la planète comme une sorte de boule à neige avec un immense dôme contenant les étoilesétoiles, la LuneLune et le SoleilSoleil. L'Antarctique ceinture tout le tour du dôme, avec un immense murmur de glace de plusieurs centaines de mètres d'épaisseur qui fait qu'on ne tombe pas quand on arrive au bord. « En 1773, James Cook a parcouru plus de 96.000 kilomètres en longeant l'Atlantique mais n'a jamais trouvé le moindre passage ou trou dans le mur de glace », atteste Jay Decasby au magazine Forbes. Et si personne n'a réitéré l'expérience, c'est la faute d'un complot de l'ONU : le Traité sur l’Antarctique en 1961 qui réglemente les expéditions privées sur le continent n'a d'autre but que d'entraver les investigations susceptibles de réfuter l'héliocentrisme. « On a interdit tous les équipements motorisés sur glace pour nous compliquer la tâche », se plaint Jay Decasby.

L’expédition vise à longer le mur de glace pour « prouver » que la Terre est plate. © Capture écran YouTube de la chaîne de Jay Decasby
L’expédition vise à longer le mur de glace pour « prouver » que la Terre est plate. © Capture écran YouTube de la chaîne de Jay Decasby

Les traversées de l’Antarctique ? Pas fiables

Pas moins de 16 expéditions scientifiques ont pourtant déjà traversé l'Antarctique, depuis celles d'Amundsen et Robert Falcon Scott en 2011 jusqu'aux deux derniers exploits de l'Américain Colin O’Brady et du Britannique Louis Rudd, arrivés tous deux à trois jours d'intervalle de leur expédition en solo en décembre 2018. Soit 1.600 kilomètres depuis le campement d'Union Glacier (mer de Weddel au Nord) jusqu'à la barrière de Ross sur l'océan Pacifique au Sud. Autant de « preuves » balayées par les supporteurs de la Terre Plate : « La seule information qu'a reçue le public, ce sont les selfiesselfies des explorateurs et les cordonnées GPSGPS qu'eux seuls ont pu fournir », met en doute Jay Decasby. Bref, rien d'irréfutable selon lui (précisons ici que rien que l'utilisation du GPS suppose que la Terre est ronde, sans quoi il suffirait de trois satellites pour couvrir la totalité de la surface de la planète).

Près d’un Français sur 10 n’est pas sûr que la Terre est ronde

Si de nombreux médias ont fait le rapprochement avec la croisière prévue en 2020 par Robbie Davidson, organisateur des Conférences internationales de la Terre Plate (Feic), ce dernier assure que son projet n'a rien à voir. « Il s'agit pour l'instant d'une simple croisière avec des conférences portant sur la Terre plate », insiste le réalisateur. Lui-même affirme de pas croire à la théorie, bien que le site de la Feic affirme le contraire.

En mars 2018, un Américain « platiste » avait lui tenté de prouver sa théorie en construisant sa propre fusée dans laquelle il avait décollé. Il était monté à 570 mètres d'altitude avant de retomber et de se blesser. Aux États-Unis, plus de 12 millions de personnes adhéreraient à la théorie. En France, ils sont 9 % à croire « possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l'école », selon une étude Ifop.