L’occurrence élevée de nouveaux records de température estivale en Europe, comme les canicules de 2003 et 2015, est une manifestation évidente du caractère extrême des événements climatiques. La sévérité de ces derniers devrait augmenter au cours du XXIe siècle sous l’influence des émissions de gaz à effet de serre passées et futures. © Gaman Mihai-Radu, Shutterstock.com

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Des records de température sont attendus ces prochains étés

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L'occurrence des records de chaleur durant l’été, en Europe, avant 2100 devrait être multipliée par dix par rapport à celle attendue en l’absence d’influence humaine. Cela se ressentirait dès 2030. Quant à l'occurrence des records froids, elle deviendrait quasi nulle.

Des chercheurs ont analysé les projections pour notre siècle de l'évolution des records de température estivale en Europe. Résultat : l'occurrence des records de chaleur durant l'été en Europe avant 2100 (comme les canicules récentes des années 2003 et 2015 caractérisées par l'établissement de records de température estivale pour de très nombreuses stations de mesure) serait multipliée par dix par rapport à celle attendue en l'absence d'influence humaine, alors que celle des records froids deviendrait quasi nulle. L'évolution de ces records peut être considérée comme un marqueur spécifique des changements futurs des épisodes caniculaires.

Les scientifiques ont également estimé à partir de quand il leur serait possible de détecter l'influence anthropique (c'est-à-dire celle de l'Homme) sur l'évolution des records de température estivale en Europe : dès 2020 pour les records froids et dès 2030 pour les records chauds.

Les chercheurs en question sont issus du laboratoire Climat, environnement, couplages et incertitudes (CECI, CNRS / CERFACS). Pour arriver à ce résultat, ils ont mis au point une méthodologie originale pour dater l'émergence de l'influence humaine sur l'évolution des records de température.

Ils ont tout d'abord utilisé un ensemble de 53 simulations climatiques contraintes par le même scénario d'émission des gaz à effet de serre et des aérosols dit du « laisser-faire » (croissance continue, sans limite ni atténuation, de la concentration des gaz à effet de serre et des aérosols dans l'atmosphère).

À partir de ces simulations, ils ont estimé l'évolution de l'occurrence des records de température estivale au cours du XXIe siècle. Les projections climatiques prévoient pour la fin ce siècle, une occurrence moyenne des records chauds 10 fois supérieure aux probabilités d'occurrence attendues dans un climat stationnaire, tel celui de la première moitié du XXe siècle, et une quasi-disparition des records froids à l'échelle de l'Europe.

Ils ont également analysé l'évolution de l'occurrence de ces records de 1900 à 2100, à partir des températures observées et des températures simulées. Outre un bon accord entre modèles et observations, il s'avère que l'évolution de l'occurrence des records reste proche de celle d'un climat stationnaire jusqu'aux années 1990 avant de s'en écarter progressivement tout au long du XXIe siècle.

Évolution de l’occurrence normalisée des records de température estivale en Europe : occurrence observée, modélisée avec le scénario du « laisser-faire » et calculée pour un climat stationnaire (enveloppe grisée). © CNRS

Des records chauds à cause de l'Homme vers 2030

Afin de mieux prendre en compte l'effet possible de la variabilité interne du climat aux échelles multidécennales dans l'estimation de la date d'émergence de l'influence humaine, les chercheurs ont ensuite eu recours à des simulations climatiques dites de contrôle. Ces simulations d'un climat stationnaire n'étant soumises qu'à des forçages externes, naturels et anthropiques, constants et égaux à leurs valeurs préindustrielles, la variabilité climatique simulée est donc purement d'origine interne.

Ces nombreuses simulations ont permis aux chercheurs de définir une plage de valeurs possibles (ou intervalle de confiance) pour l'occurrence des records de température sous un climat stationnaire soumis à l'influence unique de la variabilité interne, et ce pour toutes les dates depuis 1900. La date d'émergence est alors simplement définie par la date à partir de laquelle l'occurrence des records sous l'hypothèse du scénario d'émission dit du « laisser-faire » sort significativement de l'intervalle de confiance.

Cette date d'émergence est de 2020 pour les records froids et de 2030 pour les records chauds avec une incertitude de ± 20 ans, dont une moitié (± 10 ans) est liée à l'utilisation des modèles climatiques et à leur reproduction imparfaite de la réalité et l'autre moitié au caractère chaotique du système climatique.

Alors que l'influence anthropique sur les températures globales moyennes a déjà pu être détectée, ce n'est donc qu'à partir de 2030 ± 20 ans (2020 ± 20 ans) que les chercheurs pourront détecter et donc attribuer l'évolution de l'occurrence des records chauds (froids) de température estivale en Europe à l'influence humaine.

L'étude a été publiée dans Geophysical Research Letters.

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