Des anomalies des températures de surface des océans ont été constatées le 2 décembre 2015. Le phénomène El Niño est ici bien visible, sur la ceinture équatoriale de l’océan Pacifique. © Nasa, JPL, PODAAC, NOAA

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Climat : le puissant El Niño 2015-2016 se meurt

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Le phénomène récurrent El Niño s'est montré particulièrement puissant pour la période 2015-2016. Associé à de nombreuses catastrophes climatiques de par le monde, il a tiré sa révérence au début de l'été 2016. Fait inhabituel, l'épisode ne sera pas suivi de La Niña cette fois-ci.

Tout indique que l'épisode El Niño particulièrement puissant de l'hiver 2015-2016 (qui a culminé en novembre 2015) s'est totalement dissipé. Pour la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) et aussi la Nasa, le retour à la normale s'est produit au début de l'été 2016, en juin.Depuis, les températures de l'eau en surface de la ceinture équatoriale du Pacifique n'y sont ni trop élevées, ni trop basses. Ces « conditions neutres » devraient se maintenir pour le reste de l'année, prédisent les modélisations du GMAO (Global Modeling and Assimilation Office) de l'Agence spatiale américaine.

Maintenant, ce devrait être le tour de La Niña, caractérisée par un refroidissement des eaux de l'est du Pacifique, de faire son apparition. Mais, conformément aux prévisions, elle sera absente. Ce qui n'est pas habituel.

Surveillé de près durant tout son développement, l'Enfant terrible du Pacifique de l'hiver 2015-2016 (l'un des plus puissants jamais enregistrés) a semé le trouble durant toute cette période dans plusieurs régions du monde. Le phénomène est notamment associé aux nombreux incendies qui ont frappé l'Indonésie, les sécheresses en Amérique du Sud (les pluies ont été décalées), et ailleurs, à de fortes précipitations et des inondations... Enfin, il a contribué aux records des températures globales relevés consécutivement depuis 11 mois (juillet puis août 2016 furent les mois les plus chauds enregistrés depuis 1880). L'année 2016 est en passe de battre le précédent record de l'année la plus chaude qui date... de 2015.

Carte animée des anomalies des températures dans les océans terrestres. L’apparition d’El Niño se traduit par un réchauffement des eaux de surface de la ceinture équatoriale du Pacifique. Le retour à la normale est observé depuis juin 2016. © Nasa

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Article initial paru le 17/12/2015 à 13:30

L'épisode El Niño 2015-2016 s'annonce plus puissant que celui de 1997. Des équipes de chercheurs qui ont travaillé sur ses impacts en cours à travers le monde viennent de présenter leurs travaux à l'Union américaine de géophysique (AGU). On y apprend notamment comment ce phénomène naturel récurrent peut modifier, selon son intensité, le régime des pluies dans certaines parties du monde, la distribution de l'ozone troposphérique et favoriser l'expansion des incendies de forêt dans plusieurs régions tropicales.

À l'occasion des rencontres d'automne de l'Union américaine de géophysique (AGU pour American Geophysical Union, en anglais) qui se déroulent cette semaine à San Francisco (États-Unis), des chercheurs ont présenté leurs travaux sur les impacts du phénomène récurrent El Niño sur la machine climatique mondiale. Grâce à sa flotte de satellites d'observation terrestre, la Nasa offre aux scientifiques un précieux regard sur les relations de cet « enfant terrible » avec l'atmosphère. Un système interconnecté et complexe qui n'a pas que des conséquences régionales. Nous en ressentons tous plus ou moins les effets.

El Niño (« l'enfant ») est un évènement naturel qui se manifeste avec une intensité variable tous les deux ou trois ans lorsque les eaux équatoriales de l'océan Pacifique se réchauffent. Comme il atteint son apogée autour du solstice de décembre, au moment de Noël, les pêcheurs péruviens l'ont baptisé ainsi en référence à l'enfant Jésus. Les agences météorologiques qui suivent sa croissance depuis plusieurs mois s'accordent pour qualifier l'épisode de cette année de puissant, en mesure de surpasser celui, mémorable, de 1997-1998.

