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Le système immunitaire des astronautes est-il mis à mal ?

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Le système immunitaire d'embryons de batraciens a souffert d'un aller-retour vers l'ISS. Repéré au niveau de la synthèse des immunoglobulines G, cet effet se manifeste-t-il chez les astronautes ? À vérifier, affirme l'équipe.

Comme chaque astronaute séjournant à bord de l'ISS, André Kuipers s'est astreint à des exercices quasi quotidiens pour combattre les effets de l'apesanteur sur le squelette et sur la masse musculaire. © Nasa

Exposition aux radiations spatiales et solaires, fragilisation du squelette humain, les facteurs susceptibles de rendre le voyage humain dans l'espace dangereux pour la santé des astronautes sont nombreux. À ces soucis osseux et risques d'augmentation des cancers s'ajoute maintenant une atteinte possible du système immunitaire lors des accélérations et décélérations durant les phases de décollage et de retour au sol.

Dans une étude récemment publiée dans la revue Faseb, consacrée à la biologie expérimentale, une équipe de chercheurs des universités de Lorraine et du Luxembourg a montré que le système immunitaire des astronautes est perturbé lors du décollage et de l'atterrissage. Pendant ces deux phases du vol, l'équipage est en effet soumis à des accélérations très fortes (les « G »), et c'est ce qui pourrait affecter la fonction immunitaire.

L'astronaute japonais Aki Hoshide tout sourire lors de sa sortie dans l'espace du 5 septembre 2012. Il ne semble pas préoccupé par d'éventuels risques pour sa santé. © Nasa

Des immunoglobulines anormales 

C'est la conclusion de cette équipe de chercheurs qui a examiné la production d'anticorps chez des embryons de pleurodèles de Waltl (Pleurodeles waltl), le plus grand triton d'Europe, un salamandridé. Ce batracien urodèle n'en est pas à son premier voyage dans l'espace et en particulier pour des expériences touchant au système immunitaire car cet animal construit ses anticorps avec des bases génétiques semblables à celles de l'Homme. Parmi les chercheurs de l'équipe figure d'ailleurs Jean-Pol Frippiat qui avait en 2006 dirigé l'expérience Amphibody. Elle avait déjà démontré chez ce pleurodèle une surproduction de certaines immunoglobulines, les IgY, des anticorps présents chez l'Homme.

Dans cette nouvelle étude, ces tritons ont embarqué pour l'ISS à leur début de développement, avant qu'ils ne commencent à produire les anticorps IgM, ou immunoglobulines M, eux aussi présents dans le système immunitaire humain.

Au retour sur Terre, ces tritons ont été comparés tout de suite après l'atterrissage à des embryons qui avaient grandi sur Terre. Les chercheurs ont alors remarqué des différences significatives dans leur développement, qui n'avaient pas été observées lors de leur séjour dans l'ISS. Les IgM des pleurodèles revenus de l'espace étaient déformés, du fait d'une modification des ARNm (messagers) chargés de leur construction. En revanche, le séjour dans l'ISS lui-même n'a pas eu d'influence sur le développement des pleurodèles et n'a généré aucune inflammation.

Pour les biologistes, ce résultat montre que les modifications de la gravité pourraient altérer la fabrication des lymphocytes (une catégorie de leucocytes, ou globules blancs), qui combattent les maladies. Selon eux, il faudrait vérifier si de tels phénomènes s'observent aussi chez l'être humain. Ils préconisent de mener davantage d'expériences sur l'influence des variations de gravité sur le système immunitaire.