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Bonobos et humains régulent leurs émotions de la même façon

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Nous n'avons pas qu'une quasi-totalité du génome en commun avec nos cousins les grands singes. Nous partageons également une psychologie très proche. La preuve avec cette étude qui montre que les petits bonobos gèrent leurs émotions et manifestent de l'empathie exactement comme le font les enfants.

Comme les petits humains, les jeunes bonobos passent par les mêmes épreuves pour apprendre à gérer leurs émotions et mieux vivre en société. Le soutien d'une mère est un atout de poids. © Visionshare, Flickr, cc by nc sa 2.0

Parce qu'on les en a longtemps pensé dépourvus, les émotions des animaux ont durablement constitué un tabou pour les scientifiques. Mais en s'y intéressant de plus près, les chercheurs ont peu à peu compris qu'elles ressemblaient aux nôtres, et que ces découvertes pouvaient avoir des répercussions sur l'Homme et sa société. Alors ils creusent.

Et voilà qu'au Centre national de recherche sur les primates de Yerkes, à Atlanta (États-Unis), des scientifiques viennent de montrer que la frontière qui distingue l'Homme du bonobo (Pan paniscus) est réellement bien ténue. Car le développement de nos émotions et leur contrôle n'a rien d'unique : nos cousins primates utilisent les mêmes subterfuges que nous. Et souffrent des mêmes troubles psychologiques, comme le révèle une étude parue dans Pnas.

Des bonobos équilibrés qui embrassent pour consoler

Cette recherche a été menée au sanctuaire de Lola ya Bonobo, fondé en 1994 au sud de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. Y sont regroupés de jeunes singes, dont la plupart ont perdu leur mère, victime de la chasse à la viande de brousse. Des caméras ont enregistré leurs faits et gestes dans le but d'analyser la façon dont les bonobos gèrent leurs propres émotions, et quelles sont leurs réactions face à celles des autres.

Et les deux semblent liés. Après visionnage de 373 interactions suivant une situation anxiogène (318 bagarres et 55 crises de colère), les auteurs ont constaté que les plus aptes à gérer leur ressenti sont également les plus prompts à venir épauler un camarade en détresse. Des baisers, des embrassades et des caresses constituent les solutions mises en œuvre pour consoler. Exactement comme le font les petits humains.

L'œil perdu dans le lointain, la main qui soutient le menton, plongé dans ses réflexions : pas de doute, les bonobos comptent bien parmi nos plus proches cousins ! © Ucumari, Flickr, cc by nc nd 2.0

Une parenté forte qui fait ressembler l’Homme au bonobo

Les similitudes se poursuivent à d'autres niveaux. Chez l'Homme, on a effectivement insisté sur le lien qui unit l'enfant et le parent, pour conférer les compétences sociales nécessaires à un développement émotionnel sain. De fait, les orphelins perdent cette stabilité, et développent plus souvent des troubles émotionnels.

Les conclusions sont les mêmes chez les bonobos. Les jeunes singes privés de leur mère biologique jouent deux fois moins que leurs congénères vivant dans les bras de leur génitrice, et ont trois fois moins d'amis. Directement confrontés à une situation de détresse, leurs cris s'éternisent : ils durent plusieurs minutes, alors que leurs homologues ne se plaignent que quelques secondes. Enfin, ils sont moins enclins à venir soutenir un camarade triste, car ils observent trop les émotions des autres et se plongent alors dans un état d'anxiété.

On touche là à l'empathie, qualité nécessaire pour une vie en société. Or, le bonobo est réputé pour être le grand singe le plus doué de ce sentiment, ce qui en fait un modèle idéal pour l'étudier chez nous. Les auteurs, Frans de Waal en tête, pensent que « chaque similitude entre les Hommes et les bonobos remonte probablement à leur dernier ancêtre commun, qui vivait il y a environ 6 millions d'années ». Et si la façon dont ils gèrent leurs émotions prédit leur manière de réagir à celles des autres, alors il y a régulation des émotions. Elle est nécessaire pour un développement social sain, aussi bien chez l'Homme que chez le grand singe. Pas étonnant donc de constater des réponses identiques entre les deux espèces, qui, rappelons-le, partagent un génotype à 98,7 % identique.

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