Les courants de vents ou wind rivers acheminant l’air humide des tropiques aux latitudes moyennes entre le 25 octobre et le 2 novembre 2014. Les nuages sont en blanc, la vapeur d’eau en bleu clair et les précipitations teintées du vert au rouge. © Nasa

Une modification de la circulation de l’air

Un El Niño plus fort, c'est potentiellement une bonne nouvelle pour l'ouest des États-Unis, en particulier l'état le plus peuplé, la Californie, qui souffre d'une grande sécheresse depuis quatre ans. Elle pourrait être atténuée car la surface réchauffée de la ceinture équatoriale du Pacifique modifie la circulation de l'air et de l'humidité. Comme l'a indiqué l'équipe de Duane Waliser (du Jet Propulsion Laboratory de la Nasa) qui a travaillé sur des données historiques, les courants de vents (wind rivers) dans l'atmosphère qui transportent habituellement la vapeur d'eau des régions tropicales vers les latitudes moyennes ne sont pas plus nombreux lorsque se manifeste un El Niño : une dizaine par an. Mais plus l'épisode est puissant, plus les précipitations sont intenses. Il y a une véritable relation de cause à effet.

Ces changements dans les mouvements de masses d'air et des vents ont aussi un impact significatif sur la distribution de l'ozone troposphérique comme l'a montré l'équipe de Mark Olsen, spécialiste de l'atmosphère à la Morgan State University de Baltimore et au Goddard Space Flight Center (GSFC) de la Nasa. Les cartes que les chercheurs ont réalisées à partir des données satellite superposées aux modèles numériques montrent que le taux d'ozone est surtout sensible aux épisodes successifs d'El Niño et El Niña dans les régions tropicales. L'ampleur s'avère moindre aux latitudes moyennes mais non négligeable. C'est un facteur impliqué dans 20 à 25 % de la variabilité du taux au centre des États-Unis, précise le chercheur.

L'ozone dit troposphérique qui s'accumule dans les basses couches de l'atmosphère, ou « mauvais ozone », est un gaz à effet de serre dangereux pour notre santé et celle de nombreuses espèces vivantes. Il est en partie d'origine naturelle et aussi d'origine anthropique, son abondance étant notamment liée au transport et à nos activités industrielles (les pics d’ozone). Étudier les influences du phénomène El Niño sur les concentrations de l'ozone peut aider à évaluer notre participation dans sa répartition globale.

Territoires touchés par des incendies de forêt en août 2015. La couleur orange indique les régions où ils sont plus nombreux. © Nasa

Davantage d'incendies dans les régions tropicales

De son côté, une équipe conduite par Jim Randerson, de l'université de Californie, s'est intéressée aux liens de « l'Enfant » du Pacifique avec les incendies de forêt à travers le monde. Les chercheurs ont ainsi analysé les cartes réalisées à partir des observations par satellites pour appréhender l'influence du phénomène. Visiblement, l'impact est important en Asie tropicale et en Amérique du Sud. « Le changement dans la dynamique atmosphérique décale les pluies, résume Jim Randerson. Ainsi El Niño provoque une baisse des pluies dans plusieurs régions tropicales, rendant les forêts plus vulnérables aux incendies d'origine humaine. »

Cela s'explique notamment par la baisse du régime des pluies. Moins d'humidité signifie en effet un air et une végétation plus secs, et donc des conditions plus favorables à l'expansion des feux lors des saisons sèches. L'Asie du Sud-Est, l'Amérique centrale et le sud de l'Amazonie sont particulièrement exposés en 2016 signalent les chercheurs. Cela s'observe déjà depuis plusieurs mois en Indonésie, où les incendies volontaires des forêts et tourbières diffusent massivement du dioxyde de carbone (CO2) et enfument les territoires, intoxiquant les populations.