Plusieurs des différences entre les chimpanzés et les bonobos pourraient s'expliquer par des divergences génétiques. Ces primates, qui partagent environ 99 % de leur ADN avec l'humain, pourraient aider à comprendre nos propres comportements.

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[EN VIDÉO] Interview 2/5 : La proximité génétique entre l'Homme et le singe Il existe 95 % de similarités entre l’Homme et le chimpanzé. Le génome humain est donc très proche de celui de certains animaux. Nous avons rencontré Jean-Louis Serre, professeur de génétique, pour qu’il nous parle plus précisément des similitudes entre l’Homme et l’animal.

« Les chimpanzéschimpanzés et les bonobosbonobos sont fascinants parce qu'ils sont très, très étroitement liés génétiquement, mais ils ont d'énormes différences de comportement », constate John Lindo, coauteur d'une étude parue dans Genes, Brain and Behavior. Ces primatesprimates ont divergé en espècesespèces distinctes il y a quelque 1,7 million d'années, lorsque leurs ancêtres ont été séparés par le fleuve Congo - majoritairement situé dans la République démocratique du Congo. De là, leurs régimes alimentaires et leurs comportements sexuels se sont notamment éloignés.

En analysant les génomesgénomes de 73 chimpanzés et bonobos, les scientifiques ont cherché à comprendre « comment la sélection naturellesélection naturelle a façonné [leurs] différences », relate John Lindo. Parmi leurs trouvailles, figurent des gènesgènes liés à la production d'amylaseamylase pancréatique. Cette enzymeenzyme, qui décompose l'amidonamidon, serait liée à une plus grande consommation de céréalescéréales. Un résultat ajoutant « à la preuve que l'alimentation et les ressources disponibles ont eu un impact certain sur l'évolution des bonobos », rapporte Sarah Kovalaskas, coautrice de l'étude.

La chercheuse fait référence à une hypothèse particulière. Celle suggérant que les écologiesécologies d'alimentation seraient la clé de la divergence comportementale entre les deux espèces. Une nourriture plus abondante pour les bonobos leur aurait permis de se nourrir davantage ensemble, les femelles développant alors des liens plus solidessolides pour contrer la domination des mâles. L'accouplementaccouplement avec des mâles moins agressifs aurait conduit à une « autodomestication ».

Chez les femelles bonobos, les organes génitaux sont externes. Ils gonflent régulièrement, parfois jusqu'à atteindre la taille d'un ballon, pour signifier une forte réceptivité sexuelle. © Uryadnikov Sergey, Adobe Stock
Chez les femelles bonobos, les organes génitaux sont externes. Ils gonflent régulièrement, parfois jusqu'à atteindre la taille d'un ballon, pour signifier une forte réceptivité sexuelle. © Uryadnikov Sergey, Adobe Stock

Le secret de la paix

De nos jours, les sociétés des bonobos sont matriarcales, tandis que celles des chimpanzés sont patriarcales. Leur relation aux rencontres et aux conflits diffère également. Quand les chimpanzés sont plutôt agressifs envers des groupes inconnus d'autres chimpanzés - agressivité pouvant aller jusqu'à la mort de l'adversaire -, les bonobos sont généralement pacifiques devant de nouveaux bonobos. Cette espèce est d'ailleurs connue pour son utilisation de l'accouplement pour apaiser les tensions.

« Les liens féminins forts entre les bonobos peuvent en partie être médiés par leurs comportements homosexuels », propose James Rilling, troisième et dernier coauteur. Il explique que leurs « données suggèrent qu'il se passe quelque chose d'intéressant dans les voies des bonobos pour l'ocytocineocytocine, la sérotoninesérotonine et la gonadotrophine ». Ces trois moléculesmolécules sont respectivement impliquées dans la promotion des liens sociaux, la modulation de l'agression, et le comportement sexuel.

Puisque ces primates partagent environ 99 % de leur ADNADN avec l'humain, « comprendre les mécanismes physiologiques sous-jacents aux différences de comportement des chimpanzés et des bonobos peut également nous donner des informations sur les gènes sous-jacents à nos propres comportements », estime John Lindo. Les chercheurs souhaitent que de futures recherches se penchent sur les trois voies indiquées plus haut afin, entre autres, de saisir pourquoi les bonobos résolvent les conflits au lieu de se battre.