Le changement climatique a des impacts sur notre environnement. Mais, les scientifiques le signalent de plus en plus, le réchauffement climatique nuit aussi à notre santé. Et il n’y a pas que la hausse des températures qui met nos corps à rude épreuve.


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    Depuis des années maintenant, les scientifiques le soulignent. Le changement climatique ne constitue pas seulement un risque pour notre climat et notre environnement. Il menace aussi la santé humaine. Et si les pays les plus pauvres ont été touchés les premiers, nos pays industrialisés commencent aussi à subir les conséquences de nos émissionsémissions de gaz à effet de serre. Pourtant, il aura fallu attendre la COP28 -- Dubaï (30 nov-12 déc 2023) -- pour que la question soit discutée. Imparfaitement, sans doute. Mais discutée tout de même.

    Rappelons ici les nombreuses façons dont le réchauffement climatique anthropique impacte non seulement notre bien-être, mais aussi notre santé.

    La chaleur est particulièrement difficile à vivre pour les personnes âgées. Elles sont plus susceptibles de souffrir d’autres affections, telles que des maladies cardiovasculaires ou respiratoires, qui les rendent vulnérables. © Satjawat, Adobe Stock
    La chaleur est particulièrement difficile à vivre pour les personnes âgées. Elles sont plus susceptibles de souffrir d’autres affections, telles que des maladies cardiovasculaires ou respiratoires, qui les rendent vulnérables. © Satjawat, Adobe Stock

    Une chaleur… inhumaine !

    La chaleur, nous le savons tous désormais, peut tuer. La tristement célèbre canicule de l'été 2003 nous l'a violemment rappelé. Elle a fait plusieurs milliers de morts... en France ! Très régulièrement, de nouvelles études montrent les conséquences sur la santé humaine de la hausse des températures due au changement climatique anthropique. Le nombre de décès liés à la chaleurchaleur a « augmenté rapidement » au cours des 20 dernières années. Rien que durant l’été 2022, des dizaines de milliers de personnes ont encore péri sous les canicules européennes.

    Fin 2023, le rapport annuel du journal Lancet sur le climat et la santé estimait que si notre monde devait se réchauffer de 2 °C au-dessus de la moyenne préindustrielle, le nombre de décès annuels dus à la chaleur augmenterait de pas moins de 370 %... dès le milieu de notre siècle !

    La hausse directe de la mortalité n'est pas la seule conséquence des températures qui grimpent sous l'effet du réchauffement climatique. Dans une étude publiée en 2020, par exemple, des chercheurs estiment que chaque année, 25 000 nourrissons naissent désormais trop tôt aux États-Unis en raison d'une exposition accrue de leurs mères à des températures élevées.

    Parmi les autres effets observés peut-être surprenants pour le profane : un risque accru de déclencher une maladie rénale. Une étude de 2021 l'explique par le fait que lorsque les températures extérieures augmentent, la température du corps grimpe elle aussi. Pour se rafraîchir, le corps transpire. Mais si la chaleur est trop intense, le corps n'arrive plus à suivre. Avec l'augmentation de la pressionpression sur le cœur, moins de sang va circuler vers les organes et les reinsreins vont être plus sollicités.

    Les feux de forêt qui ont ravagé l’Australie entre 2019 et 2020 ont été amplifiés par le réchauffement climatique. Ils ont fait des dizaines de morts directs et près de 450 morts indirects, liés à l’inhalation des fumées. Plus de 4 000 personnes ont été hospitalisées. © Rafa, Adobe Stock
    Les feux de forêt qui ont ravagé l’Australie entre 2019 et 2020 ont été amplifiés par le réchauffement climatique. Ils ont fait des dizaines de morts directs et près de 450 morts indirects, liés à l’inhalation des fumées. Plus de 4 000 personnes ont été hospitalisées. © Rafa, Adobe Stock

    Avec le réchauffement climatique, des catastrophes naturelles meurtrières

    Les scientifiques l'annoncent. Le réchauffement climatique anthropique a pour effet de rendre les événements météorologiques extrêmes plus fréquents, plus longs et plus intenses. Tempêtes, fortes pluies et sécheressessécheresses arrivent chacune avec leurs lots de conséquences qui peuvent être dramatiques pour la santé humaine.

    Des conséquences parfois indirectes lorsque ces événements perturbent l'économie d'un pays. Sur une année, les pertes se comptent désormais dans le monde en dizaines de milliers de milliards de dollars ! Des conséquences toujours indirectes lorsque les moustiques porteurs de maladies se multiplient dans les eaux stagnantes des inondationsinondations. Ou encore lorsqu'un cyclonecyclone frappe juste avant l'heure de la récolte.

