Avec la mission Dart, la Nasa veut dévier un astéroïde. Ici, une étude conceptuelle du vaisseau Dart (Double Asteroid Redirection Test). © Nasa, JHUAPL

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Mission Dart : la Nasa veut dévier un astéroïde

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La Nasa a donné son feu vert à la construction de Dart, la première mission de démonstration d'une technique de déviation d'astéroïde avec un impacteur cinétique. Celle-ci sera lancée en décembre 2020 à destination de l'astéroïde binaire Didymos.

  • La Nasa aimerait savoir comment protéger la Terre d'une éventuelle collision avec des astéroïdes.
  • Pour cela, elle a donné son feu vert à la construction de Dart, qui testera la technique de l'impact cinétique.
  • Si tout va bien, Dart pourrait se rendre en 2022 auprès de Didymos, un astéroïde binaire qui fait partie des géocroiseurs potentiellement dangereux.

Certes, aucun astéroïde (ou comète) connu ne suit une trajectoire de collision avec la Terre. D'ailleurs, à ce jour, les programmes de surveillance du ciel ont recensé environ 93 % des objets du Système solaire potentiellement dangereux pour la Terre, c'est-à-dire ceux dont l'orbite coupe celle de notre planète. Mais, au cas où, la Nasa veut tout de même vérifier s'il est possible de modifier l'orbite d'un de ces blocs rocheux. Ce sera l'objectif de la mission Dart. En décembre 2020, elle s'en ira percuter l'astéroïde binaire Didymos, composé de Didymos A (780 mètres) et Didymos B (160 mètres), afin de modifier de façon infime sa trajectoire.

Dart est une étape importante pour démontrer qu'il est possible de protéger la Terre d'un astéroïde grâce à la technique de l'impact cinétique (le but est de faire dévier de sa trajectoire l'objet percuté). La maîtrise de cette technologie est l'une des deux armes envisagées par la Nasa pour défendre notre planète contre un objet dangereux de grande taille. L'autre solution est l'explosion nucléaire à proximité.

L'Agence spatiale européenne (ESA) a toujours envie de participer à la mission Dart de la Nasa. Malgré l'annulation de sa participation, elle étudie l'intérêt d'envoyer un satellite plus petit avec des objectifs identiques pour la partie déviation de Didymos B. © ESA, scienceoffice.org

Évaluer la déviation de Didymos B

L'Agence spatiale européenne (ESA) devait participer à cette mission en fournissant le satellite AIM de surveillance de l'impact ainsi qu'en réalisant l'observation du cratère formé et celle de ses éjecta. AIM devait caractériser l'orbite de l'astéroïde mais aussi étudier en détail la surface du satellite et sa structure interne. Lors de sa dernière conférence au niveau ministériel, en décembre 2016, l'ESA a été contrainte d'annuler sa participation, faute de budget.

Lors du Salon de l'aéronautique et de l'espace du Bourget, le directeur de l'ESA s'est voulu optimiste et nous a confié qu'il souhaitait faire une nouvelle proposition aux États membres de l'ESA lors de la prochaine conférence ministérielle prévue en 2019. L'équipe du projet AIM doit remettre une nouvelle proposition de mission moins ambitieuse. Moins chère, celle-ci sera envoyée à bord d'un lanceur Vega C d'Arianespace. Ses objectifs seront limités à l'observation des conséquences de l'impact et du calcul des changements de l'orbite de Didymos B afin de permettre aux scientifiques de mieux déterminer les capacités de l'impact cinétique comme stratégie d'atténuation des astéroïdes. Elle arriverait sur site deux ans après l'impact.

Pour en savoir plus

Un test grandeur nature pour dévier un géocroiseur

Article de Laurent Sacco publié le 04/07/2017

Dans la perspective d'éviter la collision avec un astéroïde potentiellement dangereux, la Nasa songe, avec la mission Dart, à tester une des techniques de déviation de ces corps célestes. Sa cible serait l'un des membres du couple de géocroiseurs Didymos.

