La chauve-souris n’a pas bonne presse. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a bonne mémoire. Elle est capable de se souvenir d’un son entendu quatre années plus tôt. Alors, pas si bête, la chauve-souris ? © arrowsmith2, Adobe Stock
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Une chauve-souris répond à la sonnerie d’un téléphone

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[EN VIDÉO] Une chauve-souris répond à la sonnerie d’un téléphone  Des chercheurs ont entraîné des chauves-souris sauvages mangeuses de grenouilles, des Trachops cirrhosus, à associer une sonnerie de téléphone à une friandise. Quatre ans plus tard, elles s’en souvenaient encore. La vidéo montre d’abord une chauve-souris non entraînée qui ne fait que remuer au bruit de la sonnerie. Puis vient la chauve-souris entraînée qui, au bruit de la sonnerie de téléphone, va chercher sa friandise. La preuve que l’animal jouit d’une mémoire à long terme. © College of Natural Sciences 

« Bêtes de science », c'est comme un recueil d'histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s'émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, intéressons-nous à un animal à la réputation sulfureuse : la chauve-souris.

Une chauve-souris qui répond au téléphone. Vous avez déjà vu ça ? Certainement pas. Mais avant de savoir si des chercheurs l'ont vu, prenons quelques secondes pour faire connaissance avec la bête. Dans beaucoup de cultures, elle est associée au malheur et à la mort. Au mythe des vampires. Pourtant, les espèces de chauve-souris qui sucent le sang sont extrêmement rares. Plus encore celles qui apprécient le sang humain. Elles ne seraient pas plus de trois. Vivant toutes en Amérique du Sud. Et pour s'en protéger, une simple moustiquaire suffirait !

Il est en revanche vrai que les chauves-souris sont aujourd'hui devenues de véritables réservoirs de virus. Dont beaucoup peuvent constituer un danger pour nous. L'information a malheureusement fait la Une à l'occasion de la pandémie de Covid-19. Car plusieurs coronavirus ont déjà été identifiés chez la chauve-souris. Jamais, pourtant, sur des espèces vivant en France.

Mais la chauve-souris, ce n'est pas que ça. La chauve-souris, c'est aussi un petit mammifère étonnant. Le seul doué de vol actif, pour commencer. Grâce à une drôle d'aile. Une sorte de main aux doigts allongés reliés par une fine membrane de peau. Une sorte de main géante dont elle se cape au repos pour s'isoler de l'environnement extérieur.

La chauve-souris est aussi un animal doué d'une mémoire assez stupéfiante. Et c'est à ce point-là que revient l'histoire du téléphone. Mais pour comprendre comment les chercheurs l'ont découvert, il faut d'abord savoir que la chauve-souris Trachops cirrhosus chasse non pas à vue, mais à l'oreille. Elle est capable de faire la différence entre le cri d'une grenouille ou d'un insecte venimeux ou non.

Une bonne mémoire signe d’intelligence ?

Ce que les chercheurs ont voulu savoir, c'est si les chauves-souris Trachops cirrhosus sont aussi capables de distinguer des bruits totalement artificiels. Des sonneries de téléphone, en l'occurrence. Pour cela, ils ont travaillé avec une cinquantaine de spécimens sauvages. Ils ont peu à peu remplacé le cri d'accouplement de l'une des grenouilles préférées de ces petites bêtes par une sonnerie très classique de téléphone portable. Ils ont aussi joué trois autres sonneries. Mais qu'ils n'ont pas associé, cette fois, à une récompense alimentaire.

Une fois l'apprentissage terminé, les chauves-souris ont été remises en liberté. Non sans avoir été pucées, afin que les chercheurs puissent les retrouver plus tard. Et plus tard, c'est au bout de quatre ans - en se rappelant que certaines chauves-souris peuvent vivre plus de 30 ans. Les chercheurs ont alors observé que lorsqu'elles entendaient la fameuse sonnerie qui les avait tant régalées, elles se précipitaient vers elle. Comportement qu'elles n'adoptaient pas avec une sonnerie inconnue. Mais tout de même régulièrement aussi avec les trois sonneries témoin qu'elles avaient déjà entendues quatre ans plus tôt.

Les chercheurs ont été surpris. Parce qu'avoir une mémoire à long terme peut être utile aux animaux. Cela leur évite de répéter les apprentissages et les erreurs. Cela leur permet aussi de profiter même des proies les plus rares lorsqu'elles se présentent. Mais avoir une mémoire à long terme est aussi coûteux. Métaboliquement parlant. Cela mobilise une certaine énergie. Et cela peut ralentir le processus de prise de décision. Alors finalement, la chauve-souris n'est-elle pas si bête ? Ou quatre ans, n'est-ce pas un peu long pour s'accrocher au souvenir d'une sonnerie de téléphone qu'elle n'entendra peut-être plus jamais ? À partir de quel moment ce type de compétences va réellement aider les animaux et à partir de quand il pourrait s'avérer être un handicap ? C'est ce que les chercheurs espèrent pouvoir déterminer à l'avenir.

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