    Au début de l'année 2023, le cyclone Freddy et son incroyable longévité ont fait des ravages en Afrique. Lorsqu'il a frappé, le Malawi était déjà aux prises avec une épidémieépidémie de choléracholéra. Cela n'a rien arrangé. Et l'épisode a finalement fait près de 2 000 victimes. Plus directement, le cyclone a tué des centaines de personnes dans la région.

    La tempête Daniel, qui a frappé la Libye en septembre 2023, a quant à elle provoqué des inondations qui ont laissé quelque 11 000 corps sans vie derrière elles... ainsi que des milliers de disparus.

    Des épidémies qui se multiplient

    Et les événements météorologiques extrêmes ont aussi un effet sur la propagation de certaines maladies. Parmi lesquelles, le choléra, la dysenteriedysenterie, l'hépatitehépatite A, la typhoïde ou encore la polio. Parce qu'elles se transmettent par des aliments ou une eau contaminés, ce qui peut arriver lorsque des infrastructures sont endommagées.

    Voir aussi

    Comment le changement climatique favorise-t-il le développement des épidémies ?

    Les insectesinsectes porteurs de maladie s'épanouissent aussi dans un monde plus chaud et lorsque les inondations se multiplient. Les moustiquesmoustiques notamment. Les scientifiques suggèrent même que la hausse des températures accroîtrait l'efficacité avec laquelle ils transmettent les maladies. Et les zones touchées s'étendent, elles aussi. Seulement 9 pays étaient touchés par la denguedengue en 1970. Ils sont déjà plus de 100 aujourd'hui. Entre 2030 et 2050, l'Organisation mondiale de la santé estime qu'il y aura au moins 60 000 décès supplémentaires dus au paludismepaludisme dans le monde à cause du réchauffement climatique. D'ici 2080, nous pourrions être plus de 8 milliards à être exposés au paludisme et à la dengue.

    Autre risque avec le changement climatique : la multiplication des contacts entre humains et animaux sauvages. Car les évolutions de notre climat poussent ces animaux à explorer toujours plus de régions à la recherche de conditions de vie acceptables. Déjà, 2,7 millions de décès sont attribués chaque année à des maladies contractées au contact du monde animal. Les scientifiques estiment que cela ira en augmentant.

    Pour lutter contre ses fléaux : des moustiquaires imprégnées d'insecticidesinsecticides et des traitements préventifs ainsi que, plus récemment, des systèmes d'alerte précoce liés aux prévisions climatiques.

    Les effets du réchauffement climatique sur l’approvisionnement en eau

    Avec la multiplication et l'intensification à la fois des sécheresses et des inondations, notre approvisionnement en eau sera impacté. Aussi bien dans sa quantité que dans sa qualité. À la clé, des risques déjà cités de développement de maladies, mais aussi de famines.

    Avec la montée du niveau des océans due au réchauffement climatique, l'eau de mer coule dans nos rivières. Résultat, l'eau potable devient aussi de plus en plus salée. Déjà, au Bangladesh, la population peut absorber jusqu'à 15 grammes de sel par jour avec l'eau qu'elle boit. Avec le risque de multiplication des cas d'hypertension artériellehypertension artérielle que cela représente.

    La production nationale de fruits et légumes au Royaume-Uni a chuté de 42 % en 1987 à 22 % en 2013. Dans le même temps, la proportion importée de pays vulnérables au climat a augmenté de 20 % à 32 %. © David Gilder, Adobe Stock
    La production nationale de fruits et légumes au Royaume-Uni a chuté de 42 % en 1987 à 22 % en 2013. Dans le même temps, la proportion importée de pays vulnérables au climat a augmenté de 20 % à 32 %. © David Gilder, Adobe Stock

    Notre alimentation en danger

    Les événements climatiques extrêmes -- encore eux -- et plus généralement, le changement climatique, affectent la qualité des cultures et les rendements de production. La production de bléblé perdrait ainsi près de 1 % chaque année.

    Dans nos pays développés, en plus, la part de fruits et légumes produits localement a tendance à baisser. Et les importations de pays plus vulnérables au climat augmentent sans cesse.

    Dans les petits États insulaires, la plupart des aliments viennent de l'étranger. Or ces pays sont déjà lourdement touchés par la crise climatique et il leur est donc particulièrement difficile de développer des projets agricoles. L'ennui, c'est que les aliments importés ne sont généralement pas de grande qualité. Résultat, ces populations insulaires sont plus à risque de contracter un cancercancer, un diabètediabète ou des maladies cardiaques.

    Comme l'agricultureagriculture est aussi responsable d'une bonne part du réchauffement climatique anthropique, les scientifiques travaillent à développer des systèmes qui pourraient fournir, à l'avenir, une alimentation saine et nutritive, mais aussi durable et équitable.