L'humanité ne pourra sans doute pas éviter une catastrophe au cours de la seconde moitié du XXIe siècle si elle ne dispose pas en abondance de l'énergie produite par la fusion contrôlée et des minerais que l'on peut rapporter sur Terre en exploitant les astéroïdes. Mais les géocroiseurs qui sont à notre portée sont aussi ceux qui nous menacent le plus car plusieurs d'entre eux, de par leurs tailles et leurs trajectoires, sont potentiellement dangereux. Ils pourraient nous faire disparaître comme cela est déjà arrivé dans le passé pour de nombreuses espèces sur Terre, à commencer par les dinosaures.

Pour éviter semblables évènements, plusieurs groupes de recherches, notamment à l'ESA et à la Nasa, travaillent donc sur des rendez-vous avec des astéroïdes. Que ce soit en prélude à leur exploitation ou pour les dévier suffisamment à temps pour sauver la Terre. Depuis quelque temps, les deux agences spatiales préparent une double mission à destination de (65803) Didymos, un géocroiseur binaire du groupe des astéroïdes Apollon, découvert le 11 avril 1996 par Spacewatch à l'observatoire de Kitt Peak (États-Unis). Baptisée Aida, cette mission devait à l'origine faire travailler en tandem l'impacteur Double Asteroid Redirection Test (Dart) développé par la Nasa, et l'orbiteur Aim de l'ESA, comme l'explique la vidéo ci-dessous.

Une vidéo sur la mission Aida. © ESA

Dart entrerait en collision avec Didymos B à 6 km/s

L'ESA est en train de revoir à la baisse sa participation au projet mais la Nasa, quant à elle, vient de faire savoir qu'elle poursuivait toujours le développement de Dart. Celui-ci entrerait en collision avec Didymoon alias Didymos B. De cette façon, et parce qu'il s'agit d'un astéroïde binaire, Didymos (son nom signifie jumeau en grec ancien) ne sera pas dévié de son orbite autour du Soleil et aucun risque ne sera pris de provoquer sa chute sur la Terre à court terme. Seule l'orbite de Didymos B autour de Didymos A devrait être modifiée. Rappelons que Didymoon, environ 150 m de diamètre, effectue une révolution en 11,9 heures autour de son frère de quelque 800 m de diamètre, distant d'environ 1,1 km.

La construction de Dart n'est pas encore lancée. La mission est donc toujours dans les limbes puisque seule la poursuite des études préparatoires a été confirmée. Mais si elle arrive jusqu'au lancement, ce sera pour profiter de l'approche au plus près de la Terre de Didymos, en 2022 puis en 2024. Didymos A est un astéroïde de type S donc principalement constitué de silicates de fer et de magnésium à l'instar d'Itokawa, visité par la sonde japonaise Hayabusa. On ne sait encore rien par contre de la composition de Didymos B.

Dans cette animation, on peut voir Dart percuter le plus petit des deux corps formant l'astéroïde binaire Didymos. © Nasa, JHUAPL

Dart, qui aura la taille d'un réfrigérateur, entrera en collision avec lui à la vitesse de 6 km/s, c'est-à-dire à peu près à celle d'une balle. Le résultat de l'impact pourra être observé depuis la Terre, ce qui nous donnera des renseignements sur la structure de Didymoon et surtout, permettra de vérifier nos idées sur l'effet de cet impact sur les modifications de l'orbite de Didymos B.

Si tout va bien, Dart sera donc la première mission permettant de tester la technique de déviation d'un astéroïde avec un impacteur cinétique. Il est probable cependant que la technique la plus sûre et la plus efficace sera celle du remorquage gravitationnel comme le soutient Jean-Pierre Luminet. Dans tous les cas, il faut repérer le ou les astéroïde(s) dangereux et agir des années avant son impact sur Terre.

Interview : la Terre menacée par des astéroïdes ?  Depuis quelques années les scientifiques étudient la menace possible des géocroiseurs pour notre Planète. À l’image du scénario de l’extinction des dinosaures, ces astéroïdes sont-ils une menace pour la vie sur Terre ? Futura-Sciences a interviewé Jean-Pierre Luminet, astrophysicien de renom, afin d’en savoir plus.