Alors que les coraux sont fragiles face au dérèglement climatique, des scientifiques de l’Ifremer ont découvert que certains coraux dits « chimères » résistent mieux aux changements de leur environnement, notamment de température, que leurs congénères ordinaires.

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[EN VIDÉO] Grande barrière de corail : la vie sous-marine prospère malgré le réchauffement En dépit du confinement, l’Institut Schmidt pour l’océan a continué à mener ses expéditions d’exploration dans la Grande Barrière de corail en Australie. Les scientifiques ont enchaîné les découvertes, avec des espèces encore jamais observées auparavant, dont 10 nouvelles espèces de poissons, escargots de mer ou éponges, ainsi que les coraux vivants les plus profonds jamais vus dans les eaux d’Australie orientale.

C'est l'histoire d'une rencontre qui défie les probabilités : lorsque deux jeunes coraux de la même espèce s'installent au même endroit, ils peuvent grandir ensemble jusqu'à fusionner complètement. L'apparition de ces chimèreschimères naturelles, très peu étudiées, a longtemps été considérée comme anecdotique.

Pourtant, des recherches récentes prouvent que ce phénomène est plus courant qu'on ne le pense, puisqu'il a été observé naturellement chez de nombreuses espèces de coraux. D'après une étude publiée fin juillet danBMC Biology dans le cadre d'une collaboration franco-israélienne, ces chimères sont également plus résistantes que leurs congénères.

Le secret : s’entrainer à résister

Pour réagir face aux agressions, tous les organismes vivants possèdent des gènesgènes de réponse au stressstress. Chez les coraux chimères, ces mécanismes de protection sont actifs au quotidien pour répondre aux contraintes dues à la fusionfusion des deux individus. Lorsque des agressions extérieures se présentent, ils sont alors mieux préparés. Pour le vérifier, les chercheurs ont cultivé des coraux en Méditerranée.

« Même dans des conditions favorables, seulement 43 % des coraux "normaux" que l'on a cultivés en mer ont survécu durant la première année. De leur côté, les coraux chimères se portaient beaucoup mieux puisque près de 70 % sont restés en vie, » explique Jérémie Vidal-Dupiol, chercheur Ifremer au laboratoire Interactions Hôtes-Pathogènes-Environnements.

Formation des chimères de corail (<em>Stilliphora pistillata</em>), ici au stade de recrues. © Dor Shefy
Formation des chimères de corail (Stilliphora pistillata), ici au stade de recrues. © Dor Shefy

Qu'en est-il lorsque l'environnement est moins favorable ? Pour étudier comment ces mécanismes de protection se manifestent face à des variations rapides de l'environnement, les biologistes ont déplacé les coraux vers la surface, dans une eau plus chaude et plus ensoleillée. Les individus ordinaires doivent alors fournir un effort supplémentaire pour s'acclimater à ces nouvelles conditions.

À l'inverse, puisque ces mécanismes sont déjà activés chez les chimères, leur résistancerésistance aux nouvelles conditions environnementales est tout de suite plus importante et efficace, ce qui leur assure une meilleure protection. En plus du corail, les zooxanthelles (des micro-algues qui vivent en symbiose avec les coraux), qui ne sont pas des chimères, sont également mieux protégées lorsqu'elles vivent au sein d'une colonie de corail chimère.

Le chimérisme pourrait être l'une des voies naturelles d'évolution adoptée par les coraux pour mieux s'adapter aux changements induits par le dérèglement climatique. Aujourd'hui, 20 % des récifs coralliens ont définitivement disparu et 25 % sont en grand danger actuellement. On estime que 25 % supplémentaires seront également menacés avant 2050 si aucune action n'est menée.

« Ces résultats permettent d'envisager de nouvelles stratégies de sauvegardesauvegarde des récifs coralliens, qui abritent environ un tiers des espèces marines connues à ce jour. On peut procéder par "évolution assistée", c'est-à-dire en accompagnant ces espèces dans leur évolution naturelle, pour les aider à résister aux changements de leur environnement », conclut le scientifique.