    La pollution de l’air

    Une autre façon dont le réchauffement climatique impacte de manière très directe notre santé, c'est par l'airair que nous respirons. La pollution de l’air, en effet, est déjà responsable de plus de 4 millions de morts prématurées dans le monde chaque année. Dont plus de 3,5 millions attribuables à la combustioncombustion de combustiblescombustibles fossilesfossiles. Et des travaux publiés en novembre 2023 montrant même que la combustion du charboncharbon est encore plus nocive que ne le pensaient les chercheurs jusqu'alors.

    Avec, par exemple, l'augmentation des feux de forêt liés aux changements climatiques, nous pouvons nous attendre à ce que notre air soit de plus en plus pollué. Au-delà des cancers ou des maladies respiratoires que cela peut générer, des études montrent que la pollution de l'air perturbe le développement du cerveaucerveau des enfants.

    Les scientifiques expliquent ainsi que certaines pratiques pourraient avoir un triple effet. Préférer le vélo à la voiturevoiture lorsque cela est possible pourrait ainsi réduire les émissions de gaz à effet de serre, limiter la pollution de l'air et faire du bien à la santé et au mental des personnes qui s'y mettent par le biais de l'exercice physiquephysique quotidien que cela suppose. Le tout avec en plus comme effet indirect de faire baisser les dépenses de santé et de libérer ainsi des moyens et des terresterres pour d'autres usages.

    Attention toutefois, car d'autres pratiques peuvent avoir l'effet inverse. Mieux isoler sa maison, c'est réduire ses besoins en énergieénergie. Mais potentiellement aussi, augmenter la pollution de l’air intérieur.

    Notre santé mentale pas épargnée par le réchauffement climatique

    Et parce que la santé, ce n'est pas que physique, les scientifiques s'interrogent aussi sur les effets du changement climatique sur notre santé mentale. Il est ainsi de plus en plus question d'un phénomène que les chercheurs appellent l'écoanxiété. Les jeunes y seraient plus particulièrement sensibles à ce sentiment d'impuissance, parfois de culpabilité, face à la crise climatique.

    Mais il n'y a pas que ça. Les scientifiques notent en effet que les pays les plus touchés par des catastrophes naturellescatastrophes naturelles liées au climat pourraient connaître une hausse du nombre de personnes souffrant de troubles de stress post-traumatiquestress post-traumatique, d'agressivité, de troubles cognitifs, de dépression ou d'anxiété. Et là encore, les enfants apparaissent les plus sensibles.

    Un rapport publié fin 2023 montre quant à lui comment le réchauffement climatique peut nuire à la santé mentale des enfants... avant même leur naissance. Par l'exposition de la mère à des événements météorologiques extrêmes, à des températures élevées ou à la pollution de l'air. Le tout avec pour résultat un risque accru de troubles du sommeil, d'une faible maîtrise de soi, de problèmes de comportement ou pire encore, d'un développement du système nerveux perturbé de manière irréversible.

    En 2022, plus de 70 millions de personnes ont été déplacées dans le monde à cause d’événements climatiques extrêmes. Quelque 10 millions rien qu’à cause des inondations au Pakistan. © KAS, Adobe Stock
    En 2022, plus de 70 millions de personnes ont été déplacées dans le monde à cause d’événements climatiques extrêmes. Quelque 10 millions rien qu’à cause des inondations au Pakistan. © KAS, Adobe Stock

    Les dangers d’un monde instable

    Parmi les conséquences parfois négligées du changement climatique, il y a aussi le fait qu'il rende notre monde plus instable. Les catastrophes naturelles poussent de plus en plus de personnes à migrer. Souvent au sein même de leur propre pays. Mais presque toujours avec des conséquences sanitaires. Car les réfugiés en sont généralement réduits à vivre dans des abris de fortune et dans des conditions de salubrité qui laissent à désirer. Résultat : les maladies augmentent et la santé se fragilise. La Croix rouge et le Croissant rouge estiment que si nous ne faisons rien pour limiter le réchauffement climatique, le nombre de personnes qui auront besoin d'une aide humanitaire doublera d'ici 2050 pour être porté à 200 millions de personnes par an.

    Et ce, d'autant que la lutte pour des ressources de plus en plus rares peut elle aussi pousser des gens à se déplacer. Sans parler des conflits qui compliquent encore un peu plus la situation de pays parmi les plus durement touchés par le changement climatique. Au Mali, par exemple, les inondations privent les agriculteurs de pâturage. Mais ces mêmes agriculteurs craignent de se faire attaquer par des groupes armés s'ils venaient à se déplacer avec leurs troupeaux. Ainsi, ils se sont regroupés près de sources d'eau. Et des tensions nouvelles sont apparues avec les agriculteurs et les pêcheurs déjà sur place.

    Sans en arriver à ces extrêmes, les chercheurs préviennent aussi que dans certaines régions du monde, travailler deviendra bientôt presque impossible durant l'été. Ce qui pourrait provoquer des pertes de revenus pour jusqu'à un milliard de personnes avec une augmentation moyenne de température de l'ordre de 2,5 °C.