« Bêtes de science », c’est comme un recueil d’histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s’émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, intéressons-nous à un animal avec lequel les Hommes ont de nombreuses interactions : le macaque crabier.

Le macaque crabier, tout le monde le connait. On l'appelle aussi, le macaque à longue queue. Il est le singe le plus répandu en Asie du Sud-Est. Pourtant, on a un temps craint pour sa survie. Il était menacé par la déforestation. Mais aussi parce qu'il était chassé pour servir de remède. Ou pour être mis dans les assiettes. Et même, pour être utilisé comme animal de laboratoire. Si bien qu'à la fin des années 2000, il était devenu le mammifèremammifère le plus vendu parmi les espèces de faunes sauvages menacées.

Le saviez-vous ?

Albert III est mort à plus de 10 kilomètres d’altitude, lors de l’explosion de son V2, en septembre 1949. C’était un macaque crabier qui participait — bien malgré lui — au développement des vols spatiaux habités. Autre raison pour laquelle le macaque crabier est connu : il est identifié comme vecteur possible du virus Ebola et porteur de l’herpès virus B.

Aujourd'hui, le macaque crabier va mieux. Si l'on peut dire. Parce qu'il reste élevé en captivité. Le plus grand programme de la sorte héberge quelque 30.000 de ses petits êtres facétieux destinés à l'expérimentation animale. En particulier dans le domaine des neurosciences.

En parallèle, le macaque crabier a appris à occuper des milieux transformés par les Hommes. Comme sur l'île de Bali, en Indonésie où il cherche de la nourriture aux abords du temple de Uluwatu, dressé au sommet d'une falaise de 70 mètres de haut. Et c'est aujourd'hui à ces macaques-là, tout particulièrement, que nous allons nous intéresser. Car figurez-vous qu'ils font preuve d'une intelligenceintelligence plutôt surprenante pour des singes sauvages.

Les macaques connaissent la valeur des choses

Les macaques crabiers qui vivent du côté du temple de Uluwatu ont appris... le racket. Lunettes, appareils photo, smartphonessmartphones ou même argentargent. Ils ont pris l'habitude de voler des objets aux touristes. Des objets de valeur de préférence. Et ils attendent ensuite patiemment d'obtenir quelque chose en échange -- un peu de nourriture, dans 95 % des cas -- pour les rendre à leurs propriétaires. Plus ils savent que l'objet dérobé a de la valeur, plus ils attendent une récompense qu'ils apprécient.

Les macaques peuvent même entrer dans une phase de négociation avec les humains. L'une de celles observées par les chercheurs a même duré 17 minutes. 17 minutes au cours desquelles le singe a obstinément refusé de rendre l'objet volé. Estimant que la récompense offerte en échange n'était pas à la hauteur de sa valeur.

Selon les chercheurs, ce comportement unique est acquis par expérience et par observation. Il est ensuite transmis de génération en génération. Pendant au moins 30 ans. Il constitue donc un bel exemple de la manière dont les primates sont capables de s'adapter aux changements qui surviennent dans leur environnement. Un témoignage de l'intelligence culturelle du macaque crabier, d'une économie symbolique entretenue culturellement.

Sachant cela, les chercheurs aimeraient désormais explorer un peu plus encore l'intelligence de ces singes. En examinant, par exemple, comment ils peuvent réagir lorsque de l'incertitude est introduite dans le système de racket qu'ils ont mis en place. Privilégieront-ils les récompenses immédiates, même à faible valeur ? Choisiront-ils plutôt des récompenses à faible probabilité et haut rendement ? Ou à l'inverse, des récompenses à forte probabilité et faible rendement ? Feront-ils, comme les Hommes joueurs, des choix pas toujours optimaux ? Ou le macaque à longue queue continuera-t-il malgré tout de se montrer... pas si bête ?