Santé

Le coeur des astronautes change de forme dans l’espace

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En situation de microgravité, le myocarde des astronautes finit par s'arrondir et pourrait engendrer des complications cardiovasculaires. Un paramètre à prendre en compte le jour où des hommes et des femmes prendront la direction de Mars, par exemple.

En situation de microgravité, comme à bord de la Station spatiale internationale, le monde est sens dessus-dessous : le cœur n’a plus autant à forcer pour propulser le sang jusqu’au cerveau, à tel point que le muscle cardiaque finit progressivement par s’atrophier et s’arrondir. © Nasa-Imagery, pixabay.com, DP

Quelles conséquences pour la santé que de quitter l'atmosphère et la gravité terrestres ? La question interroge la Nasa, bien décidée à prendre un maximum de précautions avant d'envoyer des êtres humains dans l'espace pour de longs voyages et se livre depuis un moment à diverses expériences. Les scientifiques ont par exemple pu noter les dangers des rayonnements ionisants ou l'atrophie musculaire, d'ailleurs compensée par la pratique d'une activité physique.

Et parmi nos muscles, il y en a un qui ne doit pas connaître la crampe : le cœur. Or, une étude présentée lors de la 63e conférence annuelle de l'American College of Cardiology (ACC, Washington D.C.) suggère que notre myocarde pourrait souffrir des mêmes maux. Un travail important tandis que certains projets spatiaux prévoient d'envoyer des hommes et des femmes sur Mars dans la prochaine décennie.

Une fois en très haute altitude, lorsque le corps est en situation d'apesanteur, le cœur n'a plus besoin de s'investir autant pour distribuer le sang à toutes les régions de l'organisme, notamment au sommet du crâne, puisqu'il n'a plus à lutter contre la force de gravité. Or, un muscle moins actif perd de sa puissance et de son efficacité.

Faire le cœur rond

Ainsi, James Thomas, spécialiste de l'imagerie médicale à l'agence spatiale états-unienne a confié à 12 astronautes une mission particulière lors de leur passage à bord de la Station spatiale internationale (ISS) : ils devaient passer des échographies avant leur voyage, pendant leur séjour ou à leur retour sur Terre afin d'évaluer les variations morphologiques du myocarde au cours du temps.

Dans l’espace, le cœur travaille moins. Il faut donc continuer à le faire fonctionner à forte puissance pour ne pas risquer le trouble cardiaque une fois de retour sur le plancher des vaches. Ou des Martiens. © Oliver Burston, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Les résultats sont concluants : au cours de leur séjour à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de la surface de la Terre, le myocarde s'est déformé. Pour être plus précis, il s'est arrondi de 9,4 %. Des paramètres très proches des évaluations réalisées au préalable par des modèles mathématiques et supposés liés à son ralentissement. Un phénomène qui disparaît très vite une fois de retour sur le plancher des vaches et qui pourrait expliquer certains étourdissements ou malaises ressentis par des astronautes après leur retour, du fait d'une tension artérielle basse.

Du sport à tous les étages

En revanche, ces données ont été établies lors de voyages courts. Qu'en est-il après une odyssée de 18 mois, la durée minimale d'une mission sur Mars ? Les scientifiques l'ignorent. Néanmoins, ils peuvent désormais se risquer à les évaluer en recourant à des simulations, étant donné la validation de la pertinence des modèles utilisés.

Les conclusions d'une telle investigation devraient permettre aux spécialistes de développer un programme d'activité physique pour maintenir une activité cardiaque suffisante, et ainsi éviter de graves conséquences sanitaires lorsque les corps seront de nouveau soumis à la gravitation. Cependant, un tel régime sportif pourrait ne pas seulement concerner une élite. Il bénéficierait également à ceux qui restent sur Terre et qui souffrent de handicaps physiques paralysants, afin qu'ils puissent bénéficier des bienfaits du sport sur la santé.