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Le déclin de l'empire des grands arbres centenaires...

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Étrange phénomène : les plus vieux arbres du monde disparaissent ou sont en déclin partout dans le monde, selon une étude qui vient d'être publiée. Cette raréfaction de très grands organismes a de graves conséquences sur les écosystèmes et la biodiversité.

La forêt tropicale brésilienne est celle qui stocke le plus de dioxyde de carbone. Les vieux arbres sont les champions de ce captage, mais leur taux de mortalité croît fortement. © CIFOR, Flickr, cc by-nc-nd-2.0

Les arbres les plus vieux ont un rôle écologique majeur. Leurs cavités peuvent servir de nids ou d'abris, pour parfois plus de 30 % des oiseaux et animaux de l'écosystème. Par leur taille, ils stockent d'énormes quantités de carbone et recyclent les éléments nutritifs du sol grâce auxquels prospère un grand nombre d'espèces. Ces arbres fournissent une abondance de nourriture pour beaucoup d'animaux sous forme de feuillage, de fleurs ou de fruits. Même dans les paysages agricoles, les vieux grands arbres peuvent restaurer la végétation.

Par analogie aux espèces animales, on s'attend à ce que le taux de mortalité des vieux arbres soit supérieur à celui des plus jeunes. Toutefois, dans un rapport publié dans Science, des écologistes pointent du doigt une alarmante accélération du taux au cours du siècle dernier. L'augmentation du taux de mortalité chez les arbres de 100 à 300 ans s'observe partout dans le monde : dans les savanes, les forêts, les zones agricoles et même dans les villes.

Le chêne de Tronjoly, à Bulat-Pestivien en France, est âgé d'environ 1.700 ans ! © Michel Lefranq, Wikipédia, cc by-sa-3.0

« C'est un problème mondial et il concerne la plupart des types de forêts »

Le professeur David Lindenmayer, premier auteur du rapport, a commencé à noter ce déclin dans les forêts suédoises en examinant les dossiers des années 1860. Une étude de 30 ans sur les Eucalyptus regnans en Australie a ensuite confirmé que non seulement les vieux arbres mouraient en masse dans les feux de forêt mais qu'en plus le taux de mortalité moyen était 10 fois plus important que ce qu'il devrait être dans les années sans feux. Ces observations s'étendent au monde entier et par exemple dans le parc national de Yosemite en Californie, les savanes africaines, les forêts tropicales du Brésil, les forêts tempérées européennes et les forêts boréales.

Ce déclin, on le doit à une série de facteurs bien souvent humains. Le défrichage, les pratiques agricoles, les feux de forêt, l'exploitation forestière, l'utilisation du bois, les attaques d'insectes et de changements climatiques rapides, tous ces paramètres influent sur la survie des arbres.  « Par exemple, les populations de grands pins centenaires dans les forêts sèches de l'ouest de l'Amérique du nord a diminué de façon spectaculaire au cours du siècle dernier en raison de coupes sélectives, les incendies inhabituellement sévères, et d'autres causes. » Les vieux arbres sont en outre beaucoup plus sensibles à la sécheresse et à l'élévation de température.

« C'est une tendance très inquiétante. Nous parlons de la perte des plus grands organismes vivants sur la planète, des plus grandes usines de fleurs sur la planète, des organismes qui jouent un rôle clé dans la régulation et l'enrichissement de notre monde » insiste David LindenmayerL'appel est lancé par la communauté scientifique, il y a urgence dans le monde entier. Il faut enquêter pour évaluer l'ampleur de la perte des grands arbres, et identifier les domaines où ils ont une meilleure chance de survie